Les propos tenus lundi par le député Tarak Mahdi à l’Assemblée ont déclenché une onde de choc politique et médiatique. Mais au-delà du scandale initial, c’est l’intervention de Riadh Jrad, lundi soir, qui a transformé l’affaire en crise institutionnelle : dans un ultimatum publié sur Facebook, il exige la levée de l’immunité parlementaire de l’élu ou sa démission sous trois jours, faute de quoi il menace de dévoiler les noms de 43 députés poursuivis en justice, à raison d’un député par jour.
Lundi 13 avril, au cours d’une séance d’audition du ministre de l’Intérieur à l’Assemblée des représentants du peuple, le député Tarak Mahdi a prononcé des propos qui ont immédiatement suscité l’indignation. Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, l’élu a tenu des paroles assimilées par de nombreux observateurs à un appel au viol, provoquant un tollé instantané.
La séquence a rapidement quitté le cadre parlementaire pour embraser Facebook, X et les autres plateformes, où extrait vidéo et citations ont circulé massivement. En quelques heures, le nom du député est devenu l’un des sujets politiques les plus commentés du pays.
La gravité de la polémique tient à la nature même des propos tenus : ils touchent à la dignité des femmes, à la banalisation de la violence sexuelle et à la responsabilité morale d’un élu de la nation. Dans une démocratie parlementaire, les mots prononcés dans l’hémicycle ne relèvent pas seulement de la liberté d’expression ; ils engagent aussi la crédibilité de l’institution.
Condamnations politiques et indignation de la société civile
Face à la vague d’indignation, plusieurs députés ont pris publiquement leurs distances avec Tarak Mahdi. Des élus de sensibilités différentes ont dénoncé un discours incompatible avec les valeurs républicaines et ont appelé à des mesures disciplinaires.
La Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) a, elle aussi, réagi fermement. Dans un communiqué publié dans la foulée, elle a alerté sur le caractère haineux et discriminatoire des propos du député, y voyant une atteinte grave aux principes fondamentaux de respect de la personne humaine et d’égalité.
D’autres voix se sont élevées dans la société civile, parmi les associations féministes, les défenseurs des droits humains et plusieurs figures publiques, toutes convergeant vers une même exigence : que l’Assemblée ne banalise pas ce type de dérapage.
Jusque-là, l’affaire suivait un schéma classique : un scandale politique, une indignation publique, des réactions institutionnelles. Mais lundi soir, à 21h06, un acteur extérieur au Parlement allait faire basculer l’affaire dans une tout autre dimension.
À 21h06, Riadh Jrad change la nature de l’affaire
Dans un long message publié sur Facebook, Riadh Jrad est intervenu de manière spectaculaire. Dans ce texte, le chroniqueur proche du pouvoir et son porte-parole officieux, affirme que Tarak Mahdi figure parmi 43 députés faisant l’objet de poursuites judiciaires ou ayant déjà été condamnés dans certaines affaires.
Selon lui, Tarak Mahdi serait concerné par six dossiers, dont deux auraient déjà donné lieu à des jugements de première instance. Il ajoute que le député aurait, à plusieurs reprises, invoqué son immunité parlementaire pour échapper aux poursuites.
Mais le point central du message est ailleurs : Riadh Jrad accorde à l’Assemblée des représentants du peuple un délai de 72 heures pour lever l’immunité de Tarak Mahdi ou obtenir sa démission. Faute de quoi, il menace de publier, un par jour, les noms des 43 députés concernés, selon l’ordre alphabétique.
Le ton est celui d’un ultimatum. La formulation ne laisse place à aucune ambiguïté : l’ARP doit agir avant jeudi à 21 heures, sous peine de voir commencer une divulgation progressive des noms.

Une menace politique sans précédent
La portée de cette déclaration dépasse largement le cas Tarak Mahdi. Car Riadh Jrad n’est ni magistrat, ni président de groupe parlementaire, ni responsable institutionnel habilité à exiger une levée d’immunité. Il agit ici comme un acteur politique informel, lançant publiquement une injonction à une institution élue.
Cette situation soulève plusieurs interrogations majeures.
La première concerne l’origine des informations qu’il affirme détenir. Comment un chroniqueur dispose-t-il de données aussi précises sur 43 dossiers judiciaires concernant des députés ? Ces informations sont-elles publiques ? Proviennent-elles de sources judiciaires ? Ont-elles été transmises par des circuits officieux ?
La deuxième interrogation touche à la méthode choisie. Si l’objectif était réellement d’informer l’opinion publique, pourquoi ne pas publier immédiatement la liste complète ? Pourquoi annoncer un nom par jour ? Ce fractionnement semble relever moins de la transparence que d’une stratégie de pression progressive, destinée à maintenir l’Assemblée sous tension pendant plusieurs semaines.
Le “un nom par jour”, mécanique de pression graduelle
Le choix d’une publication échelonnée n’est pas anodin. Il transforme la divulgation en feuilleton politique. Chaque jour deviendrait une nouvelle séquence de pression, chaque député potentiellement concerné étant placé dans l’attente anxieuse d’être publiquement exposé.
Ce mécanisme rappelle davantage une logique de mise sous pression que de révélation journalistique. Il crée un climat de peur et installe une forme de chantage politique implicite : cédez maintenant, ou subissez une exposition progressive.
Cette stratégie place l’ARP dans une position intenable. Soit elle agit sous la pression d’un ultimatum lancé sur Facebook, soit elle refuse et s’expose à une campagne publique de dévoilement.
Une transparence à géométrie variable
Un autre paradoxe traverse le message de Riadh Jrad. S’il estime que les noms des 43 députés poursuivis relèvent de l’intérêt public, pourquoi conditionner leur divulgation au seul cas Tarak Mahdi ?
Dans la logique qu’il expose, si Tarak Mahdi démissionne ou si son immunité est levée dans le délai de 72 heures, la liste resterait secrète. Les autres députés concernés, pourtant présentés comme poursuivis ou condamnés, échapperaient alors à toute exposition publique.
Cette contradiction fragilise l’argument de transparence avancé implicitement par Riadh Jrad : l’information n’est plus révélée au nom du droit du public à savoir, mais utilisée comme levier de pression pour obtenir un résultat politique précis.
Au-delà de Mahdi, une question institutionnelle
L’affaire dépasse désormais de loin le seul dérapage verbal de Tarak Mahdi. Ce qui se joue, c’est la place prise par des acteurs non institutionnels dans la régulation de la vie politique tunisienne.
Dans un État de droit, la levée d’immunité obéit à des procédures précises. Les poursuites judiciaires suivent des circuits codifiés. Les sanctions disciplinaires relèvent de règlements internes. Ici, le processus semble déplacé vers Facebook, où un commentateur politique fixe lui-même les délais, désigne les cibles et annonce les sanctions.
Cette évolution interroge sur la fragilité croissante des mécanismes institutionnels. Lorsqu’un acteur sans mandat peut imposer son calendrier à une assemblée élue, la frontière entre débat politique, pression médiatique et intimidation institutionnelle devient dangereusement floue.
Une polémique devenue révélatrice d’un système
Le matin, il y avait un député ayant franchi la ligne rouge par ses propos. Le soir, l’affaire révèle quelque chose de plus vaste : un mode de fonctionnement du régime où la pression politique ne passe plus seulement par les institutions, mais par des relais informels capables d’imposer publiquement leurs injonctions.
Le scandale Tarak Mahdi aurait pu rester un épisode de plus dans la chronique parlementaire. L’intervention de Riadh Jrad en a fait un révélateur : celui d’un système où Facebook devient parfois plus puissant que les procédures officielles.
Raouf Ben Hédi











4 commentaires
Hannibal
Pour les 2 énergumènes doivent être mis en cellule et pourquoi pas ensemble… Si vous voyez ce que je veux dire 😉
Ensuite, une enquête devra être diligentée pour déterminer qui fait fuiter des informations d’enquêtes judiciaires… Quelques soient les rangs.
Enfin, ce cirque rappelle un précédent cirque et que ce serait bien que l’institution qui tient à l’intégrité de ce pays nous fasse débarrasser de tous ces 🤡 qui nous pourrissent la vie
zaghouan2040
Je déteste Riadh Jrad mais là au moins il est utile
Hannibal
La loi ne peut être défendue par ceux qui l’enfreignent quelque soit le motif
Le tribunal populaire et populiste est la porte ouverte à tous les abus
J’ai bien envie de paraphraser Sarko pour le nettoyage
Se verront surtout bientôt et sans sommations livrer leur Komptes en bonne et due forme par tout un peuple à bout , les petits bouKS cheffaillons galeux en passant par toute la poisKaille de l'Aquarium des Représentnts du Parjure !
Le Kartoon façon « Qôm et Jraby », c’est bientôt fini. That’s all folKS…
Tic tac, tiKS TAKS… fech(el) taK, rasseQôm têtechaKS.
DEGAGEZ !