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Salaires : des hausses annoncées… mais un impact net limité, selon Mohamed Salah Ayari

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Par Imen Nouira

    Public, privé, retraités : tous verront leurs revenus évoluer dans les prochaines années. Mais derrière les augmentations annoncées, une réalité s’impose. Une fois les cotisations sociales et l’impôt appliqués, le gain réellement perçu reste nettement en deçà, tournant autour de 70 dinars dans de nombreux cas, comme l’a détaillé Mohamed Salah Ayari.

    Invité sur les ondes de Jawhara FM, dans l’émission « Sbeh El Ward » animée par Hatem Ben Amara, le conseiller fiscal, universitaire et membre du Conseil national de la fiscalité est revenu, lundi 4 mai 2026, en détail sur les augmentations salariales prévues pour la période 2026-2027-2028. À travers des exemples concrets, il a surtout cherché à clarifier une question centrale pour les salariés comme pour les retraités : quel est le gain réel après prélèvements ?

    Une hausse qui passe d’abord par les prélèvements

    D’emblée, l’expert insiste sur un point qu’il juge fondamental : l’augmentation ne peut être comprise qu’en reconstituant l’ensemble du mécanisme de calcul. Le raisonnement part du salaire brut, auquel sont appliquées les cotisations sociales versées aux caisses sociales, couvrant la retraite, l’assurance maladie et le capital décès. Ce n’est qu’après cette première déduction que l’on obtient un revenu imposable, lui-même réduit par une série d’abattements, notamment au titre des frais professionnels — 10% pour les actifs, 25% pour les retraités — ainsi que par les déductions liées à la situation familiale et aux enfants à charge. Le barème progressif de l’impôt, tel que prévu par le Code de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de l’impôt sur les sociétés, ne s’applique qu’à ce stade.

    Cette démarche vise à corriger une confusion fréquente : une augmentation salariale ne se traduit pas directement en gain net, mais est successivement réduite par les cotisations puis par l’impôt.

    Des hausses différentes… pour un résultat presque identique

    Les exemples avancés par Mohamed Salah Ayari, basés sur les augmentations appliquées dans la fonction publique, illustrent clairement ce mécanisme. Pour un salaire mensuel de mille dinars, une augmentation de 90 dinars se traduit par un gain net d’environ 68 dinars. À 2.000 dinars, une hausse de cent dinars aboutit à près de 70 dinars nets. Et pour un salaire de 3.000 dinars, une augmentation de 120 dinars génère un gain d’environ 72 dinars.

    Malgré des montants bruts différents, le résultat final reste donc relativement proche, autour de 70 dinars.

    L’effet de la fiscalité progressive

    Ce rapprochement s’explique par la progressivité de l’impôt. À mesure que le revenu augmente, la part soumise à des taux plus élevés s’élargit, ce qui réduit l’effet des hausses. Le système fiscal agit ainsi comme un mécanisme de régulation, limitant les écarts entre catégories de revenus une fois les prélèvements appliqués. Derrière ce fonctionnement, l’expert rappelle une logique assumée de justice fiscale, selon laquelle les contribuables disposant de revenus plus élevés contribuent davantage.

    Public, privé : une différence de forme seulement

    Cette réalité se vérifie aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé. Dans la fonction publique, les augmentations sont fixées en montants — 90, cent ou 120 dinars — tandis que dans le privé, elles prennent généralement la forme d’une hausse proportionnelle avoisinant 5%. Mais dans les deux cas, le résultat net dépend du même enchaînement de prélèvements.

    Retraités : un avantage fiscal en montée progressive

    Le cas des retraités obéit à une logique différente. Leur pension, généralement équivalente à environ 80% du dernier salaire, bénéficie d’un abattement fiscal plus favorable. Fixé à 25% en 2026, celui-ci doit être relevé progressivement pour atteindre 30% en 2027, 40% en 2028 et 50% en 2029. Ce relèvement vise à compenser la baisse de revenu liée au passage à la retraite. À titre d’exemple, un retraité percevant 2.000 dinars par mois pourrait voir sa pension nette augmenter progressivement, de 25 dinars en 2027 jusqu’à environ 125 dinars mensuels à l’horizon 2029.

    Primes : une confusion fréquente

    Mohamed Salah Ayari a également clarifié le traitement des primes. En règle générale, celles-ci sont soumises à l’impôt, sauf lorsqu’elles relèvent d’un cadre social spécifique prévu par la loi. Il souligne surtout qu’elles ne sont pas concernées par l’augmentation de 5%, qui s’applique uniquement aux salaires et aux pensions, limitant ainsi son impact global sur la rémunération.

    Une hausse qui suit l’inflation

    Sur le plan économique, l’expert replace ces augmentations dans un contexte marqué par l’inflation. Le taux de 5% retenu correspond, selon lui, à son niveau récent. Il s’agit donc davantage d’un ajustement visant à préserver le pouvoir d’achat que d’une réelle amélioration. Il met en garde contre le risque d’érosion rapide si les prix continuent d’augmenter sans contrôle.

    Des marges budgétaires sous tension

    Cette prudence s’explique également par les contraintes pesant sur les finances publiques. Le niveau des subventions énergétiques, estimé à 4,9 milliards de dinars en 2026, repose sur des hypothèses de prix du pétrole relativement modérées. Une hausse significative des cours pourrait alourdir la charge budgétaire, dans un contexte déjà marqué par l’évolution de la masse salariale de l’État et des incertitudes sur la croissance. Dans ce cadre, l’éventualité d’une loi de finances complémentaire n’est pas exclue.

    Une trajectoire encadrée

    Mohamed Salah Ayari rappelle que les augmentations prévues pour les années 2026 à 2028 s’inscrivent dans un cadre légal et ne devraient pas être remises en cause, sauf circonstances exceptionnelles. Il n’écarte toutefois pas la possibilité d’ajustements futurs si la situation économique venait à s’améliorer.

    Un gain réel limité

    Au final, si les augmentations sont bien effectives, leur impact réel apparaît nettement atténué par le jeu combiné des cotisations sociales et de la fiscalité. Dans la plupart des cas, le gain net se situe autour de 70 dinars, ce qui en limite la portée sur le pouvoir d’achat, d’autant plus dans un contexte de pression inflationniste.

    I.N.

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