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Compensation : à mi-parcours, les chiffres de 2026 posent déjà la question de la facture finale

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Par Imen Nouira

    À fin juin 2026, l’État tunisien a consacré 3,49 milliards de dinars à la compensation, contre 3,11 milliards à la même période de 2025, soit une hausse de près de 12%. À première vue, le taux d’exécution pourrait sembler rassurant : seuls 35,7% des crédits prévus dans la Loi de finances 2026 ont été consommés au terme du premier semestre. Mais derrière ce chiffre se dessinent plusieurs tensions. Les carburants continuent d’absorber l’essentiel des dépenses, les décaissements consacrés aux produits de base et au transport progressent nettement plus vite et le pétrole coûte beaucoup plus cher que ne le prévoyait le budget. De quoi soulever une question : l’enveloppe annuelle suffira-t-elle à couvrir la facture ?

    Selon les données du ministère des Finances relatives à l’exécution du budget à fin juin 2026, les dépenses de compensation ont augmenté de 372,2 millions de dinars sur un an. Une progression qui mérite d’être examinée dans le détail, tant les évolutions diffèrent selon les postes.

    Les carburants dominent, mais la plus forte hausse se situe ailleurs

    Avec près de 2,43 milliards de dinars décaissés au premier semestre, les carburants représentent 69,6% de l’ensemble des dépenses de compensation. Ils continuent donc de se tailler la part du lion.

    Leur poids relatif recule toutefois par rapport à juin 2025, où ils représentaient environ 74,2% des décaissements. En valeur, les dépenses consacrées aux carburants sont passées de 2,31 milliards de dinars à 2,427 milliards, soit une augmentation de 115,1 millions de dinars (+5%).

    Le mouvement est bien plus marqué pour les produits de base et le transport réunis. Leurs décaissements atteignent 1,059 milliard de dinars à fin juin 2026, contre 801,9 millions un an auparavant. L’augmentation est de 257,1 millions de dinars, soit 32,1%.

    Autrement dit, sur les 372,2 millions de dinars supplémentaires dépensés au titre de la compensation au premier semestre, près de sept dinars sur dix concernent les produits de base et le transport réunis, et non les carburants.

    Voilà qui mérite qu’on s’y attarde. Car si le pétrole concentre naturellement l’attention en raison de ses fluctuations sur les marchés internationaux, c’est ailleurs que se situe l’essentiel de la progression des décaissements constatée à mi-année.

    Reste une limite importante : le rapport du ministère des Finances ne détaille pas la répartition des décaissements entre les produits de base et le transport pour le premier semestre 2026. Il n’explique pas davantage les raisons de leur progression. Dès lors, impossible de déterminer dans quelle mesure chacun de ces deux postes contribue à la hausse constatée.

    La compensation des produits de base couvre pourtant un ensemble étendu de biens de consommation courante : céréales et produits dérivés, farine, semoule, pain, pâtes alimentaires, couscous, huile végétale, sucre ou encore lait demi-écrémé. Autant de produits pour lesquels la question du financement public dépasse les seuls tableaux budgétaires et touche directement au pouvoir d’achat.

    Un baril beaucoup plus cher que prévu dans la Loi de finances

    Pour les carburants, le premier semestre révèle une autre difficulté. La Loi de finances 2026 a été construite sur une hypothèse de prix du baril de pétrole de 63,3 dollars. Or, selon les données présentées par le ministère des Finances, le prix du Brent s’est établi à 92,6 dollars au premier semestre 2026.

    L’écart est de 29,3 dollars par baril, soit une hausse de 46,3% par rapport à l’hypothèse budgétaire. Un décalage loin d’être anodin pour un pays dont les dépenses de compensation énergétique sont sensibles aux cours internationaux.

    Le ministère des Finances attribue notamment l’évolution des dépenses de compensation des carburants au renchérissement du pétrole sur les marchés internationaux.

    Pourtant, les décaissements consacrés aux carburants n’ont progressé que de 5% par rapport au premier semestre 2025. Cette différence entre l’évolution des prix du pétrole et celle des dépenses exécutées ne constitue pas, en soi, une contradiction comptable : les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose et ne suivent pas nécessairement le même calendrier. Elle soulève néanmoins une interrogation sur la pression qui pourrait s’exercer sur les finances publiques durant le second semestre.

    À fin juin, les dépenses consacrées aux carburants représentent déjà 48,6% des 4,99 milliards de dinars prévus pour toute l’année 2026. Il reste donc 2,57 milliards de dinars sur l’enveloppe initiale pour couvrir les six derniers mois.

    Dans ce contexte, les estimations avancées par l’économiste Moez Soussi prennent une résonance particulière. Lors d’une intervention sur Diwan FM, le 29 septembre 2026, il a évoqué la possibilité que la compensation des carburants atteigne environ 11,2 milliards de dinars sur l’ensemble de l’année, contre 4,993 milliards inscrits dans la Loi de finances.

    Il s’agit d’une projection de l’économiste, et non d’une dépense déjà réalisée ou d’une révision officielle des prévisions budgétaires. Elle illustre néanmoins l’ampleur du risque qu’il envisage si les pressions sur les prix de l’énergie se répercutent sur la facture annuelle.

    Une enveloppe annuelle déjà inférieure aux dépenses de 2025

    C’est là que l’équation budgétaire se complique davantage. Pour l’ensemble de l’année 2026, la Loi de finances prévoit 9,77 milliards de dinars pour la compensation. Or, en 2025, les dépenses avaient atteint 11,59 milliards de dinars.

    L’État a donc prévu pour 2026 une enveloppe inférieure de 1,82 milliard de dinars, soit 15,7%, aux dépenses constatées l’année précédente.

    Cette réduction concerne essentiellement les carburants. Leur enveloppe passe de 7,11 milliards de dinars dépensés en 2025 à 4,99 milliards prévus en 2026, soit une baisse de 29,8%. À l’inverse, les crédits destinés aux produits de base augmentent de 3,80 à 4,08 milliards de dinars, tandis que ceux du transport passent de 680 à 700 millions de dinars.

    Le budget 2026 prévoit ainsi une diminution substantielle des dépenses de compensation énergétique par rapport aux montants effectivement dépensés en 2025. Une orientation qui paraît d’autant plus difficile à tenir que le prix du pétrole au premier semestre dépasse de plus de 46% l’hypothèse retenue lors de l’élaboration de la Loi de finances.

    Certes, à fin juin, les 3,49 milliards de dinars décaissés ne représentent que 35,7% de l’enveloppe annuelle. Il reste donc 6,29 milliards de dinars de crédits pour le second semestre.

    Mais ce constat arithmétique ne garantit rien pour la suite. Les dépenses ne se répartissent pas nécessairement de manière uniforme sur l’année, et les montants décaissés à une date donnée ne permettent pas, à eux seuls, d’évaluer l’ensemble des besoins restant à financer.

    Il serait donc prématuré de conclure à un dépassement de l’enveloppe annuelle. Tout aussi prématuré, cependant, serait de considérer le taux d’exécution de juin comme la preuve que les crédits suffiront. Car le véritable enjeu n’est pas seulement de savoir combien l’État a dépensé durant les six premiers mois de l’année, mais combien il devra encore dépenser au cours des six suivants. Entre une facture pétrolière alourdie par les cours internationaux, une hausse marquée des décaissements consacrés aux produits de base et au transport et une enveloppe globale sensiblement réduite par rapport aux dépenses de 2025, les marges de manœuvre s’annoncent étroites.

    À mi-parcours, les comptes ne montrent pas encore de dépassement. Ils montrent en revanche que tenir les prévisions de la Loi de finances 2026 pourrait s’avérer autrement plus compliqué que ne le laisse supposer le seul taux d’exécution de 35,7%.

    I.N.

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