À l’ouverture du 7e congrès national du Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), samedi 10 octobre 2026, son président Zied Dabbar a dressé un tableau préoccupant de la situation de la presse en Tunisie, dénonçant le recul des espaces de dialogue et de pluralisme, la multiplication des poursuites judiciaires contre les journalistes et la fragilisation économique des médias. Il a renouvelé son appel à la libération des journalistes détenus et a plaidé pour le renforcement des alliances avec les organisations nationales, syndicales et de défense des droits humains.
Prenant la parole devant les représentants des organisations nationales, des forces civiles et sociales, des instances professionnelles, syndicales et de défense des droits humains, ainsi que des députés, Zied Dabbar a inscrit les travaux du congrès dans un contexte qu’il a qualifié de délicat. Il a notamment relevé la contraction des espaces de dialogue, l’intensification des pressions exercées sur la presse et l’aggravation des difficultés économiques et sociales auxquelles sont confrontés les journalistes et les entreprises médiatiques.
Dans ce contexte, a-t-il souligné, la liberté de la presse ne saurait être réduite à une prérogative professionnelle. Elle constitue une condition essentielle du fonctionnement démocratique de la société, en garantissant l’information, le débat public, la reddition des comptes et le contrôle de la gestion des affaires publiques.
« La presse libre n’est pas un privilège des journalistes, mais un droit de toute la société », a-t-il rappelé établissant un lien indissociable entre l’indépendance des médias et celle des professionnels qui y travaillent. Une indépendance qui, selon lui, ne peut résister aux pressions sans des garanties professionnelles et sociales effectives, ni sans des institutions médiatiques disposant des moyens nécessaires à leur pérennité.
L’état des libertés journalistiques a occupé une place centrale dans le discours de Zied Dabbar. Le responsable syndical a évoqué les dizaines de journalistes visés par des procès ou des poursuites judiciaires, certains étant incarcérés, d’autres confrontés à des procédures ou à des condamnations, tandis que certains ont été contraints de quitter le pays.
Depuis la tribune du congrès, il a renouvelé l’appel du syndicat à la libération immédiate de ses confrères Mourad Zeghidi, Zied El Heni, Mohamed Yousfi et Borhen Bsaies. Il a également demandé l’abandon des poursuites engagées contre plusieurs journalistes en raison de leur travail ou de l’exercice de leur droit à la liberté d’expression.
S’adressant aux professionnels absents, il a tenu à réaffirmer leur place au sein de la corporation, malgré leur éloignement physique. Il a, dans le même élan, rendu hommage aux familles des journalistes détenus, soulignant le poids de l’épreuve qu’elles traversent, entre souffrance, attente et inquiétude.
Zied Dabbar a salué leur endurance et leurs sacrifices, leur assurant que le syndicat ne les abandonnerait pas et poursuivrait son engagement en faveur de leurs proches, quelles que soient les circonstances.
Au-delà de la défense des journalistes poursuivis, le président du SNJT a insisté sur la nécessité de préserver l’autonomie de l’organisation syndicale. La force du syndicat, a-t-il affirmé, réside précisément dans son indépendance à l’égard de toute tentative de le transformer en instrument au service d’une partie ou d’un camp particulier.
Cette indépendance ne doit toutefois pas être confondue avec l’isolement. À cet égard, Zied Dabbar a défendu une conception ouverte de l’action syndicale, fondée sur la convergence avec les organisations nationales, les syndicats, les instances de défense des droits humains et les composantes de la société civile.
L’expérience a démontré, selon lui, que la défense de la liberté de la presse et des droits des journalistes nécessite la constitution d’un front de solidarité aussi large que possible. Cette démarche repose sur la conviction que les libertés publiques, la justice sociale et la dignité humaine sont étroitement liées.
Le combat des journalistes rejoint ainsi, sur plusieurs terrains, celui des organisations syndicales et des forces civiles et sociales : la défense du droit au travail, de la dignité, de la justice et des libertés. En inscrivant les revendications de la profession dans cette dynamique collective, Zied Dabbar a plaidé pour une solidarité qui dépasse les frontières du secteur médiatique.
L’autre enjeu mis en avant par le président du SNJT concerne la cohésion interne de l’organisation et la continuité de son action. Le syndicat, a-t-il rappelé, ne se résume ni aux personnes qui le dirigent ni aux bureaux successifs qui en assurent la gestion. Il est le produit de l’engagement de générations de journalistes et constitue, à ce titre, un patrimoine collectif.
Zied Dabbar a salué la présence des figures expérimentées et des anciens de la profession, auxquels il a rendu hommage pour leur contribution au secteur et à la construction de l’organisation syndicale. Il a également défendu un syndicat capable d’accueillir les divergences, de préserver la pluralité des sensibilités et de transformer la diversité en facteur de cohésion plutôt qu’en source de division.
Cette ouverture implique, a-t-il souligné, de mieux intégrer les nouvelles générations, de faire évoluer les outils d’action syndicale et de maintenir, dans le même temps, les principes fondateurs de l’organisation ainsi que l’indépendance de ses décisions.
« Les bureaux se succèdent, mais la responsabilité demeure », a-t-il affirmé soulignant que la défense de la liberté de la presse et de la dignité des journalistes ne saurait s’achever avec la fin d’un mandat électif ou l’élection d’une nouvelle direction.
En conclusion, Zied Dabbar a appelé les congressistes à faire de cette échéance une nouvelle étape dans le renforcement de l’unité syndicale, l’élargissement des partenariats et la consolidation des mécanismes de solidarité. Un engagement qu’il a inscrit dans une ambition plus large : défendre une presse professionnelle, libre, indépendante et responsable, tout en préservant le droit de chaque Tunisienne et de chaque Tunisien à l’information.
N.J











