Nous sommes le samedi 13 juin. Cela fait un mois jour pour jour depuis la dernière audience publique accordée à la cheffe du gouvernement au palais de Carthage.
Certes, le président s’est rendu à la Kasbah le 19 mai et s’est entretenu avec elle. Mais ce n’est pas la même chose.
En politique, les lieux parlent. Une rencontre à la Kasbah n’est pas une audience à Carthage.
Tout comme un communiqué n’est pas un discours et un sourire n’est pas un soutien. Cela fait donc un mois que Sarra Zaâfrani Zenzri n’a pas été reçue à Carthage.
Dans n’importe quelle démocratie ordinaire, cela provoquerait des questions.
En Tunisie, cela provoque du silence.
Le citoyen sait combien de fois le président a répété le mot « complot ».
Il sait quelles délégations étrangères ont franchi les portes de Carthage.
Il sait même parfois ce que Kaïs Saïed pense de la météo et de la tempête Daniel.
Mais il ignore toujours pourquoi il n’a plus reçu publiquement sa cheffe du gouvernement depuis un mois.
Aujourd’hui, le débat porte sur une absence.
L’absence d’une image devenue habituelle.
L’absence d’une audience devenue régulière.
L’absence d’une explication devenue nécessaire.
Les zaqafouna (partisans du président), d’habitude si prolixes pour interpréter les moindres gestes du pouvoir, traversent d’ailleurs une période difficile. Ceux qui savaient expliquer les silences des autres semblent éprouver quelques difficultés à expliquer celui-ci.
Peut-être n’y a-t-il aucun problème.
Peut-être qu’ils se parlent tous les jours.
Peut-être qu’ils se voient trois fois par semaine.
Peut-être qu’ils déjeunent ensemble.
Peut-être.
Le problème n’est pas ce qui se passe.
Le problème est que personne ne le sait.
Pendant des années, on nous a expliqué que la transparence était une exigence démocratique.










