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Pourquoi tout sera plus cher

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Par Maya Bouallégui

    Le président de la République promet de nouvelles approches pour faire baisser les prix. Le gouvernement annonce des augmentations salariales de 5 %. Mais pendant ce temps, l’inflation repart fortement à la hausse, les produits alimentaires flambent à des niveaux à deux chiffres et les économistes alertent sur une poursuite probable de cette dynamique. Entre les annonces officielles et la réalité des marchés, une certitude semble déjà s’imposer : dans les prochains mois, la vie des Tunisiens coûtera encore plus cher.

    Jeudi 7 mai, au palais de Carthage, Kaïs Saïed a affiché sa volonté de s’attaquer à la flambée des prix. Le président de la République a évoqué de « nouvelles approches » destinées à alléger les pressions sur le pouvoir d’achat et à améliorer les circuits de distribution. Le discours se voulait rassurant, presque volontariste. À écouter les communiqués officiels, l’État semble déterminé à reprendre la main sur la vie chère.

    Quelques jours plus tôt, le gouvernement avait lui aussi envoyé un signal présenté comme positif pour les salariés. Le 30 avril, les décrets relatifs aux augmentations salariales dans le public et le privé étaient publiés au Journal officiel. Trois hausses successives de 5 % pour les années 2026, 2027 et 2028. Sur le papier, la mesure peut donner l’impression d’un bol d’air pour des ménages épuisés par plusieurs années de hausse des prix.

    Mais ce soulagement n’aura duré que quelques jours.

    Les prix rattrapent déjà les salaires

    Car à peine les augmentations annoncées, l’Institut national de la statistique publiait de nouveaux chiffres qui ont immédiatement refroidi l’optimisme officiel. L’inflation a brutalement bondi à 5,5 % en avril 2026. Une hausse de 0,5 point en un seul mois. Un rebond suffisamment fort pour inquiéter les économistes et relancer les craintes d’une nouvelle accélération inflationniste dans les prochains mois.

    Et derrière cette moyenne officielle se cache surtout une flambée des dépenses les plus essentielles du quotidien.

    Autrement dit, pendant que les salaires augmentent officiellement de 5 %, plusieurs produits alimentaires essentiels augmentent parfois deux ou trois fois plus vite.

    Et dans les marchés du pays, les consommateurs le remarquent déjà. Bien avant les statistiques officielles, beaucoup ont compris une chose simple : malgré les annonces et malgré les promesses, la vie continue de coûter toujours plus cher.

    Ce ne sont plus les produits de luxe qui augmentent. C’est le poulet, la tomate, les pommes de terre et les fruits. C’est ce qu’on met dans l’assiette tous les jours.

    Et comme si cette hausse des prix ne suffisait pas, une autre réalité vient réduire encore davantage l’effet des augmentations salariales.

    Une partie importante de ces augmentations disparaît immédiatement dans les cotisations sociales et l’impôt. L’expert fiscal Mohamed Salah Ayari l’a clairement expliqué : une augmentation brute de cent dinars ne se traduit pas automatiquement par cent dinars supplémentaires dans la poche du salarié. Une fois les retenues appliquées, le gain réel devient beaucoup plus faible.

    Les salaires augmentent de 5%. Les prix alimentaires, eux, augmentent parfois de 16 ou 20%. La soustraction est simple et elle fait mal.

    Quand les statistiques rencontrent le marché

    Le chiffre officiel de 5,5 % pourrait sembler relativement contenu pour certains observateurs. Mais dans la réalité quotidienne des Tunisiens, l’inflation ressentie est bien plus forte.

    Car ce ne sont pas des produits secondaires qui augmentent aujourd’hui. Ce sont les produits que les familles achètent presque tous les jours.

    Selon les chiffres publiés cette semaine par l’INS :

    les fruits frais ont augmenté de 19,2 % ;

    la viande ovine de 16,1 % ;

    la volaille de 16,1 % ;

    les légumes frais de 13,5 % ;

    la viande bovine de 12 % ;

    le poisson frais de 11,9 %.

    Autrement dit, les familles qui remplissent leur couffin chaque semaine subissent une inflation deux à trois fois supérieure à celle affichée officiellement.

    Dans plusieurs marchés de Tunis, les consommateurs parlent désormais ouvertement de « prix devenus fous ». Une mère de famille rencontrée dans un marché de la capitale raconte qu’elle réduit progressivement certaines dépenses alimentaires. « Avant, j’achetais des fruits chaque semaine pour les enfants. Maintenant, je regarde les prix et je repars souvent sans rien prendre. Même les légumes deviennent chers », explique-t-elle.

    Le constat revient partout : le salaire tient de moins en moins longtemps.

    Une inflation officielle de plus en plus contestée

    Cette déconnexion entre les chiffres officiels et le ressenti populaire s’explique aussi par la méthode de calcul utilisée par l’INS.

    Le panier de consommation servant de base au calcul de l’inflation remonte encore à 2015. Or en dix ans, les habitudes de consommation des Tunisiens ont profondément changé. Le poids des dépenses contraintes a augmenté, certains produits essentiels occupent une place plus importante dans les budgets et les arbitrages des ménages ne sont plus les mêmes.

    Résultat : beaucoup de consommateurs ont le sentiment que l’inflation réelle est largement supérieure aux 5,5 % officiellement annoncés.

    Et les chiffres alimentaires (qui pèsent plus du quart dans le couffin de la ménagère) semblent effectivement confirmer cette impression.

    D’autant que les produits libres augmentent beaucoup plus vite que les produits encadrés. Les produits alimentaires libres enregistrent une hausse de 9,3 %, contre à peine 1 % pour les produits encadrés. Cela signifie concrètement que les produits dont les prix échappent davantage au contrôle de l’État flambent beaucoup plus rapidement.

    Les économistes tirent la sonnette d’alarme

    Au-delà des chiffres bruts, plusieurs économistes commencent désormais à parler d’un véritable risque d’érosion durable du pouvoir d’achat.

    Moez Soussi a livré un diagnostic particulièrement sévère de l’économie tunisienne. Selon lui, les augmentations salariales seront rapidement absorbées par l’inflation dans une économie marquée par une production insuffisante et une offre incapable de suivre la demande. Pour lui, la hausse des prix n’est plus un phénomène ponctuel, mais une dynamique durable.

    Aram Belhadj estime lui aussi que les tensions inflationnistes risquent de se poursuivre dans les prochains mois. Selon lui, les augmentations salariales resteront insuffisantes face à une hausse continue des prix, notamment alimentaires.

    Même son de cloche du côté syndical. Pour Slaheddine Selmi, nouveau secrétaire général de l’UGTT, les augmentations salariales restent insuffisantes face à la dégradation continue du pouvoir d’achat. En résumé : les salaires augmentent, mais les dépenses augmentent encore plus vite.

    L’ ancien ministre Hafedh Laamouri a lui aussi mis en garde contre le « péril inflationniste » entourant ces augmentations salariales. Selon lui, une hausse de revenu devient rapidement vaine lorsqu’elle est absorbée par une inflation persistante et par une hausse continue du coût de la vie.

    Le grand écart entre les promesses et le quotidien

    Le problème pour le pouvoir est que le décalage devient désormais visible pour tout le monde.

    D’un côté, les discours officiels promettent une baisse des prix, des circuits de distribution mieux contrôlés et de nouvelles approches économiques. De l’autre, les Tunisiens voient chaque semaine leurs dépenses augmenter.

    Le café coûte plus cher. Le restaurant coûte plus cher. Les courses du week-end coûtent plus cher. Les fruits deviennent progressivement un produit presque « de luxe » pour certains ménages. Même préparer un couscous ou une salade revient aujourd’hui beaucoup plus cher qu’il y a un an.

    Et ce sentiment de perte de pouvoir d’achat devient psychologiquement très lourd.

    Les citoyens ne calculent pas l’inflation avec les formules de l’INS. Ils la calculent à la caisse, quand ils reposent ce qu’ils ne peuvent plus se permettre.

    Une tendance qui risque de durer

    Le plus inquiétant est probablement là. Rien, dans les indicateurs actuels, ne laisse penser à un ralentissement rapide de cette dynamique inflationniste. Au contraire, la forte remontée enregistrée en avril pourrait annoncer une nouvelle phase de hausse des prix dans les prochains mois.

    Et si cette tendance se confirme en mai et durant l’été, les augmentations salariales annoncées cette année risquent d’être entièrement absorbées avant même d’avoir réellement amélioré la vie des ménages.

    Les intentions politiques existent, particulièrement les bonnes intentions présidentielles. Les annonces du gouvernement aussi. Mais les chiffres sont têtus. Et aujourd’hui, ils racontent une réalité beaucoup plus difficile pour les ménages tunisiens : malgré les augmentations de salaire et malgré les promesses de baisse des prix, le pouvoir d’achat continue de s’éroder.

    Maya Bouallégui

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    5 commentaires

    1. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      20 mai 2026 | 17h03

      Hier chez l’épicier du coin j’ai vu les prix des glaces affichés
      Une augmentation dev 11,11% par rapport à l’année dernière
      Je me demandele prix de l’énergie n’a pas augmenté ni les charges salariales alors pourquoi cette augmentation..!? Un marché sûr et garantie duait on !
      Idem pour lilas qui a diminuer le poids de papier serviettes pour le même prix simplement elle a ajouté qq motifs sur les serviettes
      Sa c’est le racket en bonne et dû forme

    2. LOL

      Répondre
      9 mai 2026 | 17h34

      Et pourtant, tout le monde fume et boit du Coca sans arrêt. C’est drôle, ils trouvent toujours l’argent pour ça. Et bien sûr, il ne faudrait pas s’attarder à planter trois petites graines de tomates, de piment ou un oignon dans un pot. Le soleil est gratuit, mais c’est plus facile de se plaindre. Victimes éternelles.
      Qui se souvient de 2010 ? « Dégage, dégage », « khobz ou ma, Ben Ali la ! » Eh bien, dansez maintenant, vous êtes LIBRES. Libres de mourir de faim. Désolé, mais mon pitié-omètre est à zéro.

    3. Vladimir Guez

      Répondre
      9 mai 2026 | 12h40

      Presque partout on peut mesurer la prospérité grâce un ratio simple.
      Combien de bras au travail pour combien de bouches a nourrir.

      On se préoccupe beaucoup des bouches a nourrir et donc des prix, mais on ne se soucie pas du tout de metre les gens au travail.

      Dans ce pays les bras au travail sont peu productifs (voire surnuméraires dans de nombreuses administrations et monopoles publics) .
      Ils sont aussi peu nombreux: le taux d’activité des femmes stagne avec la promotion identitaire du modèle archaïque du mari qui travaille et de la mère qui passe sa vie a faire des enfants qu’elle n’eduquera pas…

      Et les dirigeants de ce pays naviguent toujours dans le mythe socialiste qu’on va compenser nos insuffisances par l’administration des prix.

      Pour baisser les prix , il faut produire en masse . C’est a dire metre les gens au travail.
      Baisser les prix administrivement c’est la mort lente du socialisme. A l’image des producteurs de lait qui abbatent leur vaches et renoncent a produire aux conditions administratives.

      La tache est immense pour instaurer une culture du travail, et lutter contre le retour de l’archaisme et l’omniprésence du socialisme. C’est presque 90% de la population qu’il faudrait transformer en acteurs du monde présent et non plus en spectateurs de fantasmes débiles.

    4. zaghouan2040

      Répondre
      8 mai 2026 | 20h16

      L’impact sur le pouvoir d’achat des ménages est desastreux
      Des ménages avec enfants et avec un revenu de 2500 dinars en sont réduits a acheter des pattes de poulettje dis bien des pattes et des carcasses de poulet
      C’est hallucinant
      Il y a des familles qui ne mangent que deux fois par jour; ce ne sont pas des prolétaires

      Le régime de Kaes Saed a été strictement incapable de lutter contre les circuits de distribution parallèle et contre la spéculation
      La situation actuelle de la Tunisie est un DESASTRE
      Les entrepreneurs euros locaux n’investissent plus
      Les PMEs n’embauchent plus
      La dette publique à rembourser est telle que l’Etat ne peut consentir des dépenses publiques pour relancer uné economie exsangue
      Pire encore des cercles proches du pouvoir participent activement en toute impunité a la consolidation des circuits parallèles de rétention et de redistribution des denrées de base
      Kaes Saed ne peut rien contre eux car ces réseaux criminels font partie du dispositif de gestion de la terreur qu’il a mis en place depuis plus de 2 années

    5. Mhammed Ben Hassine

      Répondre
      8 mai 2026 | 17h01

      « nouvelles approches »..!
      Seul dieu les connaît
      Je pense qu’on a tout essayé Sauf l’essentiel à savoir créer de la richesse et d’avantage

    Répondre

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