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La lettre de Mourad Zeghidi qui met Kaïs Saïed au défi de respecter sa parole

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Par Sarra Hlaoui

    Le journaliste Mourad Zeghidi a adressé une lettre ouverte au président de la République, Kaïs Saïed, dans laquelle il lui demande d’appliquer à son cas le principe que le chef de l’État avait lui-même énoncé le 10 juin 2026, selon lequel toute personne ayant conclu une réconciliation avec l’administration fiscale devrait être libérée.

    Publiée sur la page Facebook « Free Mourad Zeghidi », cette lettre ne constitue ni une demande de grâce présidentielle ni un appel à la clémence. Le journaliste fonde son argumentation sur les déclarations publiques du président de la République, estimant que les principes annoncés doivent s’appliquer à tous les citoyens sans distinction. Toute sa démarche repose ainsi sur une exigence de cohérence entre le discours officiel et son application.

    « J’ai conclu une réconciliation et payé toutes les sommes dues »

    Se présentant comme « Mourad Ben Salah Zeghidi, détenu n°406532 à la prison de Mornaguia », il rappelle avoir conclu, en janvier 2026, un accord de réconciliation avec les services du ministère des Finances.

    Il affirme avoir réglé l’intégralité des montants réclamés par l’administration fiscale, au prix, selon lui, d’importants sacrifices consentis par sa famille, contrainte de s’endetter pour réunir les sommes exigées dans les délais impartis.

    Une condamnation confirmée malgré la régularisation

    Mourad Zeghidi souligne que, malgré cette réconciliation et le paiement des sommes dues, la justice a confirmé en appel sa condamnation à trois ans et demi de prison pour blanchiment d’argent issu d’une fraude fiscale.

    Selon lui, le dossier est avant tout d’ordre fiscal et concerne un défaut de paiement de certains impôts et taxes. Il estime également qu’aucun élément matériel ni aucune preuve sérieuse de blanchiment d’argent n’ont été apportés tout au long de l’enquête, de l’instruction et des expertises techniques réalisées dans cette affaire.

    Le journaliste a été arrêté en mai 2024 et a fait l’objet de deux procédures judiciaires. Son incarcération est régulièrement dénoncée par son comité de soutien et par plusieurs organisations de défense de la liberté de la presse, qui estiment que les poursuites revêtent une dimension politique.

    « Appliquez le principe que vous avez annoncé »

    S’adressant directement au chef de l’État, le journaliste demande l’application du principe annoncé publiquement le 10 juin dernier lors de la nomination du nouveau président de la Commission de réconciliation pénale.

    À cette occasion, Kaïs Saïed avait insisté sur la portée de ce mécanisme, affirmant que « celui qui a conclu une réconciliation doit quitter les geôles de la prison », considérant que la réconciliation devait produire pleinement ses effets.

    C’est précisément ce décalage que met en avant Mourad Zeghidi. Selon lui, si la réconciliation a été conclue et que les sommes réclamées ont été intégralement versées à l’administration fiscale, son maintien en détention apparaît en contradiction avec le principe énoncé par le président de la République.

    « Après avoir conclu la réconciliation et payé toutes les sommes exigées, il ne me reste qu’à espérer bénéficier des effets juridiques qui en découlent, au premier rang desquels figure le recouvrement de ma liberté », écrit-il.

    Au-delà de son cas personnel, la lettre soulève ainsi la question de la portée juridique de la réconciliation pénale lorsqu’une condamnation est déjà intervenue et interroge les effets concrets du mécanisme voulu par le chef de l’État.

    « Que les mêmes règles s’appliquent à tous »

    Dans la conclusion de sa lettre, Mourad Zeghidi affirme lancer cet appel depuis sa cellule afin que, selon ses termes, « les mêmes principes soient appliqués à tous les citoyens sans exception ».

    Il considère que la réconciliation qu’il a conclue avec l’État ne devrait pas constituer une simple formalité administrative, mais produire l’ensemble de ses effets juridiques, notamment sa remise en liberté. Il conclut en affirmant que « la justice ne peut être complète que lorsque les mêmes règles sont appliquées à tous, sans exception ».

    En s’adressant directement au président de la République, Mourad Zeghidi fait ainsi de son dossier une question qui dépasse son seul sort judiciaire. Sa lettre interpelle le pouvoir sur la traduction concrète des engagements annoncés et pose une interrogation simple. Le principe selon lequel toute personne réconciliée doit retrouver sa liberté est-il destiné à s’appliquer à tous les justiciables, ou seulement à certains d’entre eux ?

    S.H

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