Depuis sa cellule, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL), a adressé, lundi 5 octobre 2026, une lettre à l’opinion publique. Dans ce texte, elle est revenue sur les événements judiciaires et politiques survenus au cours de la dernière semaine et a affirmé y voir les signes d’une volonté de l’écarter durablement de la scène politique et de modifier la ligne du PDL.
Rappelant que cela fait trois ans qu’elle est en détention, Abir Moussi a dénoncé ce qu’elle a qualifié de « détention forcée », d’« injustice », de « répression » et de « harcèlement judiciaire et politique ».
Évoquant la décision rendue à son encontre par la Cour de cassation le 29 septembre 2026, elle a reproché à la juridiction d’avoir examiné ses dossiers avant l’expiration du délai de trente jours accordé, selon elle, à son avocat pour déposer les pourvois.
Pour Abir Moussi, l’avancement des audiences au 29 septembre, alors qu’elles n’auraient légalement dû être fixées qu’à partir du 5 octobre, ne serait pas fortuit. Elle y a vu une volonté de rendre définitives des condamnations à de lourdes peines et de l’exclure du bénéfice de la modification de l’article 24 du décret-loi 54.
Elle a établi ainsi un lien entre la décision judiciaire du 29 septembre, la réunion du Conseil des ministres tenue le même jour et la publication, le lendemain, des modifications des décrets au Journal officiel. Selon elle, cet enchaînement aurait permis de prononcer des décisions définitives avant l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions et de la priver ainsi d’une réduction de deux années de sa peine.
Le deuxième événement dénoncé par Abir Moussi est la suspension, le 2 octobre, des travaux du « Congrès de la fidélité », qui devait se tenir les 3 et 4 octobre et au cours duquel elle devait briguer un nouveau mandat à la tête du PDL.
La présidente du parti a noté que cette décision judiciaire masquait une décision politique visant à empêcher sa réélection. Elle a notamment mis en avant le délai extrêmement court dans lequel l’affaire a été examinée, alors que la date du congrès était connue depuis plusieurs semaines.
Elle a reproché également aux autorités d’avoir empêché le parti d’accéder à des espaces publics et privés pour organiser son congrès, et a dénoncé les conditions dans lesquelles la représentante légale du PDL, elle-même détenue, aurait été informée de la procédure.
Abir Moussi a établi à cet égard une comparaison avec une précédente affaire concernant un autre parti politique. Elle a affirmé que la justice avait alors considéré qu’elle n’était pas compétente pour suspendre les activités d’un parti légalement autorisé, avant de soutenir qu’elle aurait, dans son cas, adopté une position différente.
Au cœur de son argumentation figure la question de la présidence du PDL. Abir Moussi a rappelé que les statuts du parti prévoient, selon elle, que la vacance du poste ne peut intervenir qu’en cas de démission écrite ou de décès. L’empêchement du président d’exercer temporairement ses fonctions ne constituerait pas une vacance, la personne concernée conservant l’ensemble de ses prérogatives.
Elle a ajouté que le PDL fonctionne depuis son arrestation conformément à ces dispositions et que le seul moyen de mettre fin à son mandat serait donc, selon elle, une décision des structures du parti à travers les urnes.
Elle s’est interrogée dès lors sur l’objectif réel de l’empêchement du congrès : si celui-ci ne peut se tenir, soutient-elle, la situation actuelle serait simplement maintenue jusqu’à la convocation d’un nouveau congrès électif, où elle resterait, selon son interprétation des statuts, présidente du parti.
La présidente du PDL a ajouté également qu’elle faisait face à une tentative de prise de contrôle interne. Elle a accusé certains membres de la direction, qu’elle a qualifié de « putschistes », de s’être placés au service d’un projet visant à l’écarter et à modifier l’identité politique du parti.
Elle a affirmé avoir identifié ce projet depuis plus d’un an et a assuré avoir volontairement évité de sanctionner certains de ses opposants internes afin de ne pas leur permettre de se présenter comme des victimes. Elle a noté toutefois que ces responsables ne seraient pas en mesure de la concurrencer dans le cadre d’une compétition interne régulière.
Pour Abir Moussi, le conflit ne relève donc pas d’une simple querelle interne. Il opposerait, selon elle, ceux qui veulent préserver l’identité et la ligne du PDL à ceux qui chercheraient à transformer le parti en une formation politique facilement contrôlable et utilisable à des fins électorales.
Dans la dernière partie de sa lettre, Abir Moussi a lancé une mise en garde particulièrement grave. Elle a affirmé que l’« ultime espoir » de ceux qui chercheraient à provoquer sa disparition politique pourrait être de provoquer une vacance de la présidence du parti par son « élimination physique ».
Elle a évoqué également le risque d’une nouvelle instrumentalisation de la justice contre le PDL, pouvant selon elle conduire à son implication dans des affaires judiciaires et, à terme, à sa dissolution.
Sans présenter d’éléments permettant d’étayer ces scénarios dans sa lettre, elle a appelé les militants du PDL à « défendre » leur parti, leur droit à l’organisation et à l’expression politique.
Abir Moussi a conclu en affirmant qu’elle entend rester fidèle à son engagement « jusqu’au dernier souffle », malgré sa détention, et promet de poursuivre son combat politique.
N.J










