Alors que le Parti destourien libre (PDL) traverse une crise interne marquée par la suspension judiciaire de son congrès et des divergences sur l’avenir de sa direction, Abir Moussi demande à l’avocat Mohamed Karim Krifa de quitter son comité de défense. Depuis la prison de Bulla Regia, la présidente du parti l’accuse d’agir contre ses intérêts et lui réclame son retrait de l’ensemble de ses dossiers judiciaires.
La rupture est désormais officiellement consommée. Depuis son lieu de détention, la présidente du Parti destourien libre (PDL), Abir Moussi, a demandé à l’avocat Karim Krifa, également membre de son parti, de se retirer de son comité de défense et de cesser de la représenter dans les affaires judiciaires et les plaintes engagées en son nom, en Tunisie comme à l’étranger.
Dans un communiqué publié vendredi 9 octobre 2026, Abir Moussi ne présente pas cette décision comme un simple désaccord avec l’un de ses avocats. Elle accuse Karim Krifa d’avoir abandonné son rôle de défenseur pour devenir, selon ses propres termes, un « adversaire » qui agit au détriment de ses intérêts légitimes et de ses droits fondamentaux, notamment civils et politiques.
Une rupture sur fond de crise au sein du PDL
Cette décision intervient dans un contexte de fortes tensions au sein du PDL. La suspension judiciaire, le 2 octobre, du « Congrès de la fidélité », qui devait se tenir les 3 et 4 octobre et permettre à Abir Moussi de briguer un nouveau mandat, a mis au grand jour les divergences qui traversent le parti.
Le désaccord porte notamment sur l’interprétation des statuts et les conditions de renouvellement de la présidence. La candidature d’Abir Moussi, validée par le bureau politique le 23 septembre, est contestée par certains membres qui estiment qu’un nouveau mandat entrerait en contradiction avec les règles internes. La contestation a fini par gagner le terrain judiciaire, avec une procédure ayant conduit à la suspension du congrès.
Karim Krifa, membre des structures dirigeantes du PDL, figure lui aussi parmi les responsables pris dans cette séquence de tensions. Dans ce contexte, la décision d’Abir Moussi de l’écarter de son comité de défense prend une dimension qui dépasse leurs relations professionnelles. Elle intervient alors que les divergences internes au parti se sont durcies et que la confiance entre certains de ses cadres est mise à rude épreuve.
Une audience judiciaire au cœur de la rupture
Pour justifier cette mise à l’écart, la présidente du PDL revient notamment sur l’audience en référé du 2 octobre 2026. Elle affirme que l’avocat aurait agi de concert avec des personnes proches du pouvoir, qui lui auraient permis de s’appuyer sur une institution judiciaire qu’elle accuse, elle-même, de l’avoir lésée et persécutée.
Abir Moussi reproche également à Karim Krifa d’avoir mis en doute l’intégrité et la crédibilité des avocats qui poursuivent sa défense. Elle l’accuse de chercher à ébranler la confiance du public dans ces derniers, mais aussi dans les informations qu’ils communiquent en son nom.
Des accusations formulées par la présidente du PD dont la portée dépasse néanmoins la seule décision de mettre fin à une relation entre une cliente et son avocat. Abir Moussi entend aussi marquer publiquement ses distances avec celui qu’elle accuse désormais de nuire à sa défense.
Pas seulement un retrait : Abir Moussi réclame la disparition de Krifa de ses dossiers
La présidente du PDL ne s’arrête pas à une demande de retrait du comité de défense. Elle réclame également que la photographie de Karim Krifa soit supprimée des documents publiés par le comité et qu’il soit retiré de ses espaces numériques.
Elle demande, dans le même mouvement, que son nom soit rayé des dossiers judiciaires et des plaintes déposées en son nom, en Tunisie et à l’étranger. Elle exige enfin la restitution des documents et pièces justificatives liés à ces affaires qui se trouvent en sa possession.
Pour veiller à l’exécution de ces demandes, Abir Moussi charge l’avocat Ali Bejaoui, président du comité de défense, d’en assurer le suivi.
Au-delà de la défense judiciaire, une fracture politique
Dans une lettre publiée le 5 octobre, Abir Moussi avait déjà dénoncé ce qu’elle présentait comme une tentative de l’écarter durablement de la scène politique et de modifier la ligne du PDL. Elle avait également accusé certains membres de la direction de participer à un projet visant à la remplacer et à transformer l’identité politique du parti.
La présidente du PDL inscrit ainsi les événements judiciaires récents dans une lecture politique plus large, où se mêlent la contestation de son leadership, l’avenir des structures dirigeantes et les désaccords sur la ligne du parti. La mise à l’écart de Karim Krifa intervient donc dans cette séquence.
S.H










