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Énergie : Tunis regarde vers Moscou, l’exploration et les forages en ligne de mire

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Par Sarra Hlaoui

    La coopération tuniso-russe pourrait-elle prendre un nouveau tournant dans le secteur énergétique ? Au lendemain du troisième sommet Russie-Afrique, tenu à Moscou les 28 et 29 octobre 2026, Tunis et Moscou affichent leur volonté de donner davantage de consistance à leur partenariat. Et c’est précisément sur le terrain de l’énergie que les attentes tunisiennes semblent aujourd’hui les plus pressantes.

    Reçu vendredi 30 octobre au siège du ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur de Russie en Tunisie, Alexander Zolotov, s’est entretenu avec le chef de la diplomatie, Mohamed Ali Nafti. Officiellement, il s’agissait de faire le point sur les relations bilatérales et d’examiner les moyens de les développer. Mais au fil du communiqué publié à l’issue de la rencontre, un sujet se détache nettement : l’énergie, qualifiée de secteur stratégique pour la Tunisie.

    Mohamed Ali Nafti a ainsi fait part de la volonté tunisienne de renforcer le partenariat avec la Russie dans ce domaine, en explorant de nouvelles opportunités et en élaborant des projets économiquement viables, susceptibles de répondre aux priorités nationales et de contribuer à la sécurité énergétique du pays.

    Le choix des mots n’est pas anodin. La Tunisie ne cherche plus seulement à entretenir des relations de coopération traditionnelles avec ses partenaires. Elle doit aussi trouver des réponses à une équation énergétique qui se complique d’année en année : une production nationale en recul, une demande qui progresse et une dépendance accrue aux approvisionnements extérieurs.

    Une urgence énergétique qui remet l’exploration au premier plan

    Les chiffres donnent la mesure du défi. À fin août 2026, le déficit énergétique tunisien atteignait 4,7 millions de tonnes équivalent pétrole, en hausse de 12% sur un an. Le taux d’indépendance énergétique est, lui, tombé à 32%, contre 36% à la même période de 2025.

    La situation est également préoccupante du côté de l’exploration. Selon les données de l’Observatoire national de l’énergie et des mines, la Tunisie n’avait enregistré aucune nouvelle découverte d’hydrocarbures à fin juillet 2026, malgré le forage de deux puits d’exploration et de trois puits de développement. Le nombre de permis de recherche et d’exploration en vigueur était, par ailleurs, passé de quinze à douze en un an.

    Dans ce contexte, la relance de la prospection, l’investissement dans de nouveaux forages et la mobilisation de partenaires disposant d’une expertise technique et de capacités financières deviennent des enjeux majeurs. La Tunisie ne peut durablement compter sur des ressources nationales qui s’amenuisent sans accélérer le renouvellement de ses réserves.

    C’est dans cette perspective que le volet énergétique du rapprochement avec Moscou mérite attention. Le 26 octobre, en marge des préparatifs du sommet Russie-Afrique, Maxim Orechkine, vice-président de l’administration présidentielle russe, avait affirmé que son pays était disposé à négocier avec la Tunisie différents projets de coopération, en se disant particulièrement ouvert aux propositions tunisiennes dans le domaine de l’énergie.

    Le responsable russe avait toutefois insisté sur la nécessité de construire des projets répondant aux besoins des deux parties, plutôt que d’imposer des plans préétablis. Une ouverture diplomatique, donc, mais pas encore un engagement sur un projet déterminé.

    De la volonté politique aux projets concrets

    Le communiqué du ministère des Affaires étrangères ne mentionne ni accord de forage, ni calendrier d’exploration, ni investissement russe identifié dans les hydrocarbures tunisiens. Il évoque plutôt l’exploration de nouvelles possibilités de partenariat et la préparation de projets économiquement viables. La nuance est importante : entre l’intérêt affiché et la concrétisation d’un projet industriel, il reste un chemin à parcourir.

    Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer le cadre juridique bilatéral et d’accélérer la réalisation de projets conjoints dans plusieurs secteurs. La prochaine échéance bilatérale devrait, à cet égard, être mise à profit pour donner une nouvelle impulsion à la coopération entre les deux pays.

    Au-delà de l’énergie, les échanges ont porté sur les domaines économique, scientifique, culturel, technique et touristique. Les questions consulaires, notamment la situation des citoyens tunisiens en Russie, ont également été abordées. L’ambassadeur russe a salué l’initiative tunisienne et réaffirmé la disponibilité de son pays à coordonner avec les autorités compétentes la mise en œuvre des points convenus.

    Cette rencontre intervient alors que Tunis et Moscou célèbrent les soixante-dix ans de l’établissement de leurs relations diplomatiques. Mais l’ancienneté des liens ne suffit plus à définir leur avenir. Pour la Tunisie, l’enjeu est désormais de transformer cette relation historique en partenariats capables de produire des résultats mesurables.

    La Russie peut-elle devenir un partenaire plus présent dans l’exploration et le développement des ressources énergétiques tunisiennes ? La question est posée, mais la réponse dépendra moins des déclarations de bonne volonté que de la capacité des deux parties à identifier des projets précis, à en garantir la rentabilité et à mobiliser les investissements nécessaires.

    Dans un pays où le déficit énergétique pèse de plus en plus lourd sur les équilibres économiques, le temps des intentions ne saurait, à lui seul, tenir lieu de stratégie.

    S.H

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