Le député Ahmed Saidani a publié, mercredi 21 octobre 2026, un long message dans lequel il a appelé à repenser les choix économiques et stratégiques de la Tunisie, dans un contexte international marqué par de fortes tensions géopolitiques. Entre critique ironique du rôle des parlementaires et propositions en faveur de la souveraineté nationale, il a interrogé la capacité du pays à tirer parti des bouleversements mondiaux.
« Pardonnez-moi, parfois j’oublie que je ne peux que voter des crédits. Mais je me permets quand même de rêver », a-t-il écrit en introduction de sa publication, dans une allusion ironique aux prérogatives des députés.
Évoquant les risques d’une flambée des prix du pétrole, d’une confrontation entre la Russie et l’Otan ou encore d’un conflit majeur impliquant l’Iran et ses alliés, Ahmed Saidani s’est interrogé sur la place de la Tunisie face à ces évolutions.
Le député a notamment proposé de profiter des bouleversements internationaux pour renégocier les accords commerciaux, réexaminer les contrats pétroliers et procéder à un audit transparent des ressources nationales en pétrole et en gaz. Il a également évoqué la possibilité d’imposer un rééchelonnement de la dette et de contester la prise en charge de certaines dettes qualifiées d’odieuses ou d’illégitimes, sous réserve que les conditions juridiques soient réunies.

Sur le plan industriel, Ahmed Saidani a appelé au lancement d’un programme national fondé notamment sur la rétro-ingénierie, afin de réduire la dépendance technologique du pays. Il a également suggéré la création d’une structure gouvernementale spécialisée dans la valorisation du phosphate, pouvant aller jusqu’à un ministère dédié, avec pour mission de développer les industries de transformation et de créer davantage d’emplois.
La souveraineté alimentaire a également occupé une place importante dans ses propositions. Le député a évoqué la mobilisation des terres agricoles, l’exploitation des ressources hydriques du bassin de Ghadamès, la mise en valeur de terres pastorales pour développer l’élevage et la production de viande rouge, ainsi que des projets d’aquaculture, dont une éventuelle connexion de la sebkha de Moknine à la mer.
Il a par ailleurs appelé à une révision de la législation financière pour permettre aux jeunes d’accéder aux devises étrangères et aux actifs numériques dans un cadre juridique clairement défini.
Pour Ahmed Saidani, les crises internationales ne représentent pas uniquement des menaces, mais peuvent aussi constituer des occasions de revoir les priorités nationales. Il a toutefois précisé qu’il ne s’agissait ni d’attendre une guerre pour agir ni de miser sur l’effondrement d’autres pays.
« La sécurité nationale ne se résume pas à une armée et à des frontières, la souveraineté ne se limite pas à un drapeau et à un hymne national, et l’indépendance ne se réduit pas à une décision politique », a-t-il souligné.
Le député a conclu en appelant à une vision stratégique, à une planification rigoureuse et à une volonté politique plaçant l’intérêt national au-dessus des calculs étroits.
« N’avons-nous pas le droit de rêver d’une Tunisie différente ? Une Tunisie productive, industrialisée, forte et indépendante dans ses décisions ? », s’est-il interrogé, avant de poser une dernière question : plutôt que de se demander ce qui adviendra du monde, la Tunisie ne devrait-elle pas s’interroger sur ce qu’elle a préparé pour y faire face ?
M.B.Z










