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Khadamet : état civil, services automobiles, inscriptions et paiements fiscaux dans une seule application

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Par Imen Nouira

    Payer une facture, suivre un remboursement de la CNAM, consulter ses infractions, prendre rendez-vous pour le contrôle technique ou demander la traduction d’un extrait de naissance sans parcourir des centaines de kilomètres : la nouvelle application « Khadamet » veut regrouper, dans un même espace, une série de démarches administratives qui obligeaient jusqu’ici le citoyen à jongler entre plateformes, organismes et guichets.

    Ahmed Megdich, directeur à la Direction générale des technologies de l’information au ministère des Technologies de la communication, est revenu, mercredi 2 septembre 2026, au micro de Wassim Ben Larbi dans l’émission Expresso sur Express FM, sur le fonctionnement de cette nouvelle application et, surtout, sur ce qu’elle doit concrètement changer pour l’usager.

    L’idée de départ est simple : au lieu de laisser le citoyen chercher où se trouve tel ou tel service en ligne, « Khadamet » doit lui offrir un point d’entrée unique vers les prestations administratives numériques. Le choix d’une application mobile tient aussi aux usages : selon Ahmed Megdich, près de 70% des citoyens utilisent aujourd’hui leur smartphone pour accéder aux services numériques.

    L’accès effectif aux démarches repose sur l’identité numérique. Une fois authentifié, l’usager peut consulter les informations personnelles qui lui sont associées, notamment son numéro de téléphone, son adresse électronique et son adresse de résidence, avec la possibilité d’en actualiser certaines. Il peut également suivre l’avancement de ses demandes et recevoir directement les notifications envoyées par l’administration.

    Factures, CNAM, contrôle technique : les démarches du quotidien réunies

    La première version a été construite autour des services les plus demandés et concernant le plus grand nombre de citoyens, explique Ahmed Megdich.

    Côté protection sociale, l’application permet notamment de suivre les demandes de remboursement de frais de soins auprès de la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM), ainsi que les demandes d’accord préalable. Les assurés de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) peuvent consulter leurs déclarations, mais aussi leur parcours professionnel, tandis que les affiliés à la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) peuvent accéder directement à certaines attestations, notamment une attestation d’affiliation.

    Les automobilistes disposent eux aussi de plusieurs fonctionnalités. Ils peuvent consulter leurs infractions, accéder aux services liés à la taxe de circulation (vignette), recevoir des notifications concernant le contrôle technique et prendre rendez-vous pour la visite technique. L’application permet également d’enregistrer les informations relatives au contrat d’assurance afin d’être prévenu avant son expiration, ainsi que de suivre la date d’expiration du permis de conduire.

    Le volet fiscal comprend également certains services déjà disponibles en ligne, comme l’achat du timbre de voyage et le paiement de la vignette.

    Même logique pour les factures. Après avoir enregistré son compteur, le citoyen peut recevoir une notification lorsqu’une nouvelle facture est disponible, puis procéder à son paiement depuis la même application.

    L’éducation figure également parmi les domaines couverts. Les parents peuvent ajouter leurs enfants et accéder aux démarches liées à leur inscription scolaire. Pour l’enseignement supérieur, les étudiants peuvent notamment consulter les paiements effectués au cours des années précédentes et accéder aux services d’inscription de l’année universitaire en cours.

    « Khadamet » ne se limite donc pas à afficher des informations ou à renvoyer vers différents sites. L’ambition est de permettre au citoyen de consulter, suivre et, lorsque le service le permet, payer directement depuis le même environnement.

    Des documents regroupés et des alertes avant leur expiration

    L’application intègre également un portefeuille numérique destiné aux documents personnels. Ahmed Megdich cite notamment le permis de conduire, la carte grise ou encore le passeport. Certains documents peuvent être récupérés grâce à l’interconnexion avec les administrations concernées, tandis que l’utilisateur peut en ajouter d’autres, les numériser et renseigner leur date de validité.

    L’intérêt est aussi de rendre l’application proactive. Lorsqu’un document approche de sa date d’expiration, l’usager peut recevoir une alerte l’invitant à le renouveler. Le même principe s’applique, par exemple, à l’assurance automobile : plutôt que de découvrir après coup que le contrat est arrivé à échéance, le citoyen est prévenu à l’avance.

    Le volet état civil illustre davantage encore l’intérêt pratique du dispositif. Le citoyen peut ajouter ses enfants, accéder à leurs extraits de naissance et déposer une demande de traduction en français d’un extrait.

    Business News avait récemment détaillé cette nouvelle procédure. Jusqu’ici, une personne souhaitant faire traduire son extrait de naissance devait s’adresser à la municipalité de son lieu de naissance. Pour quelqu’un né à Tataouine mais vivant à Tunis, par exemple, une simple formalité administrative pouvait ainsi imposer plusieurs centaines de kilomètres de déplacement.

    Cette possibilité de traduction à distance avait déjà été mise en place via le Portail du citoyen. Son intégration à « Khadamet » permet désormais de retrouver cette démarche parmi les différents services regroupés dans l’application. Ahmed Megdich précise que la demande est directement transmise à la municipalité où la naissance a été enregistrée, qui procède à son traitement. L’usager peut ainsi obtenir son extrait traduit en français sans avoir à rejoindre lui-même sa commune de naissance.

    Le responsable cite également, parmi les démarches accessibles, le certificat de résidence, le bulletin n°3 ainsi que plusieurs services liés aux passeports des Tunisiens résidant à l’étranger.

    Une administration qui vient au citoyen

    Au-delà de la multiplication des services, le ministère veut surtout modifier la logique même de la relation entre l’administration et l’usager.

    Pour Ahmed Megdich, le changement est radical : « l’administration vient au citoyen », et non plus l’inverse. Les notifications relatives aux dossiers doivent parvenir automatiquement à l’usager, qui n’a plus à courir derrière l’information pour savoir où en est sa demande.

    Cette logique repose notamment sur l’interopérabilité entre les systèmes publics. Lorsqu’une donnée concernant le citoyen est déjà détenue par une administration et peut être récupérée par les systèmes interconnectés, celui-ci ne devrait plus avoir à la saisir une nouvelle fois. Les informations déjà renseignées doivent également pouvoir être réutilisées dans différentes démarches.

    L’intérêt est aussi de pouvoir s’affranchir des horaires d’ouverture des administrations. Une démarche accessible en ligne peut être engagée à tout moment, y compris le soir ou en dehors des heures de bureau. Un changement loin d’être anodin pour les citoyens qui devaient parfois s’absenter de leur travail pour effectuer leurs formalités, consacrer une journée à passer d’un guichet à un autre ou étaler leurs démarches sur plusieurs jours lorsqu’un dossier nécessitait de réunir des documents auprès de différentes administrations.

    À la clé, un gain de temps, mais aussi d’argent. Chaque déplacement évité peut épargner un trajet en taxi, en transport en commun ou en voiture, avec les dépenses de carburant et de stationnement que cela implique. La centralisation des services et l’échange de données entre organismes peuvent ainsi alléger non seulement le parcours administratif, mais aussi son coût pour le citoyen.

    Cette concentration de données personnelles dans un même espace pose naturellement la question de leur sécurité. Ahmed Megdich assure que l’accès aux services est protégé par l’identité numérique, liée au numéro de téléphone. L’authentification passe également par un code de vérification envoyé au téléphone de l’utilisateur.

    L’identité numérique demeure toutefois un passage obligé pour utiliser réellement les services. Sa validation peut nécessiter un déplacement auprès d’un opérateur habilité, même si le responsable souligne que ces opérateurs sont présents sur l’ensemble du territoire.

    Reste aussi la question de ceux qui ne disposent pas d’un smartphone. Le ministère travaille sur une version web proposant les mêmes contenus, afin que l’usager puisse accéder à son espace depuis un ordinateur, toujours grâce à son identité numérique.

    « Khadamet » n’en est, enfin, qu’à sa première mouture. Le ministère travaille déjà sur une deuxième puis une troisième version afin d’intégrer progressivement de nouveaux services.

    Cette application s’inscrit dans un chantier beaucoup plus large. Le gouvernement avait annoncé, le 15 août dernier, 114 projets de transformation numérique en cours, dont plusieurs dépassaient 90% d’avancement. Il avait également annoncé l’arrivée d’une application mobile donnant accès à plus de quarante services administratifs.

    L’enjeu sera désormais moins de compter les services affichés dans « Khadamet » que de mesurer les déplacements, les files d’attente et les démarches répétitives qu’elle permettra réellement de supprimer. Car pour le citoyen, la transformation numérique de l’administration ne se mesure pas au nombre de plateformes lancées, mais au nombre de fois où il n’aura plus besoin de se rendre à un guichet.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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