Le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) de Tunisie est intervenu dans la polémique qui oppose depuis plusieurs semaines médecins esthétiques et professionnels des centres de beauté. Dans un communiqué publié vendredi 21 août 2026, l’ordre rappelle que les injections et les autres actes médicaux à visée esthétique relèvent pleinement de la médecine et que leur pratique par des personnes non habilitées constitue un exercice illégal de la médecine.
Cette mise au point intervient quelques jours après la sortie médiatique de la Chambre nationale des centres de beauté, qui avait contesté les accusations visant la profession, réclamé des preuves concrètes des éventuels préjudices causés aux clients et appelé à un dialogue avec les médecins esthétiques.
La médecine esthétique « demeure une activité médicale à part entière »
Dans son communiqué, le Cnom pose d’emblée le principe : « La médecine esthétique demeure une activité médicale à part entière ». Il souligne que les injections et les autres actes médicaux poursuivant une finalité esthétique doivent être réalisés par des professionnels habilités et compétents, dans des conditions permettant de garantir la sécurité des patients.
L’ordre qualifie également clairement les actes pratiqués par des personnes qui ne disposent pas des habilitations requises. « Lorsque des injections ou autres actes médicaux sont pratiqués par des personnes non habilitées, il ne s’agit plus d’une simple activité esthétique, mais d’un exercice illégal de la médecine, non dénué de risques pour la santé publique », affirme-t-il.
Le Conseil met également en garde contre la banalisation de ces pratiques, en particulier lorsqu’elles sont évoquées ou promues ouvertement dans les médias ou sur les différentes plateformes. Une situation qui doit, selon lui, entraîner « une réaction des autorités compétentes et la prise des mesures nécessaires ».
Le Cnom insiste aussi sur les lieux dans lesquels ces actes peuvent être réalisés. Tout acte médical doit, selon le communiqué, être pratiqué dans une structure sanitaire adaptée, respectant les règles d’hygiène et de sécurité et disposant des moyens nécessaires pour prendre en charge d’éventuelles complications. Ces conditions doivent également permettre l’exercice de la responsabilité professionnelle.
« À chacun son métier, à chacun ses compétences », résume l’ordre, qui insiste sur le fait que la médecine esthétique doit être soumise aux mêmes exigences de compétence, de sécurité, d’éthique et de responsabilité professionnelle que les autres activités médicales. « Aucune banalisation ni aucun compromis ne sauraient être acceptés lorsqu’il s’agit de la santé et de la sécurité des citoyens », conclut le communiqué signé par la présidente du Cnom, Rym Ghachem Attia.
Une mise au point en pleine polémique avec les centres de beauté
La prise de position du Cnom intervient dans un contexte de tensions croissantes entre médecins esthétiques et professionnels des centres de beauté. Lundi 17 août 2026, sur Diwan FM, Nadia Bouguerra, membre de la Chambre nationale des centres de beauté, avait demandé au Syndicat tunisien des médecins esthétiques de présenter des dossiers précis concernant les clients qui auraient subi des séquelles ou des déformations après des injections pratiquées dans des centres de beauté.
Elle avait appelé à dépasser les accusations générales et proposé l’organisation d’une séance de travail entre les deux parties, sous l’égide de l’organisation patronale, afin d’identifier les éventuels dépassements et de mieux encadrer le secteur. Elle s’était également engagée à soutenir des sanctions sévères, pouvant aller jusqu’à la fermeture immédiate d’un centre, lorsque des pratiques illégales ayant porté atteinte à la santé des clients sont établies.
Nadia Bouguerra avait parallèlement dénoncé une « campagne médiatique sans précédent » contre les centres de beauté depuis le début de l’année et contesté leur mise en cause collective. Elle avait notamment défendu la qualification des professionnels de l’esthétique et rappelé que des établissements du secteur exercent dans un cadre légal et fiscal déclaré.
La question des injections constitue toutefois le principal point de friction. Le Syndicat tunisien des médecins esthétiques alerte depuis plusieurs semaines sur la multiplication d’actes médicaux réalisés par des personnes ne disposant ni du statut de médecin, ni des qualifications ou autorisations nécessaires. Il met également en garde contre l’utilisation de produits injectables dont l’origine, la composition ou les conditions de conservation peuvent être inconnues, avec des risques de complications graves et de séquelles permanentes.
La position exprimée vendredi par le Cnom rappelle ainsi une ligne claire : le caractère légal d’un centre de beauté ou les qualifications de ses professionnels dans le domaine de l’esthétique ne permettent pas, à eux seuls, de pratiquer des actes relevant de la médecine.
Une proposition de loi pour lutter contre les pratiques clandestines
La polémique intervient alors que les médecins esthétiques cherchent parallèlement à renforcer l’encadrement juridique du secteur. Le Syndicat tunisien des médecins esthétiques a présenté, jeudi 23 juillet 2026, devant la Commission de la santé de l’Assemblée des représentants du peuple, une proposition de loi visant à lutter contre l’exercice illégal de la médecine et les formations médicales non autorisées.
Sa présidente, Imene Ben Amara, avait alerté sur la prolifération d’actes de médecine esthétique pratiqués par des personnes ne disposant ni des qualifications médicales nécessaires ni des autorisations requises. Le syndicat réclame notamment que la médecine esthétique soit explicitement réservée aux médecins habilités et demande un encadrement plus strict de l’importation et de la commercialisation des produits injectables.
Le ministère de la Santé avait, de son côté, annoncé la préparation d’un cahier des charges destiné à définir les conditions d’exercice de la médecine esthétique ainsi que les normes applicables aux espaces dans lesquels ces actes sont pratiqués. Le syndicat demande également un renforcement du contrôle des publicités et des contenus diffusés dans les médias et sur les plateformes numériques, devenus un canal majeur de promotion de ces prestations.
Les dangers associés aux injections pratiquées hors du cadre médical avaient notamment été remis au premier plan après un drame survenu à Villeurbanne, en France, où une femme est décédée après une injection d’acide hyaluronique réalisée dans un appartement loué. L’affaire avait conduit à l’ouverture d’une information judiciaire pour homicide involontaire et exercice illégal de la médecine.
Le Syndicat tunisien des médecins esthétiques avait alors réagi en rappelant que les produits de comblement, communément appelés « fillers », ne sont pas de simples produits cosmétiques et que leur injection nécessite des compétences médicales précises ainsi qu’une connaissance de l’anatomie humaine. Il avait également mis en garde contre la circulation de produits dont l’origine, la composition ou les conditions de conservation peuvent être incertaines.
La sortie du Cnom vient ainsi poser clairement la position de l’ordre dans un débat qui dépasse le différend entre professionnels : l’enjeu porte sur la qualification des actes pratiqués, les conditions dans lesquelles ils le sont et, surtout, la sécurité des patients.
I.N.










