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Énergie : l’Ordre des ingénieurs trace une feuille de route pour éviter un nouvel été sous tension en 2027

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Par Imen Nouira

    Après un été 2026 marqué par les délestages et les tensions sur le réseau électrique, l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) met sur la table une feuille de route énergétique et appelle à passer rapidement du diagnostic à l’exécution. Maintenance, besoins de pointe, autoproduction solaire, stockage, réseaux, maîtrise de la demande, gouvernance et financement : l’ordre propose d’agir simultanément sur plusieurs leviers. Avec une urgence clairement affichée : « l’été 2027 commence aujourd’hui ».

    Le doyen de l’Ordre des ingénieurs tunisiens, Mohsen Gharsi, a présenté, jeudi 24 septembre 2026, dans une publication sur Facebook, les grandes orientations de cette nouvelle étude intitulée « Feuille de route énergétique de la Tunisie ».

    Élaboré par des ingénieurs et experts tunisiens, le document part directement des difficultés rencontrées durant l’été 2026. Pour Mohsen Gharsi, cet épisode ne doit pas devenir un événement que l’on redécouvre à chaque vague de chaleur avant de l’oublier lorsque les températures baissent. L’ordre l’a, au contraire, considéré comme un signal d’alarme justifiant la préparation de cette deuxième étude.

    Le message central tient en une distinction déterminante : il ne suffit plus de comptabiliser la puissance électrique installée.

    « Il ne suffit pas de demander combien de mégawatts nous avons installés sur le papier. La vraie question est : combien de mégawatts avons-nous réellement à disposition lorsque la température et la demande atteignent leur maximum ? », résume en substance le doyen.

    Des mégawatts installés aux mégawatts réellement disponibles

    Cette distinction fait directement écho aux difficultés rencontrées pendant l’été. Le 24 juillet, Mohamed Atef Bouabdallah, membre de la Fédération générale de l’électricité et du gaz relevant de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), avait fait état d’une demande d’environ 6.000 mégawatts, alors que la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) ne pouvait, selon lui, en fournir que 4.400.

    Un mois plus tard, Elyes Ben Ammar, secrétaire général adjoint de la même fédération, évoquait un déficit pouvant atteindre 2.000 mégawatts aux heures de pointe. Il avertissait alors que, si le rythme des mesures ne s’accélérait pas, « l’été 2027 ne sera pas meilleur que l’été 2026 ».

    L’ingénieur spécialisé dans l’énergie Foued Ali avait également estimé, en août, que les délestages révélaient une fragilité structurelle dépassant les seuls effets de la chaleur. Il avait notamment évoqué quelque 870 mégawatts de capacités susceptibles de renforcer le système, mais qui n’avaient toujours pas été intégrées au réseau.

    C’est précisément cette logique de capacité réellement mobilisable que reprend aujourd’hui l’Ordre des ingénieurs. Pour Mohsen Gharsi, les difficultés du système électrique ne peuvent être résolues par une décision isolée ou par un seul projet. Production, approvisionnement en gaz, maintenance, réseaux, énergies renouvelables, stockage, financement, gouvernance et maîtrise de la demande doivent être traités simultanément.

    La feuille de route propose ainsi de récupérer des capacités disponibles grâce à la maintenance, de sécuriser les besoins lors des pointes de consommation, d’accélérer l’autoproduction solaire, de mieux maîtriser la demande, de protéger les infrastructures vitales et de développer les réseaux et les solutions de stockage. Ces actions doivent être accompagnées, selon l’OIT, de réformes touchant à la gouvernance et au financement.

    La couverture du document fait apparaître plusieurs horizons d’intervention : des actions immédiates liées à la sécurité d’approvisionnement électrique, un « Plan Été 2027 » ainsi qu’une vision structurelle post-2028, prolongée par un cadre intégré gaz-électricité à l’horizon 2035.

    Cette réflexion intervient alors que la Tunisie a déjà engagé plusieurs projets destinés à accroître ses capacités renouvelables. Au printemps, cinq projets de centrales photovoltaïques, implantées dans les gouvernorats de Sidi Bouzid, Gafsa et Gabès, ont obtenu le feu vert des deux chambres parlementaires. Ils représentent une capacité cumulée estimée à 598 mégawatts et un investissement d’environ 1,64 milliard de dinars. Ces projets s’inscrivent dans la stratégie nationale visant à porter la part des énergies renouvelables à au moins 50% de la production électrique à l’horizon 2035.

    « L’été 2027 commence aujourd’hui »

    Mais, pour Mohsen Gharsi, la question n’est désormais plus seulement celle des projets annoncés ou des capacités prévues. Elle est aussi celle du calendrier d’exécution.

    « L’été 2027 commence aujourd’hui », prévient-il. Chaque mois perdu dans la prise de décision, les procédures, la maintenance ou l’investissement sera, selon lui, un mois qui manquera lorsque les températures remonteront et que la consommation retrouvera ses niveaux de pointe.

    L’objectif avancé par l’ordre est ainsi d’empêcher que l’été prochain ne reproduise les tensions de 2026.

    Mohsen Gharsi prend toutefois soin de préciser le rôle revendiqué par l’organisation professionnelle. L’OIT n’entend se substituer ni à l’État, ni au gouvernement, ni à la Steg. Le doyen souligne également les compétences techniques et d’ingénierie existant au sein des institutions nationales. L’ordre se présente plutôt comme une force scientifique et technique mettant ses compétences, ses propositions et ses experts à la disposition des pouvoirs publics.

    Il se dit ainsi prêt à discuter de la feuille de route, à la développer et à contribuer à son suivi et à sa mise en œuvre.

    L’avertissement le plus appuyé concerne finalement moins le diagnostic que le sort qui sera réservé au document. Pour Mohsen Gharsi, le principal risque n’est pas que certaines propositions soient discutées ou contestées, mais que cette feuille de route devienne « une étude supplémentaire placée sur une étagère ».

    Il appelle ainsi à passer « de la culture des études à la culture de l’exécution ». À ses yeux, la sécurité énergétique dépasse désormais la seule question technique : elle touche à la sécurité nationale, à la souveraineté économique et à la stabilité sociale.

    Après un été marqué par des délestages et plusieurs alertes sur l’insuffisance des capacités réellement disponibles lors des pointes, le diagnostic est désormais largement posé. Le compte à rebours de l’été 2027, lui, a déjà commencé. Reste à savoir si cette nouvelle feuille de route se traduira suffisamment vite en décisions et en réalisations pour que le prochain pic estival ne serve pas, une nouvelle fois, de révélateur grandeur nature des fragilités du système électrique tunisien.

    I.N.

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