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Kaïs Saïed : cette colère qui en dit long

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Crédit photo - Présidence de la République tunisienne

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Par Maya Bouallégui

    Entre silences inhabituels, déplacements maîtrisés et communiqués de plus en plus durs, la présidence de la République traverse cette semaine une séquence politique singulière. Depuis la libération de Rayen Hamzaoui dimanche et la visite nocturne controversée de Kaïs Saïed à Douar Hicher, les signaux de crispation se multiplient au sommet de l’État. Le communiqué publié ce matin semble marquer un nouveau palier dans cette tension grandissante.

    À 7h06 du matin, mercredi 20 mai, la présidence de la République publie un communiqué au ton particulièrement sévère. Dans un arabe châtié, inhabituellement dur même pour les standards présidentiels, Kaïs Saïed affirme que « la situation a atteint ses limites » et multiplie les références aux blocages, aux obstacles et aux responsabilités non assumées. Pris isolément, le texte pourrait apparaître comme un simple rappel à l’ordre adressé à l’administration. Mais replacé dans la séquence politique et médiatique de ces derniers jours, il prend une tout autre dimension.

    Car depuis dimanche, quelque chose semble s’être tendu au sommet de l’État.

    L’effet Rayen Hamzaoui

    Tout commence avec la libération de l’ancien maire de Ezzahra, Rayen Hamzaoui. À sa sortie, une foule importante et spontanée se rassemble pour l’accueillir. Les images circulent rapidement sur les réseaux sociaux et dépassent largement le simple cadre partisan. Ce n’est pas seulement un opposant qui retrouve la liberté. C’est une scène populaire, émotionnelle, presque euphorique, qui s’installe dans le paysage médiatique tunisien.

    Très vite, certains opposants tunisiens basés à l’étranger ironisent sur cette séquence. Ils y voient la preuve qu’un autre rapport à la peur est en train de s’installer dans le pays. Et lorsque le président de la République effectue, dans la nuit du dimanche au lundi, une visite surprise à Douar Hicher, les mêmes réseaux sociaux se déchaînent.

    Plusieurs publications affirment que la visite se serait mal déroulée pour le chef de l’État. Rien ne permet de confirmer ces affirmations. Mais un élément intrigue immédiatement : contrairement aux habitudes de la présidence, aucune image, aucune vidéo ni communiqué officiel ne sont publiés autour de ce déplacement présidentiel nocturne.

    Ce silence tranche avec la communication présidentielle habituelle, souvent extrêmement abondante lorsqu’il s’agit des déplacements de Kaïs Saïed sur le terrain. La présidence excelle généralement dans la mise en scène de ces visites, filmées sous plusieurs angles, avec un important dispositif vidéo, des montages dynamiques et parfois même des images captées par drones. L’absence totale d’images et de communication autour du déplacement nocturne à Douar Hicher a donc immédiatement suscité interrogations et spéculations.

    Le silence de Carthage

    Autre détail inhabituel : lundi, le président ne reçoit pas la cheffe du gouvernement, Sarra Zaâfrani Zenzri. Or ce rendez-vous hebdomadaire est devenu, depuis des mois, un rituel politique et médiatique minutieusement orchestré par Carthage.

    Puis vient mardi. Cette fois, la présidence reprend totalement la main sur sa communication. Kaïs Saïed se déplace dans plusieurs localités du gouvernorat de Nabeul, région dont il est originaire et où il conserve une forte charge symbolique et affective. Né à Beni Khiar, le président y évolue dans un environnement plus familier et politiquement plus confortable que certains quartiers populaires de la capitale et de sa périphérie.

    Cette fois, la présidence publie un album photo complet de la visite. Les images montrent un président entouré, salué, au contact de la population. Mais elles montrent aussi autre chose : un visage fermé, tendu, parfois même visiblement crispé. Les sourires sont rares. Les expressions du chef de l’État paraissent lourdes, presque préoccupées. Comme si la présidence cherchait moins à célébrer une visite qu’à démontrer que tout reste sous contrôle.

    « La situation a atteint ses limites »

    Quelques heures plus tard tombe le communiqué de 7h06, ce matin mercredi 20 mai 2026.

    Le texte ne vise personne explicitement, mais il semble parler à tout le monde à la fois. Il y est question d’entraves, de responsabilités non assumées, de situations devenues insupportables et de limites désormais atteintes. Surtout, le communiqué donne l’impression d’un président de plus en plus irrité par sa propre machine administrative et politique.

    Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la présidence laisse transparaître une forme d’irritation envers son propre appareil administratif et gouvernemental.

    Le 16 avril déjà, Business News publiait une analyse consacrée aux signes annonciateurs d’un vaste remaniement ministériel. L’article relevait alors plusieurs indices convergents : multiplication des critiques présidentielles contre certains responsables, accélération des visites de terrain, ton de plus en plus sévère des communiqués de Carthage et sentiment grandissant d’impatience au sommet de l’État face aux lenteurs administratives.

    Trois semaines plus tard, le 7 mai, un nouveau communiqué présidentiel venait renforcer cette impression. À l’issue d’une rencontre avec la cheffe du gouvernement au palais de Carthage, Kaïs Saïed dénonçait de nouveau les obstacles freinant les projets publics et appelait les responsables à assumer pleinement leurs fonctions, allant jusqu’à affirmer que celui qui ne mesure pas « l’ampleur de la responsabilité » devait céder sa place à quelqu’un d’autre.

    Plus d’un mois après, aucun remaniement n’a finalement eu lieu. Mais les signaux de crispation, eux, continuent de s’accumuler. Comme si Carthage persistait à envoyer des messages codés sans encore franchir le pas de la rupture politique ouverte.

    Des messages de plus en plus difficiles à décrypter

    Depuis plusieurs semaines, les communiqués présidentiels parlent moins de projets, de réformes ou de réalisations que de sabotage, de blocages et d’obstacles. Comme si le pouvoir passait progressivement d’un discours de transformation à un discours de confrontation permanente avec son propre appareil.

    Un mois après les premières rumeurs de remaniement relevées par Business News, rien n’a réellement changé au sommet de l’État. Aucun grand bouleversement politique n’a eu lieu. Mais les signes de tension, eux, continuent de s’accumuler : visites surprises, silences inhabituels, rappels à l’ordre publics et communiqués de plus en plus sévères.

    Comme si Carthage persistait à envoyer des messages codés sans jamais révéler clairement à qui ils s’adressent vraiment.

    Maya Bouallégui

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    7 commentaires

    1. zaghouan2040

      Répondre
      20 mai 2026 | 22h24

      Au delà de la gesticulation « politique » il y a quelque chose de troublant et de malsain dans ces mises en scènes puisque c’est bien cela dont il s’agit
      Une chorégraphie soigneusement agencée mais se déroulant dans des espaces et des horaires improbables
      Come si le Chef de l’Etat poursuivait une quête onirique qu’il cherchait à lettre en scène,sans se soucier vraiment de la pertinence des faits présentés par rapport à une véritable stratégie et programmatique d’action

      Des scènes spectaculaires d’indignation de dénonciation d’appel au soutien populaire sans objet d’action mesurable et ou de résolution d’un problème public concret
      Une sorte de reconstitution épisode par épisode de la lutte éternelle de Peter Pan contre le Capitaine Crochet au pays de Neverland

      Mais gouverner Mr le Président c’est appréhender la réalité telle qu’elle est l’analyser de manière rationnelle pertinente séquentielle pour identifier les causes racines les véritables facteurs d’occurrence des problèmes menaces et cours associés puis de la sélection rigoureuse et concertée des solutions a mettre en œuvre sur la base des effets attendus
      Ce qu’on appelle des objectifs SMART
      Or rien de cela a l’évidence,n’est réalisé
      La rationalité l’onalyse objective et contractualisee des faits semblent absentes

      Le sentiment de malaise de désarroi et d’inquiétude n’en est que plus profond a la vue d’une colère qui semble relever davantage d’une crise d’hystérie que d’une démarche réellement constructive
      des pouvoirs miraculeux de Peter Pan est doté de pouvoirs magiques pour éradiquer le Mal

      • Hannibal

        Répondre
        21 mai 2026 | 8h27

        … D’accord mais on dit que le ridicule ne tue pas et en l’occurrence ici, il nous gonfle grave !!!
        Comment a-t-on laissé ou nous a-t-on imposé un tel gars et une telle magouille qui joue avec la destinée de 12 millions d’âmes ?

    2. zaghouan2040

      Répondre
      20 mai 2026 | 18h27

      Le descriptif -vraisemblememt exact- des ressorts émotionnels et narcissiques qui ont guidé les dernières interventions et déclarations présidentielle affligent. Fatiguent.Degoutent.

      Ainsi, comme au temps des Duvalier ou de Bokassa ou encore de Kadhafi,sommes nous a la merci de qurelles d’egos infantiles et de sautes d’humeur capricieuses alors que l’ensemble de la Nation s’embourbe dans la stagflation la pauvreté et l’arbitraire ubuesque.

      Le pays et le peuple doivent prendre l’initiative pour sortir de ce cauchemar improbable et burlesque

    3. Fares

      Répondre
      20 mai 2026 | 16h22

      La colère ne réglera pas le problème et honnêtement on s’en fout en tant que citoyens des crises de colère de saied. S’il n’arrive pas à avancer depuis plus de 7 ans et avec tous les pouvoirs qu’il s’est octroyé, en broyant l’opposition et la presse sur son chemin, c’est que le problème n’est pas ailleurs. Comme disait quelqu’un « l’aveugle est celui qui refuse de voir ».

    4. Tunisino

      Répondre
      20 mai 2026 | 14h51

      Une colère qui reflète une impuissance due à une incompétence chronique! Il est incapable de changer le quotidien des tunisiens car il n’est pas méthodique mais impulsionnel/anarchique, sa formation littéraire et son parcours limité sont les grands freins. Pourquoi ne laisse-t-il sa place à quelqu’un de meilleur, qui arrive à changer le destin du pays pour toujours? Mettre les opposants en prison et démocratiser la misère et la médiocrité ne font qu’accélérer la chute de tout pouvoir, même s’il est légitime. Ce n’est pas poétique mais calculatoire, sauf que les littéraires et les illettrés politisés sont des aventuriers suicidaires.

    5. "Ya rayah" fiha, Cheb mollah Kaïssoun...

      Répondre
      20 mai 2026 | 14h11

      Qôm si j’n’existe plus…Ils vont me passer par dessus du bord, moi…Oôh wouôhh ahh… Aïcha, Aïcha (euh non, surtout pas, Kesskisspasse là ! J ai la foi de mollah qui vacille ou Koi là ? On se reprends…)

      Ôhh wôhhouoh ahh… Velayat, Khramayana, éKoutes moi…Tebbouna, MaKrouna, Melonina, ne vous en allez pas…. »

      Quant à la conclusion d article après un tel développement… »Really, miss ?  »

      Please, Kut his bullChiit. Obvicious are the faKts.

    6. Hannibal

      Répondre
      20 mai 2026 | 13h10

      Une colère qui en dit rien.
      C’est une pseudo colère car tout le monde sait, lui même compris, qu’il n’a aucun pouvoir pour faire changer en mieux les choses.
      Le seul pouvoir qu’il a c’est de nommer une équipe aux compétences douteuses et de la changer après une grosse pseudo-colère.
      Maintenant qui sont les gens qui sont à la manœuvre et qui répandent peur et sidération ?
      Le peuple, lui, est le dindon de la farce.

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