Le président de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), Bassem Trifi, a fait état de cinq décès survenus, vendredi 28 août 2026, dans des établissements pénitentiaires du Grand Tunis. Une information qu’il attribue à des sources judiciaires chargées de ces dossiers. Depuis plusieurs heures, témoignages d’avocats, de défenseurs des droits humains et de familles se multiplient autour de décès en détention, sur fond de températures extrêmes. Du côté officiel, en revanche, aucun bilan n’a été communiqué.
« Ayez pitié de ceux qui sont sur terre, Celui qui est au ciel aura pitié de vous. Les gens sont en train de mourir dans les prisons à cause de la chaleur étouffante. » C’est par ces mots que Bassem Trifi a lancé, samedi 29 août 2026, une nouvelle alerte sur la situation dans les établissements pénitentiaires.
Dans une publication sur Facebook, le président de la LTDH affirme que des sources judiciaires chargées des dossiers lui ont rapporté cinq décès enregistrés durant la seule journée de vendredi dans les prisons du Grand Tunis.
Un bilan qui, précise-t-il, ne prend pas en compte les établissements pénitentiaires des autres gouvernorats, citant notamment Mahdia, Monastir et d’autres régions. Bassem Trifi n’a toutefois fourni ni l’identité des personnes décédées, ni les établissements concernés, ni les circonstances précises de ces décès.
Une accumulation de témoignages, aucune communication officielle
L’alerte lancée par le président de la LTDH est loin d’être isolée. Depuis plusieurs heures, des témoignages émanant de défenseurs des droits humains, d’avocats mais aussi de familles de détenus circulent sur les réseaux sociaux, faisant état de décès ou de situations sanitaires critiques dans plusieurs établissements pénitentiaires.
Des avocats affirment notamment avoir appris le décès en détention de leurs clients et mettent en cause les conditions carcérales dans un contexte de chaleur extrême. Des familles et des militants des droits humains relaient également des informations similaires.
Face à cette multiplication des témoignages, le silence des autorités entretient le mystère autour de la situation dans les prisons. À ce stade, aucune communication officielle n’est venue dresser un bilan des éventuels décès, préciser leur nombre, identifier les établissements concernés ou, surtout, en établir les causes.
Cette absence d’informations empêche ainsi de mesurer l’ampleur de la situation et de déterminer combien de décès peuvent effectivement être imputés, directement ou indirectement, aux températures extrêmes.

« La privation de liberté ne signifie pas la privation de dignité »
Bassem Trifi met directement en cause les conditions de détention face aux températures actuelles. Il rappelle que les personnes détenues sont privées de leur liberté et que cette privation ne saurait les exposer à des conditions portant atteinte à leur dignité.
Le président de la LTDH estime ainsi que les conditions extrêmes dans les prisons « atteignent le niveau de la torture et des traitements cruels et dégradants ».
Il a conclu sa publication par un mot d’ordre : « La privation de liberté ne signifie pas la privation de dignité. »
Cette prise de position intervient alors que plusieurs alertes ont été lancées ces dernières heures concernant la situation des détenus.
Vendredi, le Conseil régional de l’Ordre des avocats de Monastir s’était dit profondément préoccupé par des informations faisant état de décès parmi les détenus de la prison civile de Monastir, ainsi que par les conditions de détention et de prise en charge sanitaire.
Les avocats avaient réclamé des enquêtes sérieuses et transparentes afin d’établir les circonstances et les causes de ces décès. Là encore, aucune donnée officielle sur leur nombre ou leurs causes n’avait été communiquée.
Les jeunes médecins avaient également alerté
Quelques heures auparavant, l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM) avait, elle aussi, tiré la sonnette d’alarme. Elle faisait état d’une hausse sans précédent des décès et des hospitalisations dans les services d’urgence en raison des coups de chaleur et des températures élevées, évoquant également des décès de détenus dans plusieurs services d’urgence.
L’organisation avait souligné que les services compétents du ministère de la Santé avaient procédé au recensement des décès, des personnes victimes de coups de chaleur et des capacités d’accueil en réanimation. Pourtant, aucun chiffre officiel n’avait été rendu public. L’OTJM avait appelé à déclarer immédiatement l’état d’urgence sanitaire.
Les alertes s’accumulent donc désormais de plusieurs côtés : président de la LTDH, militants des droits humains, avocats, familles de détenus et professionnels de santé. Face à eux, aucune donnée officielle ne permet, pour l’heure, de connaître l’ampleur réelle des décès signalés dans les prisons ni leurs causes.
Dans un contexte de canicule exceptionnelle, cette absence de communication laisse prospérer inquiétudes et interrogations, alors que les témoignages continuent, eux, d’affluer.
M.B.Z











3 commentaires
Gg
» La privation de liberté ne signifie pas la privation de dignité. »
C’est vrai, mais quand on a dit cela que fait on?
Les hôpitaux manquent de climatiseurs, ils appellent aux dons.
Et quand il y a des climatiseurs, l’électricité manque.
Alors que faire pour les prisons ?
Peut-être peindre tous les extérieurs en blanc, arroser les toits pour les refroidir par évaporation? Mais l’eau manque.
Les prisons posent le même gros problème que partout ailleurs, ils ne s’agit pas de dignité et de droits de l’homme, mais d’anticipation des canicules, et cela concerne le BTP, l’eau, l’électricité… du travail pour 10 ans.
HatemC
Excellent article sur la population carcérale, imaginez la forte surpopulation à la prison de Saouef, dans le gouvernorat de Zaghouan, où entre 130 et 150 détenus partagent la même cellule, combinée à l’absence de produits d’entretien, manque de ventilation et l’insuffisance des installations sanitaires privent les détenu·es des conditions d’hygiène les plus élémentaires.
La prison civile de Kairouan, accueille 680 détenu·es alors que sa capacité officielle était de 270 lits. Dans l’une des cellules, 130 personnes étaient entassées dans un espace équipé de seulement 42 lits … pour toutes les prisons c’est à peine 1 m2 par priosnnier …certains moins fragiles que d’autres finissent par perrir …
Les prisons Tunisiennes appartiennent au quart monde
https://inkyfada.com/fr/2026/06/25/negligences-medicales-prisons-tunisiennes/
Gg
Ah oui quand même, je ne savais pas. C’est nettement pire qu’en France,..