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Premier sénateur musulman, première sénatrice amérindienne : les midterms 2026 entrent dans l’histoire

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Par Myriam Ben Zineb

    Les élections américaines de mi-mandat du mardi 3 novembre 2026 n’auront pas seulement infligé un sérieux revers à Donald Trump. Elles auront également fait tomber plusieurs barrières historiques dans un pays où l’accès aux plus hautes fonctions politiques reste marqué par de profondes inégalités de représentation. Premier musulman élu au Sénat, première femme amérindienne à y siéger, première femme noire portée à la tête d’un État américain : derrière la vague démocrate, une autre histoire s’est écrite dans les urnes.

    Au lendemain du scrutin, les démocrates ont repris le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat, privant le président républicain de ses majorités parlementaires pour les deux dernières années de son mandat. Mais au-delà de ce basculement politique, les résultats révèlent une évolution du paysage électoral américain, portée par des candidats aux parcours et aux profils longtemps peu représentés au sommet des institutions.

    Un premier sénateur musulman et une percée historique des Amérindiens

    Dans le Michigan, le démocrate Abdul El-Sayed est devenu le premier musulman élu au Sénat des États-Unis. Fils d’immigrés égyptiens et ancien responsable de santé publique, il a battu le républicain Mike Rogers et conservera ainsi aux démocrates le siège laissé vacant par le départ à la retraite de Gary Peters.

    Sa victoire revêt une portée particulière. Candidat issu de l’aile progressiste du Parti démocrate, Abdul El-Sayed a fait campagne sur l’accès universel aux soins, la réduction de l’influence de l’argent sur la politique et une ligne critique à l’égard d’Israël. Il a également dû faire face à des attaques visant sa religion et à des accusations de liens avec des organisations terroristes, formulées sans preuves par ses adversaires républicains. Des attaques qu’il a dénoncées, avec ses soutiens, comme islamophobes et racistes.

    Dans le Minnesota, Peggy Flanagan a elle aussi franchi une étape historique en devenant la première femme amérindienne élue au Sénat américain. Membre de la nation White Earth Ojibwe et jusqu’alors lieutenante-gouverneure de l’État, elle a remporté son duel face à la républicaine Michele Tafoya.

    Une autre victoire symbolique est intervenue au Nouveau-Mexique, où Deb Haaland est devenue la première femme amérindienne élue gouverneure d’un État américain. Membre du peuple Laguna Pueblo, elle avait déjà marqué l’histoire en devenant l’une des deux premières femmes autochtones élues au Congrès, en 2018, puis la première personne amérindienne à occuper un poste de secrétaire au sein du gouvernement fédéral, sous la présidence de Joe Biden.

    Ces victoires prennent une dimension particulière dans un pays dont l’histoire est également celle de la dépossession des peuples autochtones, de leur marginalisation politique et des politiques d’assimilation imposées par les autorités fédérales.

    Des premières historiques à la tête des États

    En Géorgie, Keisha Lance Bottoms, ancienne maire d’Atlanta, est devenue la première femme noire élue gouverneure d’un État américain. Une victoire d’autant plus symbolique que la Géorgie n’avait jusqu’alors jamais été dirigée par une femme ou par une personne noire. Les 83 gouverneurs qui l’avaient précédée étaient tous des hommes blancs.

    En Floride, c’est un républicain, Byron Donalds, qui a inscrit son nom dans l’histoire en devenant le premier gouverneur noir de cet État. Le démocrate David Crowley a réalisé une première comparable dans le Wisconsin. Le scrutin a donc produit des avancées historiques dans les deux camps, même si les démocrates ont largement dominé la soirée électorale.

    Le Texas, bastion républicain depuis plus de trois décennies, a également connu un bouleversement majeur. La démocrate Gina Hinojosa y a battu le gouverneur sortant Greg Abbott, devenant la première femme d’origine latino-américaine à diriger cet État. En Californie, Xavier Becerra est devenu le premier gouverneur latino depuis Romualdo Pacheco, qui avait occupé cette fonction en 1875.

    Au New Hampshire, Chris Pappas a remporté l’élection sénatoriale, devenant le premier homme ouvertement homosexuel élu au Sénat américain. Il succédera à la démocrate Jeanne Shaheen, qui ne sollicitait pas de nouveau mandat.

    Dans le Tennessee, la républicaine Marsha Blackburn est devenue la première femme élue gouverneure de l’État. Dans l’Illinois, la victoire de Juliana Stratton au Sénat permettra également à cet État d’être représenté, pour la première fois dans l’histoire américaine, par deux sénatrices issues de minorités raciales, aux côtés de Tammy Duckworth.

    Ces victoires ne se résument pas à une succession de symboles. Elles témoignent d’une évolution de la représentation politique américaine, au sein d’institutions dont la composition a longtemps été beaucoup moins diverse que la population du pays.

    Une vague démocrate qui fragilise Donald Trump

    Cette série de premières s’inscrit dans un scrutin particulièrement difficile pour Donald Trump. Deux ans après son retour à la Maison-Blanche, le président a vu les démocrates reprendre le contrôle des deux chambres du Congrès, y compris grâce à des victoires dans des États traditionnellement acquis aux républicains.

    Le mécontentement des électeurs face au coût de la vie, aux conséquences économiques de la guerre avec l’Iran et à certaines orientations de l’administration Trump a pesé sur la campagne. Les démocrates ont réussi à transformer ces préoccupations en gains électoraux, y compris dans plusieurs territoires où les républicains espéraient conserver leur avantage.

    Pour Donald Trump, les conséquences pourraient être considérables. À partir de janvier 2027, la nouvelle majorité démocrate disposera de moyens renforcés pour contrôler l’action de son administration, lancer des enquêtes parlementaires et entraver une partie de son programme législatif. La perspective d’une nouvelle procédure d’impeachment, même si elle ne signifie pas automatiquement une destitution, pourrait également revenir dans le débat politique.

    Le scrutin pourrait enfin ouvrir la voie à une autre première : Hakeem Jeffries, chef de file des démocrates à la Chambre des représentants, pourrait devenir le premier Afro-Américain à présider cette institution. Son accession à cette fonction dépendra toutefois du vote des élus lors de l’installation du nouveau Congrès.

    En sanctionnant le pouvoir en place, les électeurs américains ont donc fait bien davantage que modifier les équilibres parlementaires. Ils ont aussi porté aux responsabilités des personnalités dont l’élection constitue une rupture avec une longue histoire d’exclusion politique. Reste à savoir si ces avancées historiques se traduiront par des transformations durables, dans un pays qui aborde les deux dernières années du mandat de Donald Trump sous le signe d’une confrontation institutionnelle annoncée.

    M.B.Z

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