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Sousse : après huit ans d’attente et plusieurs reports, la station de dessalement entre enfin en service

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Par Nadya Jennene

    Lancée en 2018 pour renforcer la sécurité hydrique du Sahel, la station de dessalement d’eau de mer de Sidi Abdelhamid, à Sousse, est finalement entrée en exploitation effective le 28 septembre 2026, a-t-on annoncé mardi 6 octobre 2026. Sa mise en service intervient après plusieurs reports, des échéances successivement annoncées puis dépassées et plusieurs interrogations sur les difficultés techniques rencontrées durant les essais.

    D’un coût estimé à 132 millions de dinars, le projet devait initialement être réalisé en sept ans, soit une mise en service autour de 2025. Mais au cours des derniers mois, plusieurs échéances avaient encore été avancées sans que la station ne commence effectivement à produire de l’eau destinée au réseau.

    En avril 2026, le PDG de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede) avait notamment indiqué que les travaux devaient être achevés au début de l’été. Il avait également annoncé que la station devait commencer à produire avant la fin de l’année. Ces échéances avaient finalement été dépassées.

    Le 7 août dernier, le directeur du projet, Moncef Amara, était revenu sur les raisons de ce retard expliquant, alors, que les différentes composantes du projet étaient achevées et que la station se trouvait dans une phase d’essais. Les principales difficultés concernaient le prétraitement de l’eau de mer, étape indispensable avant son passage dans les membranes d’osmose inverse.

    Le processus repose en effet sur plusieurs étapes. L’eau de mer doit d’abord être traitée afin de répondre à des paramètres précis avant d’être acheminée vers les membranes d’osmose inverse, qui assurent la séparation des sels dissous.

    Selon Moncef Amara, les essais avaient montré que certains paramètres du prétraitement n’étaient pas encore conformes aux exigences nécessaires au bon fonctionnement de la suite du processus. Les équipes travaillaient notamment sur le réglage de l’injection des produits chimiques utilisés à cette étape.

    Le responsable avait alors indiqué que les équipes travaillaient 24 heures sur 24 et que les opérations étaient entrées dans leur dernière phase, tout en refusant de fixer une nouvelle date ferme pour la mise en service.

    Ces explications intervenaient alors que des interrogations avaient émergé sur les réseaux sociaux autour de la nature exacte des difficultés rencontrées.

    Le 2 août, l’ancien élu d’Attayar à Sousse, Mejdi Ben Ghezala, avait notamment évoqué une possible incompatibilité entre les caractéristiques de l’eau de mer captée à Sidi Abdelhamid et le système de filtration installé dans la station.

    Selon les informations qu’il disait tenir de certaines sources, cette situation aurait pu entraîner un colmatage prématuré des filtres et, à terme, endommager les membranes d’osmose inverse. Les essais auraient ainsi été interrompus afin d’éviter d’endommager des équipements particulièrement coûteux.

    Cette hypothèse n’avait toutefois pas été confirmée officiellement. La Sonede et les autres intervenants du projet n’avaient pas communiqué sur l’existence d’une incompatibilité entre l’eau captée et les équipements installés.

    De son côté, Moncef Amara avait confirmé que les difficultés se situaient bien au niveau du prétraitement, mais sans confirmer l’existence d’une incompatibilité technique ni celle d’un phénomène de colmatage des membranes.

    Le directeur du projet avait également fermement démenti les informations selon lesquelles la station aurait déjà produit une eau impropre à la consommation. Il avait assuré que l’installation n’était alors jamais entrée en exploitation et qu’aucune goutte d’eau produite par la station n’avait encore été injectée dans le réseau.

    Le retard du projet ne se résumait d’ailleurs pas aux seules difficultés rencontrées lors des essais finaux. Moncef Amara avait également évoqué les perturbations provoquées par la pandémie de Covid-19, ainsi qu’un recours à l’arbitrage international au cours de la réalisation du projet.

    Conçue pour le compte de la Sonede par le consortium formé par le groupe espagnol Abengoa et l’entreprise tunisienne Engineering Procurement & Project Management (EPPM), la station dispose désormais d’une capacité de production de 50 000 mètres cubes d’eau potable par jour. Une extension est prévue afin de porter cette capacité à 100 000 mètres cubes par jour.

    L’eau de mer est captée au niveau du canal de refroidissement de la centrale électrique de Sidi Abdelhamid, exploitée par la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg). Elle passe ensuite par un système de prétraitement avant d’être acheminée vers les unités d’osmose inverse.

    Le projet comprend également plusieurs infrastructures annexes, notamment des conduites destinées à assurer la prise d’eau, l’évacuation de la saumure et l’intégration de la nouvelle ressource au réseau de distribution.

    La station s’inscrit dans une stratégie plus large visant à développer les ressources hydriques non conventionnelles, alors que la Tunisie fait face à une pression croissante sur ses ressources conventionnelles.

    Selon les données communiquées précédemment par la Sonede, la nouvelle installation doit notamment contribuer à renforcer l’approvisionnement en eau potable du Sahel et à réduire progressivement la dépendance à certaines ressources provenant du système des Eaux du Nord et des nappes souterraines.

    Depuis le 28 septembre 2026, la station est officiellement entrée en exploitation effective. L’eau dessalée est désormais acheminée vers les réseaux desservant Sousse, Monastir et Mahdia, renforçant ainsi les capacités disponibles pour l’alimentation en eau potable dans le Sahel.

    N.J

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