La cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri, a appelé, jeudi 29 octobre 2026, à une réforme profonde du système des Nations unies, dénonçant l’application sélective du droit international et l’incapacité de la communauté internationale à mettre fin aux souffrances du peuple palestinien. Elle a également insisté sur la nécessité de renforcer la coopération entre la Russie et les pays africains, notamment dans les domaines de la sécurité, de l’énergie, de la santé et de la souveraineté alimentaire.
S’exprimant à Moscou, au Kremlin, lors de l’ouverture du troisième sommet Russie-Afrique, présidé par le président russe Vladimir Poutine, la cheffe du gouvernement a représenté la Tunisie en présence du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti.
Au début de son intervention, elle a transmis les salutations du président de la République, Kaïs Saïed, et ses vœux de réussite aux travaux du sommet, avant de saluer la solidité des relations tuniso-russes, dont les deux pays célèbrent cette année le 70e anniversaire.
Elle a rappelé que ces relations, établies officiellement le 11 juillet 1956, quelques mois après l’indépendance de la Tunisie, ont permis la réalisation de plusieurs projets de développement et la formation de compétences tunisiennes, notamment dans les domaines de l’ingénierie et de la santé.
La paix et la sécurité, conditions indispensables au développement africain
Abordant les défis auxquels fait face le continent africain, Sarra Zaâfrani Zenzri a estimé que la consolidation de la paix et de la sécurité constituait une condition fondamentale à tout développement durable.
Elle a souligné que la prévention des conflits demeurait plus efficace et moins coûteuse que la gestion de leurs conséquences, plaidant pour le renforcement de la diplomatie préventive, des mécanismes d’alerte précoce et de médiation de l’Union africaine.
La cheffe du gouvernement a également insisté sur la nécessité de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité, notamment la précarité économique, les inégalités sociales et la marginalisation.
Réaffirmant l’attachement de la Tunisie au principe des « solutions africaines aux problèmes africains », elle a défendu des processus de règlement des crises fondés sur le dialogue, le consensus et le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.
Sécurité alimentaire, santé et énergie : les priorités de la coopération
Sur le plan économique, la cheffe du gouvernement a identifié la sécurité alimentaire comme l’un des principaux défis stratégiques du continent, dans un contexte marqué par les changements climatiques, la volatilité des marchés internationaux et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.
Elle a appelé à intensifier la coopération dans les secteurs agricole et agroalimentaire, à développer les investissements dans la production, à améliorer la gestion des ressources hydriques et à favoriser le transfert des technologies.
Concernant la santé, elle a plaidé pour une plus grande autonomie des systèmes sanitaires africains, notamment à travers le développement de capacités locales de production de médicaments, de vaccins et de matériel médical. Elle a également insisté sur le renforcement de la surveillance épidémiologique et de la coopération scientifique pour faire face aux risques sanitaires transfrontaliers.
Dans le domaine énergétique, Sarra Zaâfrani Zenzri a appelé à encourager les investissements conjoints dans les infrastructures, à améliorer l’efficacité énergétique et à faciliter le financement des projets, afin de garantir aux populations africaines un accès à une énergie fiable et abordable.
Elle a, par ailleurs, défendu une transition énergétique équitable, tenant compte des spécificités économiques et des priorités de développement des pays africains, tout en réclamant davantage de financements et de transferts technologiques pour permettre au continent de faire face aux conséquences du changement climatique.
Une coopération renforcée pour la période 2027-2029
La cheffe du gouvernement a également mis l’accent sur le potentiel de la jeunesse africaine, estimant que l’éducation, la formation, l’accès aux technologies et la création d’emplois constituaient des leviers essentiels du développement.
Elle a salué, à cet égard, le plan d’action du partenariat Russie-Afrique pour la période 2027-2029, qui prévoit une coopération dans plusieurs secteurs, dont le commerce, les investissements, la santé, l’énergie, les ressources naturelles, les technologies numériques, l’éducation et la culture.
Sarra Zaâfrani Zenzri a affirmé la disponibilité de la Tunisie à contribuer activement à la mise en œuvre de ce programme, en mobilisant ses compétences et ses ressources humaines.
Gaza et réforme de l’ONU : Tunis dénonce les « deux poids, deux mesures »
Sur le plan international, la cheffe du gouvernement a dressé un constat particulièrement critique du fonctionnement actuel du système multilatéral.
Elle a estimé que les mécanismes internationaux de maintien de la paix traversaient une crise de confiance et de crédibilité, en raison notamment de considérations géopolitiques qui entravent la prise de décision et d’une application sélective des règles du droit international.
Évoquant la situation palestinienne, elle a dénoncé une « injustice historique » et le génocide subi par le peuple palestinien, ainsi que l’incapacité des Nations unies à mettre fin aux politiques de colonisation et de privation alimentaire. Cette situation qui illustre les dysfonctionnements structurels du système international et la nécessité de mettre un terme à la politique du « deux poids, deux mesures ».
La cheffe du gouvernement a ainsi réaffirmé la position tunisienne en faveur d’une réforme globale et profonde de l’Organisation des Nations unies, afin de garantir un ordre mondial plus juste, plus équilibré et assurant une représentation équitable de l’Afrique et des pays en développement.
Elle a souligné que la paix et la sécurité internationales ne pouvaient être garanties par les seuls rapports de force, mais devaient reposer sur la justice, l’équité et le respect des principes consacrés par la Charte des Nations unies.
En conclusion, Sarra Zaâfrani Zenzri a exprimé le souhait que ce troisième sommet Russie-Afrique débouche sur des engagements concrets et des mécanismes de coopération durables, capables de répondre aux besoins et aux priorités du continent africain.
M.B.Z












