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Kasserine : ils livrent une chatte gestante à plus de huit chiens et filment son supplice

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Par Nadya Jennene

    Il la cherchait depuis plusieurs jours, inquiet de ne plus voir sa chatte gestante. Il ignorait alors que l’animal qu’il espérait retrouver était devenu la cible d’une violence délibérée, orchestrée par des individus qui auraient lancé leurs chiens contre elle. Lorsqu’il a finalement découvert les images de ce qui lui était arrivé, la disparition a cédé la place à l’horreur : plus de huit chiens se sont acharnés sur la chatte, jusqu’à la déchiqueter. La scène, filmée par ses auteurs présumés, a ensuite été diffusée sur les réseaux sociaux.

    Cette affaire, révélée par l’avocate du propriétaire de l’animal, Me Ghada Hermassi, lors de son intervention sur Mosaïque FM lundi 12 octobre 2026, vient allonger la liste des actes de cruauté envers les animaux signalés en Tunisie. Derrière les images qui circulent sur les réseaux sociaux, les mêmes questions reviennent : comment de telles violences peuvent-elles être commises, parfois filmées et exhibées sans retenue, et quelles réponses la justice peut-elle leur opposer ?

    Selon les déclarations de l’avocate, les mis en cause ont l’habitude de lâcher leurs chiens sur des animaux vulnérables et de filmer les scènes. Plusieurs vidéos ont ainsi été réalisées et publiées sur les réseaux sociaux et certaines ont été montrées au propriétaire de la chatte afin de lui faire comprendre ce qu’était devenu l’animal. 

    C’est en découvrant ces images que ce dernier a appris le sort qui lui avait été réservé. La brutalité de la scène est d’autant plus insoutenable que la chatte était gestante et que les faits, tels qu’ils ont été rapportés par l’avocate, ne relèvent pas d’un incident fortuit, mais d’une mise en scène volontaire.

    Alertée, l’association Rahma pour la protection des animaux, basée à Sousse, est intervenue pour mettre le propriétaire en contact avec les personnes susceptibles de l’accompagner dans ses démarches. Une procédure judiciaire a été engagée et une enquête a été ouverte par le parquet compétent à Kasserine, selon Me Hermassi.

    Les faits devront être établis par l’enquête et les responsabilités individuelles déterminées par la justice. Mais cette nouvelle affaire ravive une indignation qui ne cesse de se manifester à chaque diffusion d’images de maltraitance animale.

    Cette nouvelle affaire intervient dans un contexte particulièrement alarmant. Depuis plusieurs mois, la Tunisie est régulièrement confrontée à des cas de violences extrêmes envers les animaux, dont certains ont suscité une vive émotion après la diffusion des images sur les réseaux sociaux.

    En février 2026, l’affaire d’un chiot torturé puis égorgé dans le gouvernorat de Monastir avait provoqué une vague d’indignation. Trois individus avaient été mis en cause dans des actes d’une extrême brutalité. Selon les éléments rapportés à l’époque, le chiot avait d’abord été enfermé dans un sac, puis son museau avait été maintenu fermé à l’aide d’un câble métallique. Ses bourreaux avaient finalement décidé de l’égorger, tandis que la scène était filmée.

    Quelques mois auparavant, en septembre 2025, l’affaire des chats brûlés à Mellassine avait également suscité l’effroi. Une femme avait été identifiée et arrêtée après avoir été filmée à plusieurs reprises en train de verser de l’essence sur des chats et des chatons avant de les brûler. Le ministère public près le tribunal de première instance de Tunis 2 avait ordonné son placement en détention le 29 août 2025. Elle devait répondre notamment d’accusations de maltraitance animale, de dégradation de biens appartenant à autrui et d’incinération illégale.

    En janvier 2024, un habitant de Kasserine avait, lui aussi, été placé en détention pour avoir torturé un chat jusqu’à sa mort. En octobre 2023, des images montrant un enfant en train de torturer un chat à Béni Khiar, dans le gouvernorat de Nabeul, avaient aussi suscité l’indignation.

    À ces affaires s’ajoute celle d’une vache mutilée à Bizerte, révélée en juillet 2026. Son propriétaire avait découvert que la langue de l’animal avait été sectionnée. Les faits ont également été filmés et diffusés sur les réseaux sociaux, transformant une nouvelle fois des sévices infligés à un animal en spectacle numérique.

    Ces affaires révèlent la persistance de violences dont la mise en scène sur les réseaux sociaux ajoute encore à l’horreur. La répétition de tels actes interroge autant sur la banalisation de la cruauté que sur la capacité des dispositifs de prévention et de répression à l’endiguer.

    Sur le plan juridique, Me Hermassi a estimé que les sanctions prévues par l’article 317 du Code pénal, qui réprime notamment les mauvais traitements infligés aux animaux, n’étaient pas suffisamment dissuasives au regard de la gravité de certains actes. À chaque nouvelle affaire, la question de l’effectivité de la législation et de la nécessité de renforcer la protection animale revient ainsi au premier plan.

    Mais la réponse ne saurait être exclusivement judiciaire. Pour l’avocate, la répression doit s’accompagner d’un travail de sensibilisation et d’éducation afin d’ancrer durablement le respect des animaux dans les comportements. 

    La protection animale revient régulièrement dans le débat public et parlementaire, sans qu’une réforme d’ensemble ait, à ce jour, abouti. En attendant, les images se succèdent, les indignations se renouvellent et les mêmes questions demeurent. Combien d’autres animaux devront encore subir de tels sévices, et combien de scènes de cruauté faudra-t-il encore voir circuler sur les réseaux sociaux, avant que la protection animale ne devienne une priorité concrète, soutenue par des sanctions réellement dissuasives et une véritable culture du respect du vivant ?

    N.J

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