Le journaliste Zied El-Heni a annoncé, vendredi 8 mai 2026 depuis la prison de Mornaguia, qu’il refusait de faire appel de la condamnation à un an de prison prononcée à son encontre, affirmant ne pas reconnaître « la légitimité du procès » ayant conduit à ce verdict.
Dans un message publié depuis sa cellule, le journaliste considère être détenu « de manière arbitraire et illégale » depuis son arrestation le 24 avril 2025. Il affirme être prêt à être jugé uniquement dans le cadre du décret-loi 115 de 2011 relatif à la liberté de la presse, qu’il présente comme la seule base légale applicable dans son affaire.
« Une bataille pour défendre le décret-loi 115 »
Zied El-Heni rappelle qu’il avait contribué à la rédaction de ce texte au nom du Syndicat national des journalistes tunisiens, dans le cadre des travaux de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution. Il estime que le décret-loi 115 constitue « une base centrale de protection de la liberté de la presse et d’expression » et affirme poursuivre « une bataille » pour empêcher son démantèlement.
Le journaliste accuse également le pouvoir politique d’être à l’origine des poursuites engagées contre lui. Il affirme que les investigations menées par la Garde nationale ont confirmé, selon lui, l’existence « d’instructions politiques », dont il tient le président Kaïs Saïed pour responsable.
Une affaire remise au centre du dossier
Dans son message, Zied El-Heni revient longuement sur l’affaire du commandant Abdelaziz Nebhani, ancien membre de la brigade antiterroriste de la Garde nationale, décédé en détention avant que son innocence ne soit définitivement reconnue. Le journaliste évoque « un crime d’État » commis avec une « complicité politico-judiciaire » et appelle la Ligue tunisienne des droits de l’Homme à adopter cette cause afin de réhabiliter la mémoire de l’officier et soutenir sa famille.
Il affirme également que cette affaire, remise sous les projecteurs à travers son procès, illustre selon lui les dérives ayant conduit à la mort d’un homme finalement innocenté après son décès.

Une condamnation dénoncée par les journalistes
Pour rappel, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis avait condamné jeudi 7 mai 2026 Zied El-Heni à une peine d’un an de prison dans une affaire liée à ses prises de position publiques sur le dossier Abdelaziz Nebhani. Les poursuites reposent notamment sur l’article 86 du Code des télécommunications, un texte régulièrement dénoncé par les défenseurs des libertés comme un outil utilisé pour contourner les garanties prévues par le décret-loi 115 en matière de liberté de la presse.
Cette condamnation avait suscité une vive réaction du Syndicat national des journalistes tunisiens, qui avait dénoncé un « détournement du droit » et une « instrumentalisation de la justice » visant les voix critiques. Le syndicat avait également mis en garde contre un climat favorisant l’autocensure et l’érosion des libertés publiques en Tunisie.
R.B.H












