Le Conseil de la section régionale des avocats de Kasserine a publié, mercredi 2 septembre 2026, un communiqué au ton particulièrement critique sur la situation générale du pays, estimant que la Tunisie se trouve aujourd’hui à un « tournant historique » qui ne permet plus, selon lui, le silence ou « la politique de fuite en avant ».
Sous le titre « La Tunisie étouffe… et les avocats ne se tairont pas », le barreau de Kasserine dénonce une accumulation de crises touchant, selon ses termes, la vie, la dignité, la sécurité sociale et économique ainsi que les libertés des citoyens.
La section régionale évoque notamment la dégradation des services publics et la multiplication des décès enregistrés dans les établissements pénitentiaires et les centres de détention, estimant que la situation dépasse désormais le cadre de difficultés ponctuelles pour devenir, selon elle, le symptôme d’une crise profonde dans la gestion des affaires publiques et dans la relation entre l’État et le citoyen.
Des enquêtes sur les décès en détention
Le barreau réclame en premier lieu l’ouverture d’enquêtes sérieuses, indépendantes et impartiales sur l’ensemble des décès survenus dans les prisons et les centres de détention.
Il demande que les causes médicales de chaque décès soient établies, que les responsabilités soient déterminées et que les conséquences juridiques soient tirées, sans protection ni impunité.
La section appelle également à soumettre les conditions de détention à un contrôle indépendant et efficace et à mettre fin à ce qu’elle qualifie de négligences, de défauts de prise en charge médicale et de traitements humiliants.
Eau et électricité : « Le minimum des conditions d’une vie digne »
Le communiqué revient également sur les perturbations de l’approvisionnement en eau et en électricité, dénonçant les difficultés quotidiennes auxquelles seraient confrontés les citoyens dans un contexte climatique difficile.
Pour le barreau de Kasserine, « l’eau n’est pas un luxe, l’électricité n’est pas un privilège et la santé n’est pas une faveur ».
Il estime que l’incapacité des institutions publiques à garantir ces services essentiels, ou le fait d’en faire supporter le coût aux citoyens, constitue un signe, selon lui, d’une défaillance dans la gestion et la planification publiques ainsi qu’un manquement aux obligations de l’État.
Chômage des jeunes et restrictions des libertés
La section régionale des avocats fait également état d’une aggravation de la situation sociale et économique, notamment du chômage chez les jeunes diplômés.
Elle estime que l’absence de perspectives pour cette catégorie de la population, conjuguée à ce qu’elle considère comme des restrictions, des poursuites sécuritaires ou judiciaires et des entraves à leur mobilisation, révèle « une défaillance profonde » dans la gestion de l’État.
Sur le plan des libertés, le barreau dénonce ce qu’il qualifie de rétrécissement croissant de l’espace public et de recul de la marge d’exercice des libertés individuelles et collectives.
Il rappelle que la liberté d’expression ne constitue pas un crime, que l’opinion divergente ne doit pas être assimilée à une conspiration et que la manifestation pacifique ne représente pas, selon lui, une menace pour l’État.
Le communiqué insiste également sur la nécessité de préserver une presse libre et le droit de la défense, considérant que l’avocat qui exerce sa mission auprès de ses clients ne doit pas être considéré comme un adversaire du pouvoir.
« Le pouvoir n’est pas au-dessus de la loi »
La section régionale des avocats de Kasserine affirme par ailleurs que l’indépendance de la justice constitue un droit du citoyen et une garantie pour l’ensemble de la société, tandis que le droit à la défense constitue, selon elle, un droit fondamental indispensable à tout procès équitable.
Elle rejette également toute conception d’un État où « la peur » deviendrait un moyen de gestion de la société, rappelant que « le pouvoir n’est pas au-dessus de la loi » et que les institutions doivent pouvoir faire l’objet d’un contrôle et d’une reddition de comptes.
Le barreau appelle ainsi à une révision profonde des politiques publiques, estimant que la poursuite de la situation actuelle risque d’accentuer la perte de confiance, les tensions sociales, la division et le désespoir.
« Nous ne nous tairons pas »
Dans la conclusion de son communiqué, la section régionale des avocats de Kasserine hausse encore le ton.
Elle estime que les tensions sociales, politiques et liées aux droits et libertés ont atteint un niveau qui ne permet plus, selon elle, de continuer à gérer le pays par « le silence et le déni ».
« La Tunisie n’est pas une grande prison », affirme le barreau, qui appelle à une Tunisie fondée sur la liberté, la justice, la dignité et l’espoir.
La section régionale assure enfin que le silence face aux atteintes aux droits ne constitue pas une option et affirme son attachement à son rôle dans la défense de l’État de droit.
« Nous ne nous tairons pas lorsque la liberté est en danger, lorsque la dignité est menacée, lorsque la mort derrière les barreaux devient une question sans réponse et lorsque la loi devient sélective », affirme le communiqué.
S.H












