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Médicaments : Kamel Idir plaide pour des « décisions courageuses » en faveur de la production tunisienne

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Par Imen Nouira

    Quarante usines pharmaceutiques, 355 millions de dinars d’exportations et une industrie que Kamel Idir estime capable de jouer un rôle beaucoup plus important dans la couverture des besoins du pays. Le président de l’Association tunisienne des médicaments génériques (ATMG) plaide pour des « décisions courageuses » en faveur de la production nationale et estime que la Tunisie peut renforcer son autonomie en médicaments. Une ambition qui se heurte toutefois à une dépendance encore importante aux matières premières, composants et technologies provenant de l’étranger.

    Invité, vendredi 25 septembre 2026, au micro de Rim Ben Chaalia dans l’émission Nharkom Zine sur la Radio Nationale, Kamel Idir, également expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), est revenu sur la situation de l’industrie pharmaceutique tunisienne, la question des prix et la place des médicaments génériques.

    Intervenant à l’occasion de la Journée mondiale des pharmaciens, il a d’abord insisté sur le rôle du pharmacien, dernier maillon avant le patient dans le circuit du médicament et acteur de proximité jusque dans certaines régions où l’accès à d’autres professionnels de santé demeure limité. Il a avancé le chiffre d’environ 2.000 pharmacies de jour et 500 pharmacies de nuit en Tunisie.

    Quarante usines et 355 millions de dinars d’exportations

    Revenant sur l’industrie pharmaceutique, le président de l’ATMG a rappelé que la fabrication de médicaments en Tunisie remonte aux années 1980 et qu’elle s’est progressivement développée dans un cadre réglementaire reposant sur des normes internationales.

    Avant d’être autorisée à produire, une unité industrielle doit, a-t-il expliqué, présenter son projet, ses installations et son organisation aux autorités compétentes. Des inspections sont ensuite menées afin de vérifier le respect des exigences applicables à la fabrication des médicaments.

    Selon Kamel Idir, la Tunisie compte aujourd’hui environ quarante usines pharmaceutiques. Une partie de leur production est destinée à l’étranger.

    « Nous exportons pour 355 millions de dinars », a-t-il indiqué, évoquant des débouchés au Maghreb, dans d’autres pays arabes, en Afrique ainsi qu’en Europe.

    L’accès à certains marchés étrangers implique également, selon lui, des inspections réalisées par les autorités des pays concernés afin de vérifier la conformité des sites tunisiens aux normes exigées.

    L’industrie pharmaceutique tunisienne ne se limite plus aux exportations. Des entreprises tunisiennes ont également investi à l’étranger, notamment en Algérie, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cameroun.

    L’autosuffisance passe par la production nationale

    C’est sur cette base industrielle que Kamel Idir estime possible d’aller plus loin. Interrogé sur la capacité de la Tunisie à assurer son autosuffisance et à constituer un stock stratégique de médicaments, il a plaidé pour un renforcement de la production nationale.

    Il a indiqué qu’une rencontre avait récemment eu lieu avec le ministre de la Santé et que des propositions lui avaient été soumises. Pour le président de l’ATMG, une plus grande autonomie pharmaceutique doit d’abord s’appuyer sur les capacités industrielles tunisiennes.

    « Avec des décisions courageuses et de la confiance en nous-mêmes, nous pouvons parvenir à notre autosuffisance », a-t-il soutenu, tout en insistant sur le respect de la réglementation et la nécessité de défendre les priorités nationales.

    Son raisonnement s’appuie notamment sur les risques apparus avec les tensions internationales. Kamel Idir a évoqué les situations de monopole pouvant toucher certaines matières premières ou certains médicaments et le risque de voir les pays producteurs privilégier leurs propres populations en période de crise.

    L’ambition d’une plus grande autonomie se heurte néanmoins à une dépendance qui ne disparaît pas avec la seule fabrication locale. Un rapport de BMI, filiale de Fitch Solutions, consacré au marché pharmaceutique tunisien et évoqué par Business News en mai 2026, estimait à 61% la part de valeur ajoutée étrangère dans la consommation pharmaceutique tunisienne. Matières premières, composants, technologies ou savoir-faire maintiennent ainsi une partie de la chaîne de production locale dépendante de l’étranger.

    Le défi consiste donc autant à produire davantage en Tunisie qu’à réduire progressivement les dépendances qui subsistent derrière cette production.

    Quand le médicament tunisien finit par devenir plus cher que l’importé

    À cette dépendance s’ajoute, selon Kamel Idir, un autre paradoxe : celui des prix.

    Le président de l’ATMG affirme qu’au moment de sa mise sur le marché, un médicament générique fabriqué en Tunisie est au moins 30% à 40% moins cher que le médicament original. Cette différence peut toutefois, selon lui, se réduire, voire s’inverser au fil des années.

    Il met notamment en cause le gel des prix et la situation des médicaments importés par la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT). Au bout de plusieurs années, a-t-il expliqué, le maintien de certains tarifs peut aboutir à ce que le médicament fabriqué localement devienne plus cher que le produit importé.

    Il appelle ainsi à faire preuve de « courage » pour ajuster les prix des médicaments afin de permettre aux fabricants tunisiens de poursuivre leur activité dans de meilleures conditions.

    La question tarifaire n’est pas nouvelle. En juillet 2026, la Pharmacie centrale avait révisé les prix de 306 médicaments. Le Syndicat des pharmaciens d’officine de Tunisie (Spot) avait alors réclamé une méthode transparente de fixation des prix prenant notamment en considération l’évolution du coût des matières premières, les variations des taux de change et les marges des différents intervenants.

    La question des prix rejoint directement celle de l’acceptation des médicaments génériques. Face aux réticences de certains patients, encore attachés aux marques auxquelles ils sont habitués, Kamel Idir a défendu leur efficacité. Il a assuré qu’ils présentent la même efficacité thérapeutique et répondent aux exigences de bioéquivalence, tout en étant soumis aux règles encadrant la fabrication des médicaments.

    Le cadre réglementaire tunisien a d’ailleurs été renforcé en ce sens. Un arrêté du ministre de la Santé daté du 26 janvier 2026, fixant notamment les règles relatives aux autorisations de mise sur le marché (AMM), prévoit que les médicaments génériques doivent être appuyés par des études de bioéquivalence.

    Une autre évolution pourrait concerner la manière même de désigner et de prescrire les médicaments. Kamel Idir a annoncé que la Tunisie devrait présenter, lors de l’Assemblée mondiale de la Santé prévue en mai 2027, un projet visant à renforcer l’apprentissage des dénominations scientifiques des médicaments auprès des professionnels de santé.

    Médecins, pharmaciens, médecins-dentistes et autres professionnels du secteur seraient concernés. L’objectif évoqué est de renforcer leur maîtrise de ces dénominations et, à terme, de favoriser une prescription reposant davantage sur le nom scientifique du médicament.

    Le pharmacien pourrait alors présenter au patient les équivalents disponibles et l’informer notamment des différences de prix. Une évolution qui, dans la logique défendue par Kamel Idir, permettrait de lever une partie des réticences envers les génériques et de donner davantage de place à la production nationale. Mais entre les capacités industrielles déjà installées et l’autosuffisance qu’il appelle de ses vœux demeure encore un enjeu de taille : réduire la dépendance extérieure de toute la chaîne du médicament.

    *Photo d’illustration

    I.N.

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