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Tomates et moutons : hausse passagère ou vraie crise ?

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Par Nadya Jennene

    Invité de Jawhara FM vendredi 24 avril 2026, Dhaoui Midani, président du Syndicat des agriculteurs de Tunisie, a livré une lecture nuancée de la hausse des prix observée ces dernières semaines, tant pour les tomates que pour les moutons à l’approche de l’Aïd. Entre contraintes structurelles, coûts de production élevés et dérives spéculatives, il a appelé à un retour au pragmatisme, tant du côté des consommateurs que des pouvoirs publics.

    L’intervenant a dénoncé une « focalisation excessive sur la consommation » au détriment des réalités de la production agricole. « Nous réagissons à la flambée des prix sans réfléchir aux causes profondes ni aux solutions durables », a-t-il regretté, pointant du doigt le rôle amplificateur des réseaux sociaux dans la dramatisation de la situation.

    S’agissant des tomates, dont le prix a parfois atteint jusqu’à 5 dinars le kilogramme dans certaines régions, Dhaoui Midani a évoqué un phénomène saisonnier bien connu : le croisement entre la fin des cultures précoces et l’arrivée encore limitée de la production de saison. « Nous sommes dans une période de transition agricole. Les tomates précoces, plus coûteuses à produire, dominent encore le marché, ce qui explique les prix élevés », a-t-il précisé.

    Toutefois, il a relativisé cette hausse en rappelant que la production nationale reste globalement suffisante, avec des superficies importantes cultivées et un stock stratégique disponible, notamment pour la transformation. Selon lui, l’entrée imminente des tomates de saison sur le marché devrait mécaniquement entraîner une baisse des prix dans les semaines à venir.

    Mais au-delà du facteur saisonnier, le président du syndicat a insisté sur un problème structurel : le coût de production. « On ne peut pas plafonner les prix à la vente sans agir sur les coûts en amont. Si le producteur vend à perte, il réduira sa production, ce qui aggravera la pénurie et fera monter les prix », a-t-il averti.

    Concernant les moutons, les prix sur certains marchés relayés sur les réseaux sociaux — parfois entre 2000 et 3000 dinars — ne reflètent pas, selon lui, la réalité du terrain. Dhaoui Midani a affirmé que le prix au producteur oscillait généralement entre 50 et 60 dinars le kilogramme de viande, soit environ 1200 à 1800 dinars pour un mouton de taille moyenne.

    Il a dénoncé ainsi une inflation artificielle alimentée par la multiplication des intermédiaires et par une « consommation émotionnelle » des acheteurs. « Certains consommateurs achètent sous le coup de l’affect ou de l’apparence de l’animal, ce qui ouvre la voie à la spéculation », a-t-il expliqué.

    Le responsable syndical a recommandé dès lors de privilégier les circuits courts, notamment les marchés hebdomadaires, permettant d’acheter directement auprès des éleveurs. « Chaque intermédiaire ajoute sa marge. En allant directement au producteur, le consommateur peut obtenir un prix plus juste », a-t-il insisté.

    Reconnaissant néanmoins une baisse du cheptel, Dhaoui Midani a réfuté une éventuelle crise aiguë. Pour lui, la situation actuelle résulte d’un ensemble de facteurs conjoncturels et structurels, aggravés par une mauvaise gestion de la perception publique.

    Il a appelle ainsi à une double prise de conscience : d’une part, une rationalisation de la consommation, en évitant les achats impulsifs ; d’autre part, une réforme des politiques agricoles axée sur la maîtrise des coûts de production et le soutien aux agriculteurs.

    « Le véritable levier, ce n’est pas de plafonner les prix en bout de chaîne, mais d’assurer une production suffisante et viable. Sans cela, toute intervention restera inefficace », a-t-il conclu, plaidant pour une approche globale et durable de la régulation des marchés agricoles en Tunisie.

    N.J

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