Les conditions de détention dans les prisons tunisiennes et les décès de détenus enregistrés durant l’été ont été au cœur de l’émission « Face à face », diffusée jeudi 17 septembre 2026 sur la chaîne France 24 Arabic. Invité de l’émission, le président de l’Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT), Chokri Latif a appelé à faire toute la lumière sur ces décès.
Au centre des échanges : les 23 décès de détenus rapportés cet été par la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), sur la base de données recueillies auprès de médecins, d’avocats et de familles. Aucune donnée officielle consolidée concernant les décès survenus dans les établissements pénitentiaires durant cet été n’a toutefois été publiée, a rappelé l’animateur.
Chokri Latif : « La responsabilité première incombe à l’État »
Pour Chokri Latif, la responsabilité de la prise en charge des personnes incarcérées revient à l’État et aux autorités chargées de leur détention. Il estime que les détenus doivent bénéficier de soins, d’eau, de médicaments et de conditions respectant leur dignité et leur droit à la vie.
Face aux décès rapportés, le président de l’Organisation contre la torture en Tunisie réclame l’ouverture d’enquêtes judiciaires indépendantes, impartiales et transparentes, afin de déterminer les causes des décès et d’établir les éventuelles responsabilités.
Il a également insisté sur la question de la surpopulation carcérale, le nombre de détenus étant passé d’environ 23.000 en 2022 à 33.000 en 2025, soit une hausse de près de 10.000 personnes.
Chokri Latif estime que cette surpopulation constitue l’un des facteurs aggravant les difficultés d’accès aux soins et les problèmes sanitaires dans les établissements pénitentiaires. Il a évoqué des taux d’occupation pouvant atteindre, dans certains établissements, 210% à 251% de la capacité d’accueil. « Des taux d’occupation qui ne peuvent en aucun cas garantir des conditions respectueuses de la dignité humaine », a-t-il souligné.
Soutenant que la situation cette année a été inédite et n’avait pas été vécue les années précédentes, il a également fait état de témoignages concernant les effets des fortes chaleurs et des coupures d’eau et d’électricité sur les conditions de détention, notamment des problèmes respiratoires et des cas d’étouffement rapportés par des familles.
Les organisations réclament davantage de transparence
Interrogé sur les revendications des organisations de défense des droits humains, Chokri Latif a placé la transparence au premier rang. Il réclame notamment que les causes des décès et les éventuelles responsabilités soient rendues publiques afin d’éviter, selon lui, toute forme d’impunité.
L’organisation demande également de mettre fin au recours excessif à l’incarcération et de revoir les textes et procédures permettant le placement en détention. Chokri Latif a affirmé qu’une grande partie des détenus seraient en attente de jugement et qu’une partie d’entre eux seraient poursuivis pour des délits considérés comme mineurs.
Il défend ainsi le recours aux alternatives à l’emprisonnement, estimant que la privation de liberté doit rester une exception.
La question de l’accès des organisations de défense des droits humains aux prisons a également été soulevée au cours de l’émission. Il a été rappelé que la LTDH affirme ne plus être autorisée à effectuer des visites dans les établissements pénitentiaires depuis novembre 2025.
Le débat a également porté sur les coupures d’eau et d’électricité ainsi que les incendies estivaux. L’animateur a rappelé que le président de la République, Kaïs Saïed, avait estimé que ces perturbations n’étaient pas « innocentes » et pouvaient relever du crime. Chokri Latif a estimé que, si tel est le cas, leurs responsables doivent être identifiés et poursuivis dans le cadre d’enquêtes transparentes.
S.H














