Heure de Tunis :
Plus de prévisions: Meteo 25 jours Paris
Light
Dark

Augmentations salariales : entre impératif social et péril inflationniste, le décryptage de Hafedh Laâmouri

Article réservé aux abonnés

Écouter cet article

0:00 0:00

Par Myriam Ben Zineb

    L’État tunisien scelle ses engagements pour les trois prochaines années. En officialisant les nouveaux décrets relatifs aux augmentations salariales pour la période 2026-2028, le gouvernement tente d’instaurer un climat de prévisibilité dans un paysage économique encore fragile. Invité lundi 4 mai 2026 sur les ondes d’Express FM, Hafedh Laâmouri, ancien ministre de l’Emploi et consultant international en droit du travail, a décortiqué les mécanismes de cette nouvelle donne sociale, tout en apportant un éclairage nuancé sur la réalité du gain net pour les citoyens.

    La stratégie du temps long pour garantir la paix sociale

    D’emblée, Hafedh Laâmouri a souligné que le choix d’une programmation triennale dépasse le cadre technique pour devenir une véritable orientation politique. En étalant les hausses sur 2026, 2027 et 2028, le pouvoir exécutif et les partenaires sociaux cherchent avant tout à « acheter » la paix sociale. Cette visibilité à long terme permet de désamorcer les tensions récurrentes et les cycles de négociations épuisants, offrant ainsi aux institutions une base de planification plus solide et aux salariés une perspective de revalorisation actée.

    Dans la fonction publique, l’effort consenti semble plus marqué que lors de la précédente triennale. Les augmentations mensuelles, oscillant entre 90 et 120 dinars selon les grades, traduisent une volonté de réduire progressivement les écarts entre les différentes strates de l’administration. Toutefois, l’ancien ministre a tenu à tempérer l’enthousiasme général en rappelant la dure réalité de la pression fiscale. Une fois l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales déduits, une hausse brute de 120 dinars pourrait ne représenter qu’une amélioration nette de 70 à 80 dinars dans le portefeuille du fonctionnaire.

    Le secteur privé sous le signe de l’uniformité et de l’obligation

    Le secteur privé n’est pas en reste, bien que la logique diffère. Hafedh Laâmouri a précisé qu’une hausse uniforme de 5% a été décrétée pour l’ensemble des salariés régis par les conventions collectives. Ce taux, jugé équilibré par l’expert, tente de concilier la préservation du pouvoir d’achat et les capacités financières d’un tissu économique majoritairement composé de PME.

    La mesure n’est pas optionnelle : l’augmentation est obligatoire et rétroactive au 1er janvier 2026. L’ancien ministre a d’ailleurs insisté sur le rôle crucial de l’inspection du travail pour garantir l’application de ce décret, précisant que les entreprises ayant déjà consenti des efforts anticipés devront impérativement s’aligner sur ce nouveau seuil légal. Parallèlement, le Salaire Minimum Garanti (SMIG) entame une ascension historique, avec pour objectif de franchir le cap symbolique des 600 dinars à l’horizon 2028.

    Retraités et fiscalité : une bouffée d’oxygène différée

    Le volet relatif aux retraités apporte également son lot de nouveautés. Si les pensions seront mécaniquement revalorisées selon les taux applicables dans le public et l’évolution du SMIG pour le privé, c’est sur le terrain fiscal que se jouera la véritable bataille du revenu. Hafedh Laâmouri a ainsi annoncé qu’à partir de 2027, la base de calcul de l’impôt appliqué aux pensions sera progressivement réduite. Cette mesure ciblée devrait permettre de soutenir le revenu disponible des retraités sur le moyen terme sans alourdir directement les caisses de sécurité sociale.

    Le spectre de l’inflation : l’équilibre fragile

    Cependant, ce volontarisme social n’est pas sans risque. L’ancien ministre a mis en garde contre un effet boomerang sur les prix. Si les entreprises tournées vers le marché local pourraient être tentées de répercuter ce coût du travail supplémentaire sur le consommateur final, les exportatrices, soumises à une concurrence internationale féroce, se retrouveront dans une impasse, leurs marges de manœuvre étant quasi nulles pour ajuster leurs tarifs.

    En conclusion, Hafedh Laâmouri a rappelé qu’une augmentation de salaire, aussi significative soit-elle, reste vaine si elle est absorbée par une inflation galopante. Pour l’expert, la réussite de ce pacte social ne se mesurera pas au montant des virements bancaires, mais à la capacité de l’État à réguler le marché, à maîtriser les prix et à restaurer l’efficacité des services publics essentiels. Le pouvoir d’achat, au final, demeure une équation complexe où le salaire n’est qu’une variable parmi d’autres.

    M.B.Z

    Subscribe to Our Newsletter

    Keep in touch with our news & offers

    Répondre

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *