Le mouvement Ennahdha a vivement réagi au jugement rendu hier par la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis dans l’affaire dite « El Moussamara », dénonçant une « procédure injuste et politique » et appelant à la libération de son président, Rached Ghannouchi.
Dans un communiqué publié mercredi 15 avril 2026, le parti islamiste condamne des verdicts qu’il qualifie de « lourds et iniques », après la condamnation de Rached Ghannouchi, ainsi que de Youssef Nouri et Ahmed Mechergui, à vingt ans de prison chacun. D’autres figures du mouvement, dont Mohamed Goumani et Belgacem Hassan, ont écopé de peines de trois ans de prison.
Une affaire liée à une « veillée ramadanesque »
L’affaire remonte à avril 2023, à la suite d’un cercle de discussion organisé en pleine période de Ramadan par le Front de salut national. Lors de cette rencontre, Rached Ghannouchi avait mis en garde contre les risques d’exclusion politique et évoqué un possible scénario de « guerre civile » en cas d’élimination de l’islam politique de la scène nationale.
Ces déclarations avaient conduit à son arrestation dans la nuit du 17 avril 2023, puis à des poursuites pour « complot contre la sûreté de l’État », sur la base de l’article 72 du Code pénal.
Ennahdha dénonce des irrégularités
Dans son communiqué, Ennahdha affirme que la procédure judiciaire repose sur « une vidéo falsifiée », estimant que les propos de son leader ont été sortis de leur contexte. Le mouvement dénonce également des irrégularités dans l’arrestation, évoquant une interpellation sans convocation préalable et une privation du droit à l’assistance d’avocats.
Le parti critique en outre la fermeture de son siège central, qu’il considère comme une mesure arbitraire, maintenue « en dehors de tout cadre légal » malgré la fin des opérations de perquisition.
« Un procès de l’opinion »
Ennahdha rejette « catégoriquement » ce qu’il qualifie de « procès politique », estimant que l’affaire vise à criminaliser l’opposition et à restreindre les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’organisation.
Le mouvement accuse également les autorités d’instrumentaliser la justice et la législation antiterroriste pour écarter les opposants politiques et détourner l’attention des difficultés économiques et sociales.
Appel à la libération de Ghannouchi
Enfin, Ennahdha appelle à la libération de Rached Ghannouchi, rappelant qu’un avis du Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a considéré son incarcération comme arbitraire, liée à l’exercice de sa liberté d’expression.
M.B.Z











