Liberté de la presse, détention de journalistes et défense des droits fondamentaux : les prises de parole se sont succédé, samedi 10 octobre 2026, lors du 7e congrès du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). Avocats, élus et représentants de la société civile ont convergé vers un même constat : la liberté d’informer ne saurait être dissociée de la défense des autres droits et libertés.
Parmi les personnalités présentes figuraient notamment le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, le bâtonnier Boubaker Ben Thabet, le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, le vice-président de l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), Baha Eddine Rabii, la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Raja Dahmani, le secrétaire général de l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), Mohamed Ouled Mohamed, le président de la commission des droits et libertés, Thabet El Abed, ainsi que plusieurs députés.
Au-delà de l’enjeu syndical de ce rendez-vous, plusieurs interventions ont placé les libertés publiques au cœur des débats, faisant de la situation des journalistes un révélateur, selon les intervenants, de l’état des droits fondamentaux en Tunisie.
Prenant la parole devant les congressistes, le bâtonnier Boubaker Ben Thabet a salué les sacrifices consentis par les journalistes pour préserver une presse libre et indépendante, capable de donner voix aux préoccupations de la société. Il a toutefois déploré une dégradation, à ses yeux, généralisée de la situation.

Le représentant de la profession d’avocat a exprimé son soutien aux efforts déployés par le SNJT et à son engagement en faveur de l’indépendance de la presse, tout en louant les compétences des journalistes tunisiens. Il a également annoncé que cette solidarité trouverait une traduction dans la mobilisation prévue le 17 octobre, présentée comme un rendez-vous de défense des valeurs de la République et des droits fondamentaux, rappelant la communauté de destin entre les deux professions.
Dans un appel qui se voulait ouvert à tous, Boubaker Ben Thabet a réitéré son soutien aux journalistes et aux détenus politiques, indépendamment de leurs appartenances. « Liberté, liberté, liberté », a-t-il scandé, réclamant la libération des personnes détenues.

La solidarité a également dépassé les frontières nationales. Dans un message adressé au SNJT, l’ancien secrétaire général de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), Anthony Bellanger, a exprimé sa solidarité, ainsi que celle de l’organisation, avec les journalistes détenus et leurs familles.
S’adressant directement au président de la République, il a demandé la libération immédiate des journalistes concernés et l’abandon des charges retenues contre eux. Il a, par ailleurs, salué le travail accompli par le SNJT, ses membres et son président sortant, Zied Dabbar.

« Le journalisme libre et indépendant doit continuer à vivre en Tunisie », a-t-il déclaré, résumant l’enjeu de cette mobilisation au-delà du seul cadre syndical.
L’intervention du député Thabet El Abed a, elle aussi, mis en lumière le paradoxe d’un secteur qui devrait pouvoir se consacrer à sa modernisation et à l’amélioration de ses conditions de travail, mais demeure confronté à une interrogation plus élémentaire : celle de la sécurité juridique et personnelle des journalistes dans l’exercice de leur métier. Pour l’élu, cette interrogation en dit long sur la situation du pays.
Il a également adressé son soutien aux journalistes poursuivis ou soumis à des pressions, tout en appelant à la libération des journalistes détenus et au respect de leur droit à un procès équitable.
Thabet El Abed a ensuite placé les institutions face à leurs responsabilités, estimant que leur crédibilité se mesure notamment à leur capacité à garantir les libertés lorsque leur protection devient difficile, à accepter la critique lorsqu’elle dérange et à assurer la justice lorsque les conflits s’exacerbent.
La question du recours à l’incarcération a occupé une place particulière dans son intervention. Qualifiant la prison d’instrument majeur dont dispose l’État pour bâillonner les libertés, il a appelé à s’interroger sur le recours à cette mesure privative de liberté. Selon lui, toute arrestation doit répondre à une nécessité absolue et s’inscrire dans le respect des garanties requises, avec une appréciation proportionnée des circonstances.

Le président de la LTDH, Bassem Trifi, a pour sa part salué le travail accompli par le bureau sortant du SNJT, soulignant les efforts déployés dans un contexte qu’il décrit comme particulièrement préoccupant pour les libertés et les droits.
« Votre congrès se tient alors que le pays est sur une voie dangereuse », a-t-il déclaré, évoquant la détention des journalistes Mohamed Yousfi, Zied El Heni, Borhen Bssais et Mourad Zeghidi. Il a également adressé son soutien à leurs familles, confrontées aux conséquences de cette situation.

Face à ce qu’il considère comme une dégradation générale des droits, le responsable de la LTDH a plaidé pour une convergence des forces syndicales, professionnelles et associatives, « car la lutte est la même ».
Bassem Trifi a notamment récusé toute séparation entre les revendications économiques et sociales et la défense des libertés publiques. Selon lui, la défense du pouvoir d’achat des Tunisiens et de leurs droits sociaux ne peut être menée indépendamment de celle de la liberté de la presse et des droits des journalistes.

C’est dans cette perspective qu’il a renouvelé son appel à participer à la marche du 17 octobre, exhortant les acteurs concernés à défendre avec détermination les droits et libertés. « Cette situation est insoutenable à tous les niveaux », a-t-il conclu.
Pour les intervenants, la défense de la presse ne relève pas d’une revendication corporatiste, mais engage plus largement la protection des droits fondamentaux, le fonctionnement des institutions et la place de la critique dans l’espace public tunisien.
N.J










