L’Union nationale de la femme tunisienne (UNFT) hausse le ton. Confrontée à une crise financière et judiciaire qui menace jusqu’à ses derniers biens mobiliers, l’organisation féminine historique entend faire bloc face à ce qu’elle considère comme une situation héritée de décennies de mauvaise gestion. Dans un communiqué publié samedi 24 octobre 2026, les membres de sa commission centrale dénoncent les procédures en cours, réclament le règlement des droits de leurs employés et mettent en garde contre les risques de démantèlement de l’organisation.
Cette prise de position intervient deux jours après l’annonce par la présidente de l’UNFT, Radhia Jerbi, de la saisie des derniers biens mobiliers encore présents au siège de l’organisation, à savoir son bureau et sa salle de réunion. Une mesure exécutée en application d’un jugement social rendu par le Tribunal de première instance de Gafsa il y a quatorze ans, portant sur des créances salariales couvrant la période allant de 1987 à 2012.
Dans leur communiqué, les membres de la commission centrale ne cachent pas leur indignation face à une situation qu’elles jugent incompatible avec l’histoire et le rôle de l’UNFT. Elles dénoncent notamment les conséquences d’une crise financière aiguë, marquée par l’accumulation de dettes, la suspension de subventions destinées à rémunérer des employés et la saisie des biens de l’organisation.
« Pas question de sacrifier l’organisation »
Le message se veut sans équivoque : les responsables actuelles refusent d’endosser seules la responsabilité d’engagements financiers accumulés au fil des décennies. Elles rejettent catégoriquement l’idée de devoir régler des dettes et des créances héritées de mandats antérieurs, remontant notamment à 1987, ainsi que des conséquences de décisions auxquelles elles affirment ne pas avoir participé.
Les signataires contestent également la poursuite de procédures judiciaires dont les conséquences financières pèsent aujourd’hui sur l’organisation. Elles assurent néanmoins qu’elles continueront à défendre les droits des femmes, à préserver le patrimoine de l’UNFT et à poursuivre ses activités malgré les difficultés rencontrées.
Dans leur déclaration, les membres de la commission centrale rappellent les missions historiques de l’Union : défendre les droits des femmes, lutter contre la violence, le harcèlement et les discriminations, favoriser l’accès à l’emploi, soutenir l’autonomie économique des femmes, notamment dans les régions rurales, et promouvoir leur participation à la vie publique.
Elles mettent ainsi en avant le risque de voir une institution engagée depuis des décennies dans la défense des droits des Tunisiennes fragilisée par une crise qui dépasse, selon elles, la seule question des créances salariales.
Des employés toujours en attente de leurs droits
Au-delà du bras de fer autour des biens saisis, la question des droits des employés demeure centrale. Les membres de la commission réclament le règlement urgent des salaires et des autres droits financiers, sociaux et professionnels du personnel. Elles demandent également que les responsabilités soient établies concernant les personnes dont les actes ou les omissions auraient contribué à la situation actuelle.
Le communiqué reconnaît la difficulté de la situation vécue par les employés, tout en soulignant que les responsables de l’organisation doivent continuer à assumer leurs fonctions sans rémunération ni couverture sociale, dans des conditions matérielles particulièrement éprouvantes.
Les signataires alertent aussi sur les risques de fragmentation de l’Union, de marginalisation de ses employées et de démantèlement progressif de ses structures. Elles appellent les organisations, les associations, les partenaires et les sympathisantes de l’UNFT à se mobiliser pour soutenir l’institution et préserver son héritage militant.
Une institution historique face à ses contradictions
Fondée en 1956, l’UNFT occupe une place historique dans le paysage associatif tunisien et dans l’histoire de la promotion des droits des femmes. Mais cette nouvelle sortie met en lumière les difficultés d’une organisation qui entend poursuivre son action tout en faisant face aux conséquences financières de décisions anciennes.
Le communiqué ne règle évidemment pas la question de fond : comment une institution aussi ancienne a-t-elle pu accumuler des engagements financiers dont les conséquences continuent de la poursuivre aujourd’hui ? Et comment concilier la défense des droits des travailleuses avec une situation dans laquelle des créances salariales impayées conduisent à la saisie des biens de l’organisation ?
En attendant des réponses et une issue à la crise, les membres de la commission centrale affichent leur détermination à maintenir l’UNFT debout. Reste à savoir si cet appel à la solidarité suffira à préserver une organisation dont les difficultés financières menacent désormais jusqu’à son fonctionnement quotidien.
N.J










