Hier, dans un marché populaire de Tunis, la viande de mouton était vendue à 73 dinars le kilo. Ce matin, lundi 11 mai 2026, dans une grande surface, la viande de bœuf atteignait 76 dinars. Entre les deux, il y avait toujours le même regard chez les clients. Celui du Tunisien qui regarde d’abord le prix, puis son portefeuille, puis quitte les lieux sans rien acheter.
Idem du côté des fruits, y compris les fruits de saison. Les nèfles sont ainsi proposées entre six et dix dinars, selon les quartiers.
Le plus cruel dans cette histoire n’est même pas les chiffres. C’est le rapport entre ces chiffres et les salaires. Le Smig horaire est à 2,7 dinars, le Smig mensuel tourne autour de 470 dinars. Il suffit donc de quelques minutes devant un étal pour comprendre qu’une partie du pays, y compris la classe moyenne, est doucement en train de sortir de certains marchés. Pas symboliquement. Littéralement.
Pendant ce temps, l’inflation reste à 5,5%, alors que les augmentations salariales annoncées tournent autour de 5%. Officiellement, les chiffres semblent proches. Dans la vraie vie, cela signifie simplement que le pouvoir d’achat continue de baisser.
La guerre contre les spéculateurs
Pendant des années, Kaïs Saïed a expliqué que les prix élevés étaient le résultat de réseaux de spéculation, de lobbys et de monopoles qui affamaient le peuple. Il en a fait un combat politique majeur. En mars 2022, il a même promulgué le décret 14/2022 relatif à la lutte contre la spéculation illicite, un texte fortement inspiré de la loi algérienne 21-15 du 28 décembre 2021 et prévoyant des peines extrêmement lourdes pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité.
Le ton présidentiel était volontairement martial. Les descentes se sont multipliées. Les chambres frigorifiques ont été inspectées comme si elles abritaient des armes. Des grossistes et des commerçants ont été poursuivis et arrêtés. Le ministère de l’Intérieur a été mobilisé dans cette bataille et la police s’est progressivement retrouvée à faire de la police commerciale plutôt que de la police de sûreté.
Tout le monde a été intimidé par la politique répressive et ferme de Kaïs Saïed (commerçants, grossistes, investisseurs, éleveurs), sauf les prix.
Quatre ans plus tard, la viande atteint des records et plusieurs filières sont sorties épuisées de cette logique punitive. Beaucoup d’opérateurs ont quitté le secteur. Beaucoup d’investisseurs ont abandonné les chambres froides, devenues juridiquement risquées. Quant au cheptel tunisien, il a diminué de plus de 20%. Plusieurs éleveurs ont vendu leur bétail, souvent vers l’Algérie, faute de rentabilité.
La réalité des marchés
Le 24 février dernier, Kaïs Saïed s’est rendu à la société Ellouhoum puis au marché Bab El Fella pour constater lui-même les prix. Les images montraient un président au milieu des étals, dénonçant les importations inutiles et les devises gaspillées dans des produits superflus.
Deux mois plus tard, les prix ont continué leur ascension, comme si la visite présidentielle n’avait jamais eu lieu.
Le plus frappant est peut-être là. Le chef de l’État parle énormément des prix. Il les commente, les dénonce et promet de défendre le peuple contre les spéculateurs. Les descentes continuent. Tout comme les accusations sans preuve et les discours sans consistance.
Une inflation à deux chiffres pour plusieurs produits alimentaires. Une viande devenue inaccessible pour une partie des Tunisiens. Des fruits de saison vendus à des prix absurdes. Et des clients qui quittent les marchés avec moins de sacs qu’avant.
Loin du discours officiel, les Tunisiens ne voient ni victoire contre les spéculateurs ni amélioration du pouvoir d’achat. Ils voient seulement des prix qui montent plus vite que leurs salaires.
Le président a-t-il oublié son ministre ?
Et pendant que les Tunisiens voient leur pouvoir d’achat s’éroder semaine après semaine, un détail dans l’agenda présidentiel finit par intriguer.
Le ministre des Affaires sociales Issam Lahmar est reçu régulièrement au palais de Carthage et s’apprête à devenir le ministre qui rencontre le plus le chef de l’État après la cheffe du gouvernement. En revanche, le ministre du Commerce Samir Abid n’a plus été reçu depuis avril 2025. Plus d’un an.
Comme si Kaïs Saïed s’occupait davantage des conséquences sociales de la crise… que de ses causes économiques.
Pendant longtemps, les partisans du président ont repris le mantra présidentiel pour expliquer que les difficultés du pays venaient des spéculateurs, des traîtres, des lobbys et des complots. Le dernier en date est le député Hassan Jarboui, qui, vendredi dernier encore, accusait les lobbys d’être derrière la hausse du prix du mouton, toujours sans la moindre preuve.
Après quatre années de guerre totale contre la spéculation, l’argument commence sérieusement à s’effondrer.
Le pays a voté des lois d’une brutalité rarement vue. Des commerçants ont été arrêtés. Des grossistes poursuivis. Des chambres froides transformées en menace sécuritaire nationale. Le ministère de l’Intérieur a été mobilisé. La police a fini par faire la chasse aux pommes de terre, aux moutons et aux carcasses de viande comme si le salut économique du pays se trouvait dans une chambre frigorifique à Mnihla ou à Bir Kassâa. Et malgré tout cela, les prix continuent de grimper.
À un moment, il faut bien regarder la réalité en face. Soit les fameux lobbys sont plus puissants que l’État tunisien lui-même, malgré tout l’appareil répressif déployé depuis 2022. Soit le problème est ailleurs.
Car on ne fait pas baisser les prix avec des discours. On ne reconstitue pas un cheptel avec des slogans. On ne rassure pas des investisseurs avec des descentes policières. Et on ne nourrit pas les classes moyennes avec les mêmes accusations répétées du matin au soir depuis des années.
Pendant que le pouvoir continue de parler au nom des pauvres, les pauvres, eux, continuent de quitter les boucheries sans viande.











10 commentaires
Fares
Caisses de résonance
Une caisse de résonance ne raisonne pas, elle ne fait qu’amplifier le son. Une machine à palabres qui manipule des ondes sonores sans vraiment en saisir le sens. Ce phénomène peut-être gravement amplifié par la présence d’instruments parasites qui profitent de cette amplification sonore sans but précis, une nuisance sans plus.
le financier
KS ne s ecoute pas lui meme alors les tunisiens le laissent aboyer
zaghouan2040
Kaes Saed a désormais perdu son combat existentiel celui qui le légitime concrètement auprès des citoyens ;la mise en place d’une stratégie d’éradication de la corruption de l’économie de rente de la spéculation et de la hausse des prix
Deux raisons
La méconnaissance des mécanismes de base de la régulation économique : en réaction aux mesures arbitraires de chasse aux sorcières le marché et chaine de distribution des fruits de la viande des légumes s’est atrophié la demande dépassant l’offre disponible d’où hausse vertigineuse des prix
L’impunité des réseaux de spéculation et de l’économie informelle : ce sujet est tabou, mais parfois déterminant. Un nombre important de fonctionnaires censés lutter contre la spéculation et l’inflation des denrées alimentaires font partie des réseaux de l’économie informelle et de la spéculation.
Delors, toute politique d’éradication des réseaux de spéculation de détournement des flux de marchandises et d’économie informelle est inefficace.
Étonnamment le Président développe une fixation obsessionnelle sur la lutte contre la spéculation et l’inflation alors même qu’une partie des structures sur lesquelles il s’appuie pour mener cette lutte jouent frontalement et quotidiennement contre lui et ses objectifs proclames
Mr Saed se heurte au mur de la réalité ; tout déni des entraves structurelles rendant dérisoire son programme affiché le dessert chaque jour davantage, et paupérise encore un peu plus les Tunisiens exsangues
A4
POULETTE
Ecrit par A4 – Tunis, le 09 Mai 2026
Tous les cabots de la grange
Fiers et contents sont aux anges
Ils peuvent danser et faire la fête
A la santé de la poulette
Qui par manque de neurones
S’est plantée en haut du trône
Ils lui disent en langue de chiens
Qu’elle est l’idole des batraciens
Que tous les moutons de la brousse
Aiment bien l’entendre quand elle glousse
Qu’ils sont prêts si elle le souhaite
A ne faire que baisser la tête
Ils lui racontent des salades
La rendant encore plus malade
Que les rats et les gros cochons
Ainsi que cigales et pigeons
Sont à l’extase comme des mordus
A chaque nouvel œuf pondu
Connaissant bien sa trouillardise
Les clebs, il faut bien qu’on le dise
Lui ont saturé la cervelle
Avec des complots à la pelle
Pour qu’elle soit troublée mais bien sage
En ne quittant jamais sa cage
C’est ainsi qu’ils ont carte blanche
Pour sévir lundi comme dimanche
Pour traficoter sans limite
Sans compte à rendre, sans poursuite
En rongeant les os et les chairs
De tout ce qui rode sur cette terre
Il faut les voir tous ces clébards
Quand ils piétinent sans crier gare
Quand ils accusent de trahison
Quand ils saturent toutes les prisons
Puis qui rigolent, disent en cachette:
Qu’est ce qu’elle endosse, pauvre poulette !
Mhammed Ben Hassine
Nous avons des ingrédients riches en protéines,,lipides,glucides et vitamines à consommer régulièrement autres que seux existant sur le marché
Menu que je conseils lobyes,traîtres,spéculateurs,faumenteurs ,comploteurs … tous mariné dans une sauce🥁 d’inflation
Mhammed Ben Hassine
Ou peut être que ses prix et autres ont des 👂 audibles aux ultrasons ou infrasons
Mhammed Ben Hassine
Serions nous dans un pays des sourds personnes n’entends personne…!
Gg
Pourquoi ne pas présenter la réalité des chiffres ?
Prenez en exemple un élevage typique tunisien, soit 10 à 50 moutons.
Combien coûte de les élever pendant leur croissance ? Nourriture, vétérinaire, installations, transport…
Combien l’eleveurles vend il?
Combien pour les intermédiaires et combien d’intermédiaires jusqu’à l’étal ?
Ces chiffres doivent bien exister quelque part…
Hannibal
Les descentes permettent d’éliminer des concurrents.
On ne peut pas être juge et partie.
zaghouan2040
Kaes Saed a désormais perdu son combat annoncé de lutte contre la spéculation la hausse des prix l’économie informelle
Entre autres
Deux raisons
La méconnaissance des mécanismes de base de la régulation économique : le marché des fruits de la viande des légumes s’est atrophié la demande dépassant l’offre disponible d’où hausse vertigineuse des prix
L’impunité des réseaux de spéculation et de l’économie informelle : car ce sujet est tabou. Un nombre important de fonctionnaires censés lutter contre la spéculation et l’inflation des denrées alimentaires font partie des réseaux de l’économie informelle et de la spéculation.
Deslors toute politique répressive est inefficace.
Étonnamment le Président développe une fixation obsessionnelle sur la lutte contre la spéculation et l’inflation alors même qu’une partie des structures sur lesquelles il s’appuie pour mener cette lutte jouent frontalement et quuotidiennement contre les objectifs présidentiels
Mr Saed se heurte au mur de la Réalité ; tout deni le dessert chaque jour davantage et paupérise encore un peu plus les Tunisiens exsangues