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Affaire Yakin : la Coalition contre la peine de mort dénonce la stigmatisation de la victime

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Par Sarra Hlaoui

    La Coalition tunisienne contre la peine de mort (CTCPM) a exprimé, mercredi 30 septembre 2026, sa solidarité avec la mineure Yakin et sa famille, après les faits d’enlèvement et d’agression sexuelle dont l’enfant aurait été victime, selon les premiers éléments de l’affaire.

    Dans un communiqué signé par son président, Chokri Latif, la CTCPM dénonce le lancement d’une campagne qu’elle qualifie de « honteuse », fondée notamment sur la stigmatisation et la culpabilisation de la victime.

    Elle dénonce également ce qu’elle présente comme une attitude officielle qui tendrait à minimiser la fréquence de ces violences, notamment les agressions sexuelles contre les enfants et les meurtres de femmes commis au sein même de la famille.

    La victime au cœur des préoccupations

    La CTCPM considère que le traitement de l’affaire Yakin illustre une tendance consistant à placer les droits de la victime au second plan, tout en faisant peser sur elle ou sur sa famille une part de responsabilité dans les faits subis.

    Selon la coalition, cette approche aurait pour effet de détourner l’attention de la responsabilité de l’État, notamment de son obligation de prévenir les violences et de lutter contre les conditions favorisant, selon elle, la progression de la criminalité organisée et des violences visant les femmes et les enfants.

    Elle appelle ainsi à protéger la mineure contre toute forme de stigmatisation, de culpabilisation ou de diffamation et à garantir l’ensemble de ses droits en tant qu’enfant victime.

    La coalition réclame également une prise en charge sanitaire et un accompagnement psychologique pour Yakin et sa famille.

    La peine de mort au cœur du débat

    La CTCPM dénonce par ailleurs ce qu’elle considère comme une instrumentalisation de l’affaire à des fins politiques et sécuritaires.

    Elle estime que l’affaire Yakin est utilisée comme un « prétexte » pour alimenter un discours favorable au renforcement de la répression et à la banalisation de la violence exercée par l’État, notamment à travers la remise en avant de la peine de mort.

    Selon elle, les souffrances de la victime seraient utilisées pour alimenter un discours favorable au recours accru à la répression et à la peine de mort, sous couvert de lutte contre la criminalité.

    La coalition considère que cette approche constitue une « fuite en avant », qui permettrait d’éviter de s’attaquer aux causes structurelles de la violence et de la criminalité, notamment leurs dimensions économiques, sociales, éducatives et culturelles.

    La coalition estime que ce type de discours ne permet pas de s’attaquer aux causes profondes de la violence et risque, selon elle, de favoriser la banalisation de l’atteinte aux droits individuels et collectifs.

    La question des drogues

    Dans son communiqué, la CTCPM met également en avant le phénomène de la consommation de drogues, qu’elle présente comme l’un des facteurs contribuant à la progression des violences et de certaines formes de criminalité en Tunisie.

    Elle avance le chiffre d’environ un million de Tunisiens dépendants aux drogues et affirme que le nombre de consommateurs âgés de 12 et 13 ans est en augmentation. La coalition soutient également que la Tunisie serait passée d’une zone de transit à un pays de distribution au profit de réseaux criminels.

    « L’exécution ne constitue pas un moyen de prévention »

    Pour la Coalition tunisienne contre la peine de mort, l’aggravation des violences physiques et psychologiques dans la société tunisienne nécessite une approche globale et multidimensionnelle.

    Elle estime que ni la peine de mort ni une réponse exclusivement sécuritaire ne constituent, à elles seules, des moyens de prévention de la criminalité ou de la reproduction des violences.

    La CTCPM appelle ainsi à s’attaquer aux causes sociales, économiques, éducatives, culturelles et psychologiques de la criminalité et à mettre en place des politiques de prévention permettant d’en limiter les conséquences.

    La coalition réaffirme enfin sa solidarité avec Yakin et sa famille et appelle à placer la protection de la mineure, sa santé et son accompagnement psychologique au centre du traitement de cette affaire.

    S.H

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