La Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises (FTAPME) hausse une nouvelle fois le ton. Dans un communiqué publié lundi 29 juin 2026, elle dénonce la persistance des retards de paiement de plusieurs entreprises et établissements publics envers leurs fournisseurs, malgré l’exécution des prestations et le respect des procédures contractuelles. L’organisation estime que cette situation fragilise la trésorerie des PME et appelle les autorités à agir rapidement pour éviter une multiplication des faillites, des pertes d’emplois et un affaiblissement supplémentaire du tissu économique national.
Des retards de paiement qui étranglent la trésorerie des PME
La Fédération tunisienne des artisans et petites et moyennes entreprises affirme suivre avec « une profonde inquiétude et un grand mécontentement » la poursuite des retards de règlement des créances dues à un grand nombre d’artisans et de petites et moyennes entreprises par plusieurs entreprises et établissements publics.
Selon la fédération, les prestations concernées ont pourtant été exécutées conformément aux contrats conclus, toutes les procédures administratives et juridiques ont été respectées et les factures ont été transmises dans les délais prévus.
Pour la FTAPME, ces retards ne constituent plus un simple dysfonctionnement administratif ou une conséquence ponctuelle de contraintes budgétaires. Ils traduisent désormais un manquement aux engagements contractuels des organismes publics concernés et privent les entreprises des liquidités nécessaires à leur fonctionnement.
Cette situation compromet directement leur capacité à faire face à leurs obligations courantes, qu’il s’agisse du paiement des salaires, des cotisations sociales, des impôts, des échéances bancaires ou encore des fournisseurs. Des entreprises ayant exécuté leurs engagements contractuels se retrouvent ainsi à financer elles-mêmes une partie de leur activité dans l’attente du règlement des sommes qui leur sont dues.
Pour les petites et moyennes entreprises, dont les marges de trésorerie demeurent généralement limitées, plusieurs mois, voire davantage, d’attente peuvent suffire à déséquilibrer durablement leur situation financière. Elles sont alors contraintes de différer certains investissements, de solliciter des financements de court terme ou de reporter le règlement de leurs propres fournisseurs, ce qui accroît leurs coûts financiers et fragilise l’ensemble de leur activité.
À la différence des grandes entreprises, les PME disposent rarement de réserves financières importantes leur permettant d’absorber durablement un décalage entre les dépenses engagées et les recettes attendues. Leur besoin en fonds de roulement devient dès lors plus difficile à financer, d’autant que l’accès au crédit bancaire demeure souvent complexe pour les structures les plus modestes.
Pour la fédération, ces retards de paiement dépassent ainsi la seule relation entre un fournisseur et un organisme public. En fragilisant les capacités financières des PME, ils réduisent leur aptitude à investir, ralentissent leur développement et finissent par peser sur l’ensemble du tissu productif ainsi que sur la préservation des emplois.
« Les PME ne peuvent pas financer les entreprises publiques »
Dans son communiqué, la FTAPME rappelle que les artisans et les PME n’ont pas vocation à assurer le financement des entreprises publiques dans l’attente du règlement de leurs créances.
Elle considère qu’il est inacceptable de leur faire supporter les conséquences des lenteurs administratives ou des difficultés financières rencontrées par les organismes publics concernés, alors même que l’État continue d’exiger d’eux le respect strict de leurs obligations fiscales, sociales et réglementaires dans les délais prévus, sous peine de pénalités, de majorations ou de poursuites.
Pour la fédération, cette situation enferme de nombreuses entreprises dans un véritable cercle vicieux. Alors que les entreprises et établissements publics tardent à régler les prestations qui leur ont été fournies, les artisans et les PME demeurent tenus de s’acquitter, dans les délais, de leurs impôts, de leurs cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ainsi que de l’ensemble de leurs obligations légales et financières. Or, en l’absence des liquidités issues de ces paiements, certaines entreprises voient leur capacité à honorer ces échéances fortement compromise, tout en restant exposées aux pénalités, aux majorations et aux autres conséquences prévues par la réglementation.
La fédération estime qu’il existe aujourd’hui une rupture d’équilibre entre les obligations imposées aux PME et celles qui incombent aux organismes publics. Alors que les PME doivent honorer leurs cotisations sociales, leurs impôts, leurs échéances bancaires et leurs fournisseurs à des dates précises, elles peuvent être contraintes d’attendre plusieurs mois avant d’obtenir le paiement des prestations qu’elles ont pourtant réalisées. Cette situation les oblige parfois à mobiliser des financements supplémentaires pour compenser des sommes qui leur sont dues, alourdissant leurs frais financiers et fragilisant davantage leur équilibre financier.
La fédération estime qu’un principe d’équité devrait également s’appliquer aux institutions publiques.
« La justice exige que l’État et ses institutions soient les premiers à respecter les contrats et les délais de paiement, car la crédibilité de l’administration commence par le respect de ses propres engagements avant d’exiger celui des autres », souligne-t-elle.
Cette revendication n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs semaines, la FTAPME fait des délais de paiement de l’administration l’un de ses principaux sujets d’alerte. Son président, Mehdi Barbouch, avait notamment estimé que les artisans et les PME ne pouvaient pas devenir les banquiers de l’administration, dénonçant des situations où certaines entreprises attendent parfois de longs mois avant d’être réglées alors que leurs obligations fiscales et sociales continuent, elles, de courir normalement. Il avait également plaidé pour la mise en place d’un mécanisme de compensation permettant aux entreprises de déduire de leurs dettes fiscales ou sociales les créances qu’elles détiennent sur l’administration.
Pour la fédération, un tel dispositif permettrait d’alléger immédiatement les tensions financières auxquelles sont confrontées de nombreuses entreprises travaillant avec les organismes publics, tout en limitant le risque de défaillance de sociétés dont les difficultés résultent moins d’un manque d’activité que de délais de règlement devenus excessifs.
Quatre mesures présentées comme indispensables pour éviter une vague de défaillances
Face à cette situation, la FTAPME formule quatre revendications qu’elle juge indispensables pour desserrer l’étau financier qui pèse sur les artisans et les petites et moyennes entreprises travaillant avec le secteur public.
La première consiste à accélérer immédiatement le règlement de l’ensemble des créances et des factures en souffrance auprès des entreprises et établissements publics. Pour la fédération, il ne s’agit pas d’accorder une aide financière aux PME, mais simplement d’honorer des engagements contractuels déjà exécutés. Les montants réclamés correspondent à des travaux ou des prestations réalisés, réceptionnés et facturés dans les règles, dont le paiement tarde pourtant à intervenir.
L’organisation demande également l’instauration de délais légaux contraignants pour le règlement des fournisseurs et des prestataires de services, assortis d’un mécanisme permettant d’engager la responsabilité des organismes qui ne respecteraient pas ces échéances. Selon elle, un tel cadre sécuriserait les relations contractuelles entre les entreprises et les établissements publics, offrirait aux PME une meilleure visibilité sur leurs capacités de financement et contribuerait à réduire les retards chroniques observés dans certains marchés publics.
La FTAPME plaide en outre pour la création d’une cellule nationale chargée du suivi des dossiers des entreprises concernées. Cette structure aurait pour mission de centraliser les réclamations, d’assurer un suivi des créances en attente et de servir d’interlocuteur unique entre les entreprises concernées et les différentes administrations afin de faciliter le traitement des dossiers les plus complexes ou les plus anciens.
Enfin, elle appelle à l’adoption de mesures exceptionnelles en faveur des entreprises financièrement pénalisées par ces retards de paiement. L’objectif affiché est d’éviter que des difficultés de trésorerie provoquées par des créances impayées ne débouchent sur des faillites, des licenciements ou l’arrêt d’activités pourtant économiquement viables.
Au-delà de ces revendications, la fédération avertit que la poursuite des retards de paiement risque d’entraîner des conséquences dépassant largement les seules entreprises directement concernées. Elle estime qu’ils pourraient accélérer les fermetures d’entreprises, fragiliser davantage l’investissement privé, ralentir la production nationale et peser durablement sur l’emploi.
Une nouvelle alerte qui cible cette fois les délais de paiement
Ce communiqué s’inscrit dans la continuité des nombreuses prises de position de la FTAPME sur la situation des artisans et des petites et moyennes entreprises. Toutefois, alors que ses précédents communiqués dressaient un diagnostic global des contraintes pesant sur les PME tunisiennes, celui du 29 juin concentre l’attention sur une problématique précise : les retards de paiement des entreprises et établissements publics, que l’organisation présente désormais comme l’un des principaux facteurs d’asphyxie financière des petites entreprises.
Début juin, la fédération avait déjà publié un communiqué particulièrement alarmant dans lequel elle dénonçait la pression fiscale et sociale, les difficultés d’accès au financement, la multiplication des poursuites engagées contre certains chefs d’entreprise, ainsi que la concurrence exercée par le marché parallèle. Elle avait également appelé le président de la République à intervenir afin d’engager une série de mesures destinées à préserver le tissu économique national.
Quelques semaines plus tard, son président, Mehdi Barbouch, était revenu en détail sur la situation des PME tunisiennes. Il avait notamment estimé que l’accumulation des charges fiscales et sociales, les retards de paiement de l’administration, les difficultés d’accès au crédit bancaire et la progression de l’économie informelle exerçaient une pression croissante sur les petites entreprises, dont beaucoup peinent désormais à assurer leur activité dans des conditions normales.
En Tunisie, près de 400.000 petites et moyennes entreprises constituent l’essentiel du tissu entrepreneurial. Selon Mehdi Barbouch, une partie importante de ces structures ne fonctionnerait plus réellement ou poursuivrait une activité très réduite malgré le maintien de leur existence administrative, signe d’un affaiblissement progressif du tissu productif national qui ne transparaît pas nécessairement dans les statistiques officielles mais se manifeste de plus en plus à travers les tensions financières rencontrées par les chefs d’entreprise.
Dans ce contexte, le respect des délais de paiement figure depuis plusieurs années parmi les préoccupations récurrentes des organisations patronales et professionnelles, qui estiment que les retards des entreprises et établissements publics alimentent les tensions de liquidités des fournisseurs, en particulier des PME dont les capacités financières demeurent les plus limitées.
Au-delà des créances impayées, la FTAPME considère que c’est la crédibilité même de la commande publique qui est aujourd’hui en jeu. Pour l’organisation, le respect des engagements contractuels par les entreprises et établissements publics constitue un préalable indispensable au rétablissement de la confiance entre l’État et ses fournisseurs, à la préservation des PME et au maintien de l’investissement privé.
À travers ce nouveau communiqué, la fédération ne réclame donc pas seulement le règlement de factures en attente. Elle appelle plus largement les organismes publics à respecter leurs engagements contractuels, estimant que le respect des délais de paiement constitue aujourd’hui une condition essentielle pour préserver le tissu entrepreneurial, soutenir l’investissement privé et éviter que des tensions temporaires de liquidités ne se transforment en défaillances d’entreprises.
I.N.










