Des cercueils alignés au milieu des tombes blanchies à la chaux. Une foule compacte rassemblée sous un soleil écrasant. Des centaines d’habitants venus accomplir la prière funéraire, puis accompagner les victimes jusqu’à leur dernière demeure. Les images diffusées mercredi 26 août 2026 donnent la mesure du deuil qui frappe Ben Guerdane après le naufrage d’une embarcation de migration irrégulière transportant quinze personnes.
Dix victimes ont été accompagnées vers leur dernière demeure, selon le président de l’Observatoire tunisien des droits de l’Homme (OTDH), Mostafa Abdelkebir, présent aux funérailles. Il décrit un moment particulièrement douloureux dans une ville frappée de plein fouet par le drame.
« Un nouveau jour parmi les jours de tristesse », écrit-il sur Facebook, avant d’évoquer « dix dépouilles de jeunes » et de dénoncer la « hogra » et la marginalisation qui frappent, selon lui, la jeunesse de la région.
Les photographies de la cérémonie montrent l’ampleur de la mobilisation. Une foule nombreuse s’est rassemblée autour des familles et dans le cimetière. Plusieurs cercueils apparaissent alignés avant l’inhumation, tandis que les habitants se pressent autour des lieux de la cérémonie. Des ambulances sont également visibles au milieu du rassemblement.
Des funérailles marquées par l’absence des officiels
Malgré l’ampleur du drame et la présence de centaines d’habitants aux funérailles, aucun responsable ou représentant officiel n’a, à ce stade, été signalé parmi les personnes présentes à la cérémonie. Aucune réaction officielle des autorités tunisiennes n’a par ailleurs été rendue publique concernant ce naufrage et la mort des dix victimes inhumées mercredi.
Cette absence contraste avec la mobilisation locale autour des victimes et avec les images des funérailles, qui témoignent de l’ampleur du traumatisme provoqué par le drame à Ben Guerdane.

Quinze personnes à bord, un seul survivant
Le drame remonte au mercredi 19 août 2026. L’embarcation avait quitté la région située entre Ben Guerdane et Zarzis en direction de l’Italie avec quinze personnes à son bord. Selon les éléments communiqués par le porte-parole de la Direction générale de la Garde nationale, Houssem Eddine Jebabli, quatorze étaient originaires de Ben Guerdane et une de Zarzis.
Le bateau se trouvait à environ quatorze milles nautiques des côtes lorsqu’il a commencé à prendre l’eau avant de sombrer, dispersant ses passagers en mer.
Un seul d’entre eux a survécu. Il a été retrouvé vendredi soir après avoir été secouru par l’équipage d’un navire commercial, qui a ensuite alerté les autorités tunisiennes. Selon son témoignage, plusieurs passagers portaient des gilets de sauvetage.
Les opérations de recherche déclenchées après l’alerte ont mobilisé les unités côtières et flottantes de la Garde maritime, la Marine nationale ainsi que des moyens aériens. Des pêcheurs et des volontaires de Ben Guerdane, Zarzis et Djerba ont également pris la mer pour participer aux recherches.
Le bilan s’est progressivement alourdi au fil des opérations. Lundi 24 août, les données disponibles faisaient état de douze corps repêchés, d’un survivant et de deux jeunes toujours portés disparus. Les procédures d’identification et de restitution des dépouilles aux familles se sont poursuivies dans les jours suivants.
Une enquête ouverte, la LTDH réclame toute la lumière
Une enquête judiciaire avait parallèlement été ouverte, sur instruction du ministère public, pour franchissement clandestin de la frontière maritime ayant entraîné la mort. Elle doit permettre d’établir les circonstances exactes du départ et du naufrage, les conditions dans lesquelles la traversée a été organisée ainsi que les éventuelles responsabilités.
La Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) avait également réagi lundi 24 août, qualifiant le naufrage de « tragédie humaine ». Elle avait appelé à poursuivre les recherches, à accélérer l’identification des victimes et à assurer aux familles leur droit à l’information. L’organisation avait également réclamé une enquête sérieuse, indépendante et transparente sur les circonstances du drame.
La Coordinatrice résidente des Nations Unies en Tunisie, Rana Taha, avait, le même jour, exprimé sa profonde tristesse et présenté, au nom de l’équipe des Nations Unies en Tunisie, ses condoléances aux familles des victimes ainsi qu’au peuple tunisien.
Une tragédie qui ravive le malaise de Ben Guerdane
Au-delà du bilan humain, le naufrage a ravivé à Ben Guerdane les interrogations sur les raisons qui continuent de pousser des jeunes de la région à prendre la mer. La ville reste fortement dépendante de l’activité économique liée à la frontière tuniso-libyenne et au passage de Ras Jedir, dont les fermetures, restrictions et perturbations successives ont lourdement affecté le commerce transfrontalier et les revenus de nombreuses familles.
Plusieurs habitants et acteurs de la société civile dénoncent depuis des années le manque de perspectives économiques et les retards accumulés dans les projets de développement promis à la région. Mostafa Abdelkebir inscrit directement le naufrage dans ce contexte, évoquant mercredi des jeunes « détruits par la hogra et la marginalisation ».
La LTDH avait elle aussi estimé que la répétition de ces drames devait être replacée dans le contexte économique et social de Ben Guerdane, marqué notamment par le recul du commerce transfrontalier et les difficultés rencontrées par une partie de sa jeunesse pour accéder à l’emploi.
Dix ans après les affrontements du 7 mars 2016, au cours desquels habitants et forces de sécurité avaient fait front face à l’attaque terroriste contre la ville, Ben Guerdane se retrouve ainsi confrontée à une autre tragédie. Cette fois, ce ne sont pas les armes qui ont emporté ses jeunes, mais la mer.
Mercredi, dans le cimetière de la ville, les cercueils alignés et la foule venue les accompagner ont donné un visage à ce bilan. Derrière les chiffres du naufrage, Ben Guerdane enterrait ses enfants.
I.N.











3 commentaires
l'autre
C’est dramatique:
Mes sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes. C’est dramatique et profondément injuste de voir des hommes et des femmes, parfois très jeunes, perdre la vie en tentant de traverser la Méditerranée.
Mais au-delà de l’émotion, une question mérite d’être posée : pour quelles raisons ces personnes prennent-elles de tels risques ?
On explique souvent ces départs essentiellement par la pauvreté et les difficultés économiques. Elles jouent évidemment un rôle important, mais est-ce toujours la seule explication ? Il manque, me semble-t-il, de véritables enquêtes sur le profil, le parcours et les motivations de ceux qui décident de partir : jeunes sans emploi, certes, mais aussi personnes ayant un travail, des revenus ou une situation relativement stable, et parfois même des familles entières.
Il faut également regarder une réalité en face : beaucoup de ces jeunes partent sans qualification professionnelle suffisante pour accéder à un emploi correctement rémunéré. Les gouvernements pourraient donc investir davantage dans la formation professionnelle : maçonnerie, menuiserie, plomberie, chauffage, mécanique, électricité, soudure, agriculture ou autres métiers techniques.
Ces formations permettraient à ces jeunes de construire un avenir dans leur propre pays. Et pour ceux qui souhaitent malgré tout partir, elles leur donneraient des compétences leur permettant de répondre à des besoins réels du marché du travail européen et de s’intégrer plus facilement. Car on ne peut pas simplement faire comme si ces départs n’existaient pas : ils sont devenus une réalité.
Il faut aussi s’interroger sur l’image que certains se font de l’Europe. Pour une partie de la jeunesse, elle peut apparaître comme une terre promise, synonyme de réussite, d’enrichissement et d’avenir meilleur. Or la réalité européenne est souvent beaucoup plus difficile : logement, emploi, précarité, coût de la vie, intégration…
Dans ce contexte, la présence de représentants du gouvernement lors des obsèques peut également être discutée. Certains y verront naturellement un geste de solidarité et de respect envers les familles endeuillées. D’autres pourront estimer que cette présence symbolique ne suffit pas et qu’elle devrait surtout s’accompagner d’actions concrètes pour comprendre et combattre les causes de ces départs. Les points de vue peuvent légitimement diverger sur cette question.
Comprendre ces départs ne signifie évidemment pas les justifier. Mais si l’on veut réellement éviter que d’autres vies soient perdues en Méditerranée, il faut aller au-delà des chiffres et des discours : comprendre pourquoi ils partent, ce qu’ils espèrent trouver et ce qui les pousse à prendre un risque aussi extrême.
C’est en travaillant à la fois sur l’emploi, la formation, l’information et les perspectives d’avenir que l’on pourra peut-être réduire ces départs et surtout éviter que d’autres familles aient à vivre un tel drame.
La présence ou l’absence du gouvernement des obsèques est discutables et chacun peut avoir un point de vue différent!
EL OUAFI
Mr Fares la mort d’un homme n’ai jamais justifiée qu’elle que soient les circonstances !
Ôter de votre subconscient cette image de discrimination raciale ou appartenance à n’importe quelle ethnie !
J’aurai aimé voire des expressions de tolérance, de compassion.
Ce malheur qui s’est abattu sur ces familles, n’est qu’un de trop !
Implorons Dieu pour que cessent ces tragédies douleurses.
Bien à vous.
Fares
C’est normal ils ne sont pas algériens. Ce régime n’a de la compassion que pour les voisins de l’ouest. Bizarre.