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Économie : à la Kasbah, même les mauvaises nouvelles sont bonnes

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Service IA, Business News

Par Raouf Ben Hédi

    Croissance en hausse, chômage en baisse, investissements étrangers en progrès, tourisme résilient, inflation en recul, réserves en devises « acceptables » : dans le communiqué publié mercredi 19 août 2026, tous les indicateurs semblent converger vers une amélioration de l’économie tunisienne. Les chiffres cités ne sont pas inventés. Ils sont triés, amputés de leur contexte et sommés de confirmer le récit officiel. La Kasbah ne truque pas les chiffres. Elle les trie jusqu’à maquiller la réalité.

    Il suffit parfois de bien ranger les chiffres. Les plus avenants sont placés devant, les plus contrariants restent dans les tiroirs. Ceux qui progressent sont qualifiés de « bons », ceux qui reculent deviennent « acceptables » et ceux qui résistent mal disparaissent du communiqué. Au terme de l’exercice, l’économie tunisienne affiche une santé presque rassurante.

    C’est le tableau présenté mercredi par la présidence du gouvernement, à l’issue d’un conseil ministériel consacré au projet de budget économique pour 2027. La croissance s’améliore, le chômage poursuit sa baisse, l’agriculture réalise de bonnes performances, les industries mécaniques et électriques exportent, le tourisme tient bon, les investissements directs étrangers progressent et les énergies renouvelables bénéficient d’un élan positif.

    L’ensemble « prouve », selon le communiqué de la Kasbah, la capacité de l’économie tunisienne à résister aux chocs intérieurs et extérieurs.

    Tout n’est pas faux dans cette présentation. L’activité a effectivement rebondi au deuxième trimestre. L’agriculture a progressé, les industries mécaniques et électriques ont enregistré des résultats favorables, le tourisme continue de soutenir les services et la production d’électricité renouvelable augmente. Une lecture sérieuse ne peut écarter ces améliorations.

    Le problème réside ailleurs. Un chiffre positif n’est pas nécessairement un bon bilan. Tout dépend de la période choisie, de la base de comparaison, des composantes laissées hors champ et de la trajectoire à laquelle le résultat doit être rapporté. C’est précisément à ce stade que le communiqué quitte la statistique pour entrer dans la communication politique et la langue de bois digne de l’époque soviétique.

    La croissance accélère à courte distance

    La Kasbah souligne que le produit intérieur brut a progressé de 1,4% au deuxième trimestre par rapport aux trois premiers mois de l’année. L’indicateur est exact et le rebond est réel : le PIB avait stagné au premier trimestre.

    Sur un an, la photographie est nettement moins flatteuse. La croissance s’est établie à 2,3% au deuxième trimestre 2026, contre 2,6% au premier. Son rythme annuel ralentit ainsi pour le quatrième trimestre consécutif, après le pic de 3,4% enregistré au deuxième trimestre 2025.

    Les deux lectures ne se contredisent pas. À très court terme, l’activité redémarre après trois mois de stagnation. Sur une période plus longue, elle perd progressivement de la vitesse. Le communiqué retient la première dynamique et ne mentionne pas la seconde.

    Le communiqué du 19 août évite également de confronter le résultat à l’objectif fixé par le gouvernement lui-même. Sur l’ensemble du premier semestre, la croissance atteint 2,4%, alors que le budget de l’État pour 2026 a été construit sur une hypothèse de 3,3%.

    Pour atteindre l’objectif du gouvernement de 3,3%, l’activité devra nettement accélérer au second semestre, alors même que son rythme annuel ralentit.

    La composition de la croissance invite également à la prudence. Pour Ridha Chkoundali, le chiffre global masque un déséquilibre plus profond. La croissance repose largement sur l’agriculture, l’hôtellerie-restauration et la construction, alors que plusieurs moteurs industriels reculent. Les mines se contractent de 9,6%, les industries chimiques de 7%, l’extraction du pétrole et du gaz de 1,1% et le textile de 0,9%. L’économiste y voit une croissance fragile, portée par des secteurs saisonniers ou peu susceptibles de transformer durablement l’appareil productif.

    La croissance existe. La reprise solide et généralisée suggérée par le communiqué reste, elle, à démontrer.

    Le chômage baisse, l’emploi aussi

    Le traitement du chômage illustre encore plus clairement cette méthode. La présidence du gouvernement privilégie la comparaison annuelle : le taux s’est établi à 14,9% au deuxième trimestre 2026, contre 15,3% au deuxième trimestre 2025. Elle y voit la poursuite d’une tendance baissière amorcée au début de l’année dernière.

    Les données de l’INS permettent aussi d’observer l’évolution la plus récente, d’un trimestre à l’autre. Entre le premier et le deuxième trimestre 2026, le taux de chômage n’a reculé que d’un dixième de point, passant de 15% à 14,9%. Mais même cette légère amélioration ne s’est accompagnée d’aucune création nette d’emplois. Bien au contraire.

    En trois mois, le nombre de personnes occupées a diminué de 58.200. La population active s’est, elle aussi, contractée de 77.500 personnes, tandis que le taux d’activité reculait de 45,9% à 44,7%. Le nombre de chômeurs a baissé de 19.300. Le taux s’améliore donc très légèrement d’un trimestre à l’autre dans un marché du travail qui compte simultanément moins d’actifs et moins de personnes occupées.

    Les raisons de la baisse de 77.500 personnes de la population active ne peuvent être déterminées à partir de ces seuls chiffres. Il serait hasardeux de les attribuer toutes au découragement ou à l’émigration.

    Une chose est néanmoins certaine : la baisse trimestrielle du chômage ne résulte pas d’une création nette d’emplois.

    L’indicateur national masque aussi une dégradation particulièrement préoccupante chez les diplômés du supérieur. Leur taux de chômage est passé de 24,2% à 26,6% en trois mois. Chez ces diplômés, l’écart entre les sexes est vertigineux : 35,6% pour les femmes, contre 14,2% pour les hommes.

    Aram Belhadj qualifie cette amélioration de « trompeuse ». Pour l’économiste, la baisse du taux national doit être lue à la lumière de la contraction de la population active et du nombre de personnes occupées. Il résume la situation par une formule qui prend directement le contre-pied du communiqué gouvernemental : « une résilience superficielle qui masque une fragilité structurelle ».

    Il faut par ailleurs savoir ce que l’INS appelle une personne occupée. Prenons ces vendeurs de paquets de mouchoirs (qualifiés de faux mendiants) que l’on voit autour des cafés ou aux feux rouges. Celui qui déclare avoir exercé cette activité pendant au moins une heure au cours de la semaine précédant l’enquête de l’INS est comptabilisé parmi les personnes ayant un emploi. Même s’il n’a vendu que quelques paquets, gagné quelques dinars et ne dispose ni d’un contrat ni d’une activité régulière, il ne figure plus parmi les chômeurs.

    Cette définition n’est pas une invention récente de l’INS : elle correspond aux normes internationales utilisées pour mesurer le chômage. Elle rappelle toutefois ce que le taux de 14,9% ne dit pas. On peut sortir des statistiques du chômage sans être sorti de la précarité. Sur le papier, le vendeur de mouchoirs travaille. Dans la vie réelle, il cherche surtout à survivre.

    « Acceptable », l’adjectif qui dispense du chiffre

    Le choix des mots de la Kasbah devient encore plus révélateur lorsque le communiqué aborde les réserves en devises. La présidence du gouvernement se félicite de leur maintien à des niveaux jugés « acceptables », sans préciser le niveau en question.

    Les données publiées par la Banque centrale de Tunisie apportent le chiffre manquant. Le 19 août 2026, les avoirs nets en devises couvraient 98 jours d’importation, contre 106 jours un an auparavant et 125 jours à la même période en 2021. Ils demeurent ainsi sous le seuil symbolique des cent jours.

    Le terme « acceptable » choisi par la Kasbah n’est pas un indicateur économique, mais une appréciation politique. En l’employant sans donner le nombre de jours d’importation, le gouvernement permet au qualificatif rassurant d’occuper la place laissée vide par la donnée.

    La même mécanique apparaît ailleurs. Les investissements industriels déclarés ont augmenté de 10,8% en valeur au premier semestre, mais le nombre de projets a chuté de 20,9%. Les montants annoncés retrouvent à peine leur niveau nominal de 2022, une année qui constituait déjà un point bas. Et il s’agit toujours de projets déclarés et d’emplois potentiels, non d’investissements nécessairement réalisés et de postes effectivement créés.

    Dans l’énergie, la production issue des sources renouvelables a progressé de 57%. Ce résultat est encourageant, mais ces sources ne représentent encore que 5% des ressources d’énergie primaire. Dans le même temps, le taux de dépendance énergétique de la Tunisie est passé de 62% à 66% en un an. Ici encore, la petite partie du tableau qui progresse sert à recouvrir l’ensemble qui se dégrade.

    Une feuille de route qui ressemble à un aveu

    Le conseil ministériel a fixé une longue liste de priorités pour 2027. Le gouvernement veut améliorer l’environnement des affaires, accélérer les projets publics et privés, trancher les dossiers d’investissement en suspens, améliorer l’employabilité des jeunes diplômés, réformer les entreprises publiques, renforcer l’autonomie énergétique et soutenir la sécurité alimentaire et hydrique.

    Présentée comme un programme d’avenir, cette liste constitue aussi l’inventaire involontaire des blocages actuels. Si les projets doivent être accélérés, c’est qu’ils tardent. Si les dossiers d’investissement doivent être tranchés, c’est qu’ils restent suspendus. Si l’employabilité des diplômés devient une priorité, c’est que leur chômage augmente. Si l’autonomie énergétique doit être renforcée, c’est que la dépendance atteint désormais 66%.

    La préparation du budget économique pour 2027 exige naturellement de dégager des perspectives et de fixer des priorités. Elle n’oblige pas à présenter chaque indicateur sous son jour le plus avantageux. Une économie ne devient pas plus robuste parce que ses fragilités ont été retirées d’un communiqué.

    La Kasbah n’a pas inventé ses bons chiffres. Elle a simplement laissé les autres à la porte du conseil ministériel.

    Raouf Ben Hédi

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    Commentaire

    1. Tunisino

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      20 août 2026 | 17h19

      La Kasba est au service de Carthage, Carthage est au service de l’échec, l’échec est au service de la misère et de l’anarchie. Tout indique que l’incompétence en gestion du pays est flagrante, les mauvais choix ont atteint même la haute trahison. Les souffrances de cet été n’ont fait qu’apporter des confirmations palpables pour les citoyens ordinaires, alors que les experts ont toujours averti du barbotage de Saied. Saied est connu même avant 2011, il aura dû rester à la retraite. Ceux qui l’entourent sont aussi responsables, car ils se sont permis de travailler pour lui, d’appliquer sa vison destructive. Pourquoi Sarra Zaafarani accepte de travailler pour lui, pour une ligne dans un CV, pour s’inscrire dans l’histoire, pour grimper les échelles administratives, ou pour l’encourager à continuer le fabuleux travail du traitre Ghannouchi? Ceux qui entourent Saied sont aussi coupables, ils savent tout mais ils ne démissionnent pas, tout le monde est à être jugés pour haute incompétence par toute troisième république.

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