Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) passe à l’offensive. Réuni en bureau exécutif élargi ce mercredi 13 mai 2026, le syndicat a dressé un constat particulièrement sombre de la situation du secteur médiatique en Tunisie, évoquant un climat marqué par la multiplication des poursuites judiciaires visant des journalistes, la fragilisation économique des entreprises de presse et l’enlisement de plusieurs réformes jugées essentielles pour l’avenir de la profession.
Dans un communiqué au ton ferme, le SNJT estime que le secteur traverse une crise profonde, à la fois professionnelle, sociale et institutionnelle, et annonce une série de mobilisations dans les prochaines semaines.
Solidarité avec Zied El-Heni, Mourad Zeghidi et Borhen Bssais
Le syndicat exprime d’abord son soutien total à Zied El-Heni, Mourad Zeghidi et Borhen Bssais, dénonçant les condamnations prononcées à leur encontre sur la base du Code des télécommunications et de la législation antiterroriste.
Le SNJT réclame leur libération et dénonce le recours, selon ses termes, à des textes répressifs dans les affaires liées à la publication, à l’expression et à l’exercice du métier de journaliste.
Au-delà de ces dossiers, le syndicat dit observer avec inquiétude une multiplication des poursuites visant journalistes et professionnels des médias, dans un contexte qu’il juge de plus en plus hostile à la liberté de la presse et à la pluralité de l’information.
Un secteur fragilisé sur tous les fronts
Le communiqué revient également sur la dégradation des conditions sociales dans de nombreuses rédactions. Retards de salaires, licenciements abusifs, précarité professionnelle, absence de couverture sociale pour une partie des journalistes : le SNJT décrit une situation sociale devenue, selon lui, particulièrement préoccupante.
Le syndicat dénonce aussi la poursuite de l’emploi précaire dans les médias publics, reprochant aux autorités de ne pas avoir régularisé ces situations malgré des revendications portées depuis plusieurs années.
Autre sujet d’inquiétude : les pressions visant certains médias indépendants et associatifs. Le SNJT affiche sa solidarité avec Nawaat, suspendu pour un mois, ainsi qu’avec Inkyfada, actuellement visé par une procédure judiciaire.
Décret 54, audiovisuel, médias publics… le Parlement interpellé
Le SNJT appelle par ailleurs l’Assemblée des représentants du peuple à accélérer l’examen de plusieurs textes en attente, notamment la révision du décret-loi 54, la réforme du secteur audiovisuel, la création d’une instance de régulation indépendante ainsi que l’introduction de l’éducation aux médias dans les programmes scolaires.
Le syndicat réclame également l’application des amendements relatifs aux statuts de la radio et de la télévision publiques, le versement des primes dues aux journalistes, ainsi qu’une accélération du processus de fusion entre Dar Assabah et Snipe La Presse, avec la garantie des droits des salariés.
Des mouvements annoncés
Face à la dégradation continue du climat médiatique, le SNJT annonce le lancement prochain d’une série d’actions syndicales et de mobilisations régionales et sectorielles. Des consultations avec les structures professionnelles, les organisations nationales et les instances de défense des droits devraient également être engagées pour constituer un front commun en faveur de la liberté de la presse et de l’indépendance des médias.
Pour le syndicat, l’enjeu dépasse désormais la seule profession : il s’agit aussi, affirme-t-il, de défendre le droit des Tunisiens à une information libre, pluraliste et indépendante.
M.B.Z










