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Quelque chose s’est fissuré avec Rayen Hamzaoui. Pas encore le régime. La peur.

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Par Nizar Bahloul

    Après trois ans de prison, l’ancien maire d’Ezzahra Mohamed Rayen Hamzaoui a été libéré, dimanche 17 mai 2026.

    Aussitôt sorti de prison, aussitôt ovationné par les habitants. La spontanéité de la célébration donne à réfléchir.

    En règle générale et universelle, le passage par la case prison est une honte. Un individu normalement constitué ne doit pas être fier d’avoir été en prison. On ne peut pas être fier d’avoir violé la loi, enfreint les règles et porté atteinte à autrui.

    Cette règle connaît néanmoins ses exceptions : les prisonniers politiques et les innocents.

    Les célébrations de Mohamed Rayen Hamzaoui et, avant lui, d’Ahmed Souab ou de Sonia Dahmani, sont celles de prisonniers politiques injustement jetés en prison.

    L’ancien maire d’Ezzahra a été impliqué dans la célèbre affaire de complot contre l’État. Une affaire montée de toutes pièces par le régime et visant des dizaines de personnalités politiques dont l’unique tort est de s’être opposées à Kaïs Saïed et d’avoir cherché une solution politique, légale et démocratique pour l’éjecter du palais de Carthage.

    En dépit de la grossièreté des accusations, de l’absence de preuves du moindre acte répréhensible, des personnes parmi les plus respectées du pays ont été condamnées à des dizaines d’années de prison, parfois sans même être interrogées, comme Karim Guellaty, actionnaire de Business News.

    En pleine polémique, Kaïs Saïed avait lancé cette phrase devenue célèbre, cherchant à intimider les défenseurs des Droits de l’Homme et tous ceux qui criaient au scandale :

    « Celui qui les innocente est leur complice. »

    Le peuple ne croit plus au complot

    Mohamed Rayen Hamzaoui fait partie de ces dizaines d’hommes politiques jetés en prison dans cette sinistre affaire. Il n’a eu « que » trois ans de prison et il est sorti hier ovationné par des citoyens ordinaires convaincus de son innocence. Exactement la même célébration dont ont bénéficié l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani et l’avocat et ancien magistrat Ahmed Souab.

    Ces gens simples seraient-ils donc des complices de « terroristes » ayant comploté contre le régime ? Si l’on suit la logique de Kaïs Saïed, la réponse est affirmative.

    Sauf que voilà : les faits sont têtus.

    Kaïs Saïed peut crier au complot sur tous les toits, les gens qui ont célébré hier Hamzaoui croient en son innocence. Ils sont convaincus que son affaire, comme celles des autres accusés, a été montée de toutes pièces.

    Hier à Ezzahra, le peuple, le petit peuple, a parlé : Rayen Hamzaoui est victime d’une cabale politico-judiciaire.

    Ce message envoyé d’Ezzahra est destiné directement à Carthage : tu peux accuser, tu peux jeter des innocents en prison, tu peux crier au complot… on ne te croit pas. On ne te croit plus.

    Jusque-là, la majorité des condamnés dans les affaires de complot contre l’État était surtout défendue par une certaine élite politique et intellectuelle. Ce qui s’est passé hier dépasse ce microcosme longtemps accusé d’être déconnecté du peuple.

    Voilà désormais le peuple qui célèbre la libération d’un politicien injustement accusé et accepte de devenir, selon la logique présidentielle, le complice d’une personne considérée comme terroriste par le régime et sa justice aux ordres.

    Kaïs Saïed peut continuer à crier au complot autant qu’il veut. Mais une vieille vérité finit toujours par s’imposer : « on peut tromper tout le monde un certain temps, et certaines personnes tout le temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps » (citation apocryphe attribuée à Abraham Lincoln).

    Hier à Ezzahra, le constat est clair et amer pour le régime : le cercle des personnes qui ne croient plus au conspirationnisme de Kaïs Saïed s’élargit. Il ne se limite plus aux journalistes, politiciens et avocats ; il touche désormais le peuple, le petit peuple.

    Mieux encore, même un député longtemps considéré comme pro-régime s’est exprimé hier sur cette libération. Ahmed Bennour, de son nom, a eu cette phrase historique qui devrait faire réfléchir le pouvoir : « Injustement condamné par la “justice”, innocenté par la rue… Il faut bien que la nuit finisse par se dissiper. »

    La peur commence à reculer

    La veille de la libération de Rayen Hamzaoui, les ruelles de la médina de Tunis ont vu défiler une manifestation de jeunes, accompagnés de quelques politiciens, journalistes et militants des Droits de l’Homme. Plusieurs centaines de personnes y ont participé, rapidement rejointes par des citoyens ordinaires rencontrés tout au long du parcours reliant Bab El Khadhra à Bab Bhar.

    Slogan principal de la manifestation, dont la formule arabe sonne avec une redoutable efficacité : « Le peuple a faim, la prison est repue. »

    Jusqu’à récemment, ce genre de manifestations était observé de loin par les citoyens ordinaires. Parfois même, les manifestants étaient moqués ou provoqués.

    Samedi, il y avait autre chose : de la sympathie.

    Le simple fait que ces petites gens aient choisi de vaincre la peur et d’accompagner les manifestants constitue déjà un message adressé au régime. Le même message que celui brandi le lendemain à Ezzahra.

    Ces citoyens ordinaires ne se taisent plus et commencent à bouger. Très timidement, très localement, certes, mais il y a malgré tout un début de mouvement. On est loin des manifestants de Gabès ou du sit-in des diplômés chômeurs qui refusaient toute récupération politique et toute confrontation avec Kaïs Saïed.

    Samedi dans la médina de Tunis et dimanche à Ezzahra, le message est désormais clair : on n’a plus peur du régime ; on accepte de l’affronter à visage découvert.

    Quelque chose s’est fissuré. Pas encore le régime. La peur.  

    Pendant des années, le pouvoir a cru pouvoir gouverner par elle. Le problème avec la peur, c’est qu’elle finit toujours par changer de camp.

    Le moment est venu de rappeler une vieille règle de l’Histoire : les régimes autoritaires tombent rarement le jour où les opposants parlent.

    Ils commencent à vaciller le jour où les gens ordinaires cessent d’avoir peur.

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