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Le TGV tunisien pour fuir la réalité à grande vitesse

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    La SNCFT vient de lancer un appel à candidatures pour présélectionner les bureaux qui pourraient étudier un corridor ferroviaire Nord-Sud. Il n’en fallait pas davantage pour que la propagande annonce déjà le « TGV tunisien ». L’opération tombe à point nommé dans un pays confronté aux pénuries, aux coupures d’eau et à une croissance inférieure aux ambitions gouvernementales. Derrière la promesse spectaculaire demeure surtout une question soigneusement évitée : une ligne à grande vitesse peut-elle être viable dans un pays de douze millions d’habitants dont l’ensemble des grandes lignes ferroviaires transportait, avant la pandémie, moins de quatre millions de voyageurs par an ?

     La Tunisie manque toujours d’eau embouteillée. Certaines régions subissent encore des coupures d’eau, après un été marqué par la canicule, les délestages électriques et les perturbations de la production. L’inflation atteignait encore 5,1 % en juillet et la croissance a ralenti à 2,3 % au deuxième trimestre, en glissement annuel, alors que le gouvernement a bâti son budget sur un objectif de 3,3 % pour l’ensemble de 2026.

    C’est dans ce contexte morose que le journal gouvernemental La Presse a annoncé, mardi 18 août, une nouvelle autrement plus réjouissante : « TGV tunisien : la SNCFT lance les premières études de la future ligne Nord-Sud ».

    Le présent est difficile, mais l’avenir file déjà à 300 kilomètres à l’heure.

    Il serait impossible d’affirmer, sans preuve, que l’article propagandiste de La Presse répond à une consigne politique destinée à détourner l’attention. Il en remplit néanmoins parfaitement la fonction.

    Une procédure embryonnaire de la SNCFT est transformée en grand récit de modernisation nationale. Le pays qui peine à garantir l’eau et l’électricité se découvre soudain un horizon ferroviaire reliant Bizerte à Ben Guerdane, puis l’Algérie à la Libye.

    À ceci près que le TGV n’existe pas, que son étude n’a pas commencé et que sa nature même n’est pas encore définie.

    Une présélection transformée en départ du TGV

    L’annonce officielle de la SNCFT, publiée le 17 août, est beaucoup plus modeste que sa traduction médiatique sur La Presse et d’autres médias. Elle porte sur une « présélection de bureaux d’études pour l’étude du corridor ferroviaire Nord-Sud — Phase I ».

    La SNCFT cherche donc à constituer une liste restreinte de bureaux tunisiens et internationaux. Les candidats retenus seront ensuite consultés pour réaliser l’étude de faisabilité et les études d’ingénierie préliminaires. Les candidatures doivent être déposées avant le 24 septembre. Aucun bureau n’est encore sélectionné, aucun contrat d’étude n’est attribué et aucun travail de faisabilité n’a débuté.

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