« Je sortirai de la prison, tôt ou tard, la tête haute. » Depuis sa cellule, le journaliste d’investigation et rédacteur en chef d’Al Qatiba, Mohamed Yousfi, a réaffirmé son innocence et assuré que son incarcération ne le détournerait pas des principes qui ont guidé ses seize années de carrière. Dans un message transmis vendredi 9 octobre 2026 par son avocate, Leïla Haddad, à l’issue d’une visite, il a dénoncé des accusations qu’il estime fabriquées et s’est dit convaincu que la vérité finira par prévaloir.
Mohamed Yousfi a été interpellé le 4 septembre 2026 alors qu’il se rendait dans les locaux d’Express FM pour participer à une émission consacrée à la crise de l’eau en Tunisie.
Placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête relevant du Pôle judiciaire économique et financier, il fait l’objet de soupçons portant notamment sur la constitution d’une entente en vue de porter atteinte aux personnes et aux biens, l’enrichissement illicite et le blanchiment d’argent. L’enquête porte également sur des soupçons liés à des avantages provenant de flux financiers illicites par l’intermédiaire d’une association.
Mohamed Yousfi attribue ces accusations à des réseaux d’intérêts et à des lobbies de la corruption, qu’il accuse de chercher à le discréditer. À ses yeux, l’injustice ne saurait durer et les récits qu’il juge mensongers finiront par s’effondrer. Dans son message, il a affirmé que l’épreuve de la détention ne ferait que renforcer son attachement aux valeurs qu’il défend depuis son enfance.
Le journaliste a également rendu hommage aux professionnels des médias qui continuent, selon lui, de résister à la médiocrité, au populisme, à l’injustice, à la désinformation et à la manipulation de l’opinion publique.
Reprenant une formule du président de la République, Kaïs Saïed, il a déclaré : « Les moments passent et disparaissent, mais les positions demeurent gravées dans l’histoire. » Une manière de rappeler sa conviction que les circonstances sont passagères, tandis que les choix et les engagements restent.
Mohamed Yousfi a conclu son échange avec Me Leïla Haddad par une interpellation aux accents de réquisitoire : « Ne tirez-vous donc aucune leçon de l’histoire, proche comme lointaine, ou vos cœurs seraient-ils verrouillés ? »
En convalescence, le journaliste poursuit ses travaux en détention
L’avocate a également donné des nouvelles de l’état de santé du journaliste. Me Haddad a indiqué que Mohamed Yousfi était en convalescence après une intervention chirurgicale. Celui-ci a tenu à remercier l’ensemble du personnel médical et paramédical de l’hôpital Mongi-Slim, à La Marsa, auquel il attribue le mérite de lui avoir sauvé la vie.
Elle a ajouté que, malgré les circonstances de sa détention et les problèmes de santé qu’il a traversés, le journaliste avait maintenu une activité intellectuelle soutenue. Passionné de lecture, il a indiqué avoir lu neuf ouvrages depuis son incarcération et consacrer près de dix heures par jour à la lecture de journaux et de livres, ainsi qu’à la rédaction d’articles, de réflexions personnelles et de travaux de recherche.
Mohamed Yousfi a été placé en détention préventive le 8 septembre 2026, sur décision d’un juge d’instruction, dans le cadre d’une enquête menée par le Pôle judiciaire économique et financier. Son interrogatoire n’avait alors pas pu être mené à son terme en raison de la dégradation de son état de santé. Le journaliste a ensuite été hospitalisé et opéré alors qu’il était en détention.
Son arrestation et les circonstances de son incarcération ont suscité des réactions dans le milieu journalistique national et international. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a notamment exprimé ses préoccupations au sujet de cette affaire, qui soulève des interrogations quant aux conditions d’exercice du métier de journaliste en Tunisie.

N.J












