Depuis sa cellule à la prison de la Mornaguia, le journaliste Zied El-Heni continue de suivre l’actualité et de commenter les évolutions politiques internationales. Dans un texte parvenu à Business News mercredi 4 novembre 2026, il salue les résultats obtenus par la liste arabe aux élections israéliennes, la victoire de Lula au Brésil et l’engagement du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à respecter la durée constitutionnelle de son mandat. Mais c’est surtout le regard qu’il porte sur la Tunisie qui donne à son message toute sa portée.
Le journaliste commence par exprimer sa satisfaction face aux résultats positifs obtenus, pour la première fois, par la liste arabe aux élections israéliennes. Il y voit une possible occasion d’ouvrir une nouvelle voie vers la paix, débarrassée des extrémistes, des partisans de la guerre et de la destruction, ainsi que des ennemis de la liberté, de l’humanité et de la vie.
Zied El-Heni se réjouit également de la victoire du président brésilien Lula, estimant qu’elle pourrait donner une impulsion à l’émergence d’un monde multipolaire. Il salue, dans le même esprit, la position exprimée par le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, qui a réaffirmé son engagement à achever son mandat présidentiel constitutionnel en 2030 et rejeté toute modification de la Constitution destinée à prolonger cette échéance.
Des évolutions internationales qu’il lit à travers un même prisme, celui de la capacité des peuples et des institutions à gérer leurs divergences dans un cadre démocratique.
« Combien il est honteux pour nous… »
C’est en revenant à la Tunisie que le propos du journaliste prend une tournure plus directe. À l’approche du 70e anniversaire de la proclamation de la République, il établit un contraste sévère entre les évolutions qu’il observe ailleurs et la situation politique tunisienne.
« Combien il est honteux pour nous, alors que nous sommes aux portes de la célébration du 70e anniversaire de la proclamation de notre République, que d’autres peuples dans le monde réussissent à gérer leurs divergences de manière démocratique, tandis que nous nous enlisons dans le marécage du populisme et de l’autoritarisme », écrit-il.
Une conclusion qui résonne particulièrement au regard de la situation dans laquelle se trouve son auteur. Zied El-Heni observe les débats démocratiques depuis une prison où il purge plusieurs peines prononcées dans des affaires liées à ses prises de position et à son travail journalistique.
أسعدتني النتائج الإيجابية التي حققتها لأول مرة القائمة العربية في الانتخابات الإسرائيلية وأرجو أن يمكنها ذلك من الدفع نحو فتح مسار جديد للسلام يتخلص من المتطرفين دعاة الحروب والدمار وأعداء الحرية والإنسانية والحياة. كما أسعدني فوز الرئيس البرازيلي لولا لما من شأنه أن يشكل دفعة من أجل تحقيق عالم متعدد الأقطاب وفي نفس السياق أحيي تأكيد الرئيس المصري عبد الفتاح السيسي التزامه بإكمال عهدته الرئاسية الدستورية في 2030 ورفضه المساس بالدستور لتعديل تلك المدة. كم هو مخجل لنا ونحن على أعتاب الاحتفال بالذكرى 70 لإعلان جمهوريتنا أن شعوب العالم الأخرى تنجح في إدارة خلافاتها بصورة ديمقراطية فيما نغرق ونحن في مستنقع الشعبوية والاستبداد.
Un journaliste condamné dans plusieurs affaires
Le parcours judiciaire de Zied El-Heni s’est considérablement alourdi ces dernières années. En janvier 2024, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis, à la suite d’une plainte déposée par l’ancienne ministre du Commerce, Kalthoum Ben Rejeb, après des déclarations tenues sur les ondes de la radio IFM. Il avait été remis en liberté le jour même, après le prononcé du jugement.
En mai 2026, le journaliste a été condamné à un an de prison ferme en vertu de l’article 86 du Code des télécommunications, à la suite d’une publication sur les réseaux sociaux dans laquelle il critiquait les poursuites visant son confrère Khalifa Guesmi. La peine a été confirmée en appel le 26 juin 2026.
Une autre affaire, portant sur des enregistrements audio attribués à Mondher Ounissi, ancien président par intérim du mouvement Ennahdha, et à la journaliste Chahrazed Akacha, a conduit à une nouvelle condamnation particulièrement lourde. Le 27 octobre 2026, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme près le Tribunal de première instance de Tunis lui a infligé quatre ans de prison, sur la base de plusieurs accusations relevant de la législation antiterroriste.
Zied El-Heni avait expliqué avoir contacté les personnes concernées par les enregistrements afin d’en vérifier l’authenticité et de recouper les informations avant leur traitement journalistique. Initialement entendu comme témoin, il avait ensuite été poursuivi, notamment autour de ses relations avec ses sources et de son refus de révéler certaines informations relevant de son travail.
Sa comparution lors de l’audience du 27 octobre s’est déroulée par visioconférence depuis la prison de la Mornaguia. Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a dénoncé les conditions du procès, affirmant que le journaliste n’avait pas été autorisé à comparaître physiquement et que ses avocats n’avaient pas pu présenter leurs plaidoiries.
Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et Reporters sans frontières (RSF) ont dénoncé la condamnation de quatre ans, estimant qu’elle assimile des actes relevant de la vérification journalistique et de la protection des sources à des infractions terroristes.
Depuis sa cellule, Zied El-Heni continue donc de commenter les évolutions politiques du monde. Son dernier texte tient autant du regard porté sur l’actualité internationale que d’un réquisitoire contre la trajectoire politique tunisienne. À quelques mois d’un anniversaire républicain symbolique, le journaliste oppose aux discours sur la République une question autrement plus concrète, celle de la capacité d’un pays à faire vivre les libertés et à accepter la contradiction.
R.B.H











