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Pharmaciens : la menace d’un gel des paiements par la Cnam accentue les tensions

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Par Myriam Ben Zineb

    Le bras de fer entre les pharmaciens privés et la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) prend une nouvelle tournure. Alors que le système du tiers payant est suspendu depuis le 1er novembre 2026, le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens de Tunisie (CNOPT) s’inquiète de déclarations attribuées au ministre des Affaires sociales, laissant entendre que le règlement des créances des officines pourrait être conditionné à la reprise du dispositif.

    Dans un communiqué publié jeudi 5 novembre 2026, le Conseil exprime son étonnement face aux propos relayés par les médias et attribués au ministre, selon lesquels les paiements dus aux pharmacies privées seraient suspendus tant que celles-ci ne reviendraient pas sur leur décision d’interrompre le tiers payant.

    L’Ordre prend soin de préciser que ces déclarations restent à confirmer. Il n’en souligne pas moins leur gravité, estimant qu’une telle position, si elle était avérée, ne ferait qu’aggraver une crise déjà profonde. Le CNOPT dit espérer un démenti et un abandon de cette éventuelle mesure.

    Pour l’instance ordinale, il est hors de question de faire des créances des pharmaciens un instrument de pression. Les sommes dues aux officines constituent, rappelle-t-elle, des obligations financières qui doivent être honorées indépendamment du différend opposant la profession à la Cnam.

    Une crise qui menace toute la chaîne du médicament

    Cette nouvelle tension intervient après plusieurs mois de négociations infructueuses. Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot) avait annoncé, le 30 octobre, la suspension du tiers payant à compter du 1er novembre, dénonçant l’accumulation des impayés et le non-respect des engagements de la Cnam.

    Le conflit avait pourtant donné lieu à un accord en janvier 2026, puis à de nouvelles discussions durant l’été. Sans parvenir à un règlement durable. Fin octobre, le secrétaire général adjoint du Spot, Aymen Khelifi, faisait état de près de 300 officines en difficulté financière sur les quelque 2.500 que compte le pays, avec des retards de paiement pouvant atteindre 90 à cent jours.

    Le CNOPT rappelle que la décision de suspendre le tiers payant ne peut être dissociée de cette situation. Les retards de règlement ont, selon lui, provoqué des déséquilibres financiers qui menacent désormais la capacité de certaines pharmacies à poursuivre leurs activités.

    Mais l’Ordre met surtout en garde contre un risque de propagation de la crise à l’ensemble du secteur pharmaceutique. Les difficultés de trésorerie des officines se répercutent sur les grossistes-répartiteurs, puis sur l’industrie pharmaceutique, dont les activités sont étroitement liées.

    La persistance de ces dysfonctionnements pourrait ainsi menacer les emplois, la pérennité des entreprises, mais aussi la disponibilité des médicaments et la régularité de leur approvisionnement.

    Au-delà du différend financier, c’est donc la continuité des traitements des patients qui pourrait être affectée.

    Le Conseil appelle le ministre des Affaires sociales à assumer ses responsabilités, à privilégier le dialogue et à accélérer la recherche de solutions durables permettant de régler les créances accumulées.

    « La crise ne se résume plus à un simple différend concernant les créances des pharmacies privées », avertit en substance l’Ordre, qui estime qu’elle touche désormais à la sécurité pharmaceutique du pays, à la continuité du système de santé et au droit des citoyens à l’accès aux soins.

    Pour les assurés sociaux, cette nouvelle escalade intervient alors que la suspension du tiers payant les expose déjà à devoir avancer le coût de leurs médicaments avant d’en demander le remboursement. Une situation qui rappelle celle de décembre 2025, lorsque la Cnam avait dû instaurer un mécanisme exceptionnel de remboursement. Onze mois plus tard, malgré les accords et les engagements successifs, le conflit demeure entier.

    M.B.Z

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