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Entrée en service de la station de dessalement de Sousse : 600 litres par seconde pour couvrir le déficit hydrique du Sahel

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Par Nadya Jennene

    La station de dessalement de l’eau de mer de Sousse est officiellement entrée en service. Quatrième installation de ce type en Tunisie, elle doit contribuer à réduire le déficit hydrique dans le Sahel et à répondre à la hausse de la demande durant la période estivale. Selon une déclaration du président-directeur général de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), Abdelhamid Mnaja, à Jawhara FM, vendredi 16 octobre 2026, les essais techniques ont été concluants et l’eau produite est déjà distribuée dans le réseau de la région.

    L’entrée en exploitation de cette infrastructure intervient dans un contexte de déséquilibre persistant de la balance hydrique, particulièrement marqué au cours des dernières années. La mise en service de la station vise à renforcer les ressources disponibles pour les gouvernorats du Sahel, confrontés à une demande accrue pendant l’été sous l’effet conjugué des températures élevées, de la densité de la population et de l’afflux de vacanciers.

    L’approvisionnement en eau potable dans le centre-est du pays repose principalement sur les transferts d’eau provenant du Nord, complétés par les apports du barrage de Nebhana et les ressources des forages profonds transférées depuis le gouvernorat de Kairouan vers le Sahel.

    D’après Abdelhamid Mnaja, les eaux du Nord représentent environ 80% des ressources mobilisées par ce système. Elles sont acheminées à travers un réseau de transfert alimentant successivement plusieurs installations, notamment dans les gouvernorats de Nabeul, Sousse et Monastir, avant de poursuivre leur parcours vers Mahdia et Sfax.

    Cette dépendance à l’égard des ressources conventionnelles rend toutefois le système vulnérable aux épisodes de sécheresse. La faiblesse des apports du barrage de Nebhana, en particulier, a contribué à aggraver les déséquilibres de la balance hydrique au cours de la dernière année.

    La Sonede a ainsi dû répartir les déficits entre les différentes zones desservies, en tenant compte de leur position dans le réseau de distribution. Les secteurs situés en bout de réseau sont généralement plus exposés aux insuffisances d’approvisionnement, a expliqué le PDG de la société.

    Dans ce contexte, la station de dessalement de Sousse doit permettre de diversifier les ressources et de réduire la pression exercée sur les transferts d’eau depuis le Nord. Son apport est particulièrement attendu durant les périodes de forte consommation, lorsque les besoins dépassent les capacités habituelles du système.

    La demande en eau dans le Sahel connaît une hausse saisonnière importante. Selon Abdelhamid Mnaja, la consommation peut augmenter d’environ un mètre cube par seconde pendant la période estivale, en comparaison avec les niveaux habituels.

    Pour répondre à cette pointe de consommation, la station de Sousse doit fournir un débit supplémentaire de l’ordre de 600 litres par seconde, soit 0,6 mètre cube par seconde. Cette production est destinée à compléter les ressources déjà mobilisées et à contribuer à la couverture des besoins de la population durant les périodes de forte sollicitation du réseau.

    Le PDG de la Sonede estime que la mise en service de l’installation permettra de couvrir l’essentiel des besoins en eau de la région pendant les pics de consommation, sous réserve d’éventuelles perturbations ponctuelles.

    L’objectif est ainsi de limiter le recours aux restrictions d’approvisionnement qui ont marqué les étés précédents. La nouvelle infrastructure doit également contribuer à améliorer l’équilibre entre les ressources disponibles et la demande, en réduisant la dépendance du Sahel aux apports des barrages et aux transferts interrégionaux.

    La qualité de l’eau produite constitue un enjeu central pour une installation destinée à alimenter le réseau public. À ce sujet, Abdelhamid Mnaja a détaillé les différentes étapes du procédé de traitement mis en œuvre dans la station.

    Contrairement à une idée répandue, le dessalement ne consiste pas à prélever directement l’eau de mer pour la rendre immédiatement potable. Le procédé repose sur une succession d’opérations visant à éliminer les particules, les impuretés et les sels dissous.

    Le procédé commence par un prétraitement destiné à retenir les matières en suspension et à réduire la présence d’impuretés susceptibles de perturber les opérations ultérieures. Cette étape comprend notamment une filtration sur sable et l’utilisation de produits adaptés au traitement de l’eau.

    L’eau passe ensuite par une filtration plus poussée, notamment au moyen de filtres à cartouches, avant d’être dirigée vers le système d’osmose inverse.

    Cette technologie repose sur des membranes semi-perméables qui permettent de séparer une grande partie des sels dissous de l’eau sous l’effet d’une pression élevée. Elle constitue l’étape déterminante du dessalement proprement dit.

    À l’issue du traitement, l’eau fait l’objet d’analyses destinées à vérifier sa conformité aux exigences de qualité avant son introduction dans le réseau de distribution. Selon le PDG de la Sonede, les différentes phases d’essai ont été menées progressivement, chaque étape devant satisfaire aux critères requis avant le passage à la suivante.

    Abdelhamid Mnaja a également indiqué que la salinité de l’eau produite était de l’ordre de 0,4 gramme par litre, soit un niveau relativement faible. Cette caractéristique doit toutefois être appréciée au regard de l’ensemble des paramètres physicochimiques et microbiologiques qui déterminent la potabilité de l’eau.

    L’eau issue du dessalement n’est pas distribuée isolément dans le réseau du Sahel. Elle est mélangée aux eaux provenant du Nord au moyen d’un dispositif hydraulique spécifique, présenté par Abdelhamid Mnaja comme un système de mélange hydrostatique.

    Ce dispositif permet de réunir les deux apports avant leur réinjection dans le réseau d’alimentation. L’eau distribuée aux habitants résulte ainsi d’un mélange entre l’eau dessalée et les ressources conventionnelles.

    Selon le PDG de la Sonede, l’eau produite par la station est présente dans le réseau depuis plus de 25 jours au moment de l’entretien, sans que des problèmes particuliers aient été signalés. Cette période d’exploitation progressive a permis de vérifier le fonctionnement de l’installation avant son inauguration officielle.

    La durée des essais s’explique, selon lui, par la nécessité de contrôler rigoureusement chaque étape du processus et de s’assurer de la conformité de l’eau avant sa distribution à grande échelle.

    Au-delà de son apport à la sécurité hydrique, la station de dessalement de Sousse présente également un intérêt économique et industriel. Abdelhamid Mnaja a souligné que sa réalisation avait été financée intégralement sur le budget de l’État et mobilisé des compétences tunisiennes, tant pour la construction que pour le suivi technique et le contrôle des travaux.

    Selon ses déclarations, environ 99% des compétences mobilisées sont tunisiennes. La station constitue ainsi un exemple de réalisation nationale dans un domaine technique essentiel à la gestion durable des ressources en eau.

    Son entrée en service s’inscrit dans le développement progressif du dessalement en Tunisie. Après la station de Djerba, mise en service en 2018, puis celle de Sfax, dont les installations ont commencé à entrer en exploitation en 2024, celle de Sousse vient renforcer les capacités nationales de production d’eau potable à partir de la mer.

    Pour la Sonede, cette diversification des ressources doit contribuer à réduire la vulnérabilité du système d’approvisionnement face à la sécheresse et aux variations saisonnières de la demande.

    Si la station ne supprime pas à elle seule les contraintes structurelles liées à la rareté de l’eau, elle constitue un apport supplémentaire pour sécuriser l’alimentation du Sahel, en particulier durant les mois d’été. Son efficacité dépendra néanmoins de sa capacité à fonctionner durablement à son niveau de production prévu, ainsi que de la maîtrise des autres composantes du système de distribution.

    N.J

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