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Retraites : les oubliés des augmentations de 2026

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Par Imen Nouira

    Pourquoi certains retraités n’ont-ils constaté aucune hausse de leur pension malgré les augmentations annoncées ? Pourquoi les difficultés financières des caisses sociales finissent-elles par provoquer des pénuries de médicaments ? Invité de l’émission Eco Mag sur Express FM, l’expert en protection sociale Badr Smaoui a livré une analyse approfondie des mécanismes qui régissent les retraites, l’assurance maladie et le financement de la protection sociale. Au-delà des réponses apportées aux interrogations des retraités, il dresse le constat d’un système dont les déséquilibres se répercutent sur l’ensemble de la chaîne des soins.

    Les premières augmentations de pensions prévues par la Loi de finances 2026 devaient répondre à une attente ancienne des retraités. Elles ont finalement suscité davantage de questions que de satisfaction. Pourquoi certains pensionnés affirment-ils n’avoir perçu aucune hausse ? Pourquoi les rappels diffèrent-ils d’un régime à l’autre ? Certaines catégories ont-elles été oubliées ?

    Invité lundi 29 juin 2026 au micro de Rim Saaidia dans l’émission Eco Mag sur Express FM, l’expert en protection sociale Badr Smaoui s’est attaché à répondre à ces interrogations. Mais, au fil de son intervention, son analyse dépasse largement la seule question des augmentations de pensions.

    Pour lui, les difficultés rencontrées aujourd’hui par de nombreux retraités ne sont que la partie visible d’un déséquilibre beaucoup plus profond qui touche l’ensemble du système de protection sociale. Retraites, assurance maladie, financement des caisses sociales, approvisionnement en médicaments et fonctionnement des structures de soins obéissent, selon lui, à une même logique financière dont chaque maillon dépend des autres.

    Avant d’en arriver à ce constat, l’expert revient d’abord sur les situations qui alimentent aujourd’hui l’incompréhension de nombreux retraités.

    Pourquoi certains retraités n’ont-ils constaté aucune augmentation ?

    Parmi les réactions suscitées par les premières revalorisations figure une question qui revient avec insistance : comment expliquer que certains retraités continuent de percevoir exactement le même montant qu’avant les augmentations annoncées ?

    Pour Badr Smaoui, cette situation concerne principalement les bénéficiaires des plus faibles pensions, mais elle ne signifie nullement qu’ils ont été exclus des mesures décidées par les pouvoirs publics. « Les lois qui organisent les retraites n’excluent personne », affirme-t-il d’emblée.

    Il rappelle que les textes régissant les pensions servies par la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) prévoient bien une revalorisation à chaque augmentation du salaire minimum garanti. Le principe est donc respecté.

    L’explication se trouve ailleurs. Comme l’expert l’avait déjà détaillé lors d’une précédente intervention consacrée aux augmentations de pensions, une partie des retraités perçoit un complément financé directement par l’État afin de porter leur pension au minimum garanti.

    Autrement dit, lorsque la pension calculée sur la base des cotisations personnelles augmente de 5%, la participation de l’État diminue dans les mêmes proportions. Le résultat peut sembler paradoxal : juridiquement, la pension est bien revalorisée, mais le montant effectivement versé au retraité reste inchangé. C’est précisément ce mécanisme qui explique pourquoi de nombreux bénéficiaires de petites pensions ont eu le sentiment d’avoir été privés des augmentations.

    Pour Badr Smaoui, il est donc essentiel de distinguer la pension contributive, calculée à partir des cotisations versées durant la carrière professionnelle, du complément de solidarité pris en charge par l’État. Cette distinction est d’autant plus importante que le dispositif est appelé à évoluer.

    Il rappelle qu’un arrêté conjoint publié cette année prévoit une nouvelle augmentation de l’aide accordée aux familles pauvres. Les petites pensions bénéficiant de ce mécanisme de complément devraient ainsi être progressivement relevées de 260 à 280 dinars, avec effet rétroactif, une fois les modalités de paiement finalisées.

    L’expert reconnaît toutefois que cette situation nourrit un sentiment d’incompréhension parfaitement légitime. Lorsqu’un retraité entend parler d’une hausse de 5% mais continue à percevoir exactement le même montant à la fin du mois, il lui est difficile de comprendre que l’augmentation existe bel et bien sur le plan juridique mais qu’elle est neutralisée par la diminution du complément financé par l’État.

    Pour Badr Smaoui, cette mécanique illustre surtout la complexité croissante d’un système devenu difficilement lisible pour ses bénéficiaires.

    Des mécanismes différents selon les régimes

    Au-delà du cas particulier des plus faibles pensions, l’expert insiste sur un autre élément souvent méconnu : il n’existe pas un seul régime de retraite, mais plusieurs dispositifs obéissant à des règles distinctes. Cette diversité explique que les augmentations ne produisent pas partout les mêmes effets ni selon le même calendrier.

    Les régimes de la CNSS et ceux de la Caisse nationale de retraite et de prévoyance sociale (CNRPS) ne reposent pas sur les mêmes mécanismes de calcul. De même, les règles applicables aux salariés, aux indépendants ou encore aux différents régimes spécifiques diffèrent sensiblement.

    Cette pluralité entretient parfois la confusion chez les retraités, qui comparent naturellement leur situation à celle de proches relevant d’un autre régime sans toujours connaître les dispositions particulières qui leur sont applicables.

    L’expert évoque également les interrogations de nombreuses personnes ayant cotisé successivement à plusieurs régimes au cours de leur carrière. Sur ce point, il se veut rassurant.

    Depuis la réforme entrée en vigueur en 2003, les périodes cotisées auprès de différents régimes peuvent être regroupées afin de permettre le calcul de la pension. « Rien ne se perd », résume-t-il, estimant que la coordination entre les différents régimes constitue au contraire l’une des avancées importantes de la législation tunisienne. Cette évolution n’efface toutefois pas toutes les difficultés.

    Selon lui, certaines règles applicables notamment à la CNRPS mériteraient d’être revues afin de mieux prendre en compte les années effectivement travaillées et de garantir une meilleure proportionnalité entre les cotisations versées et les pensions servies.

    Des catégories qui demeurent durablement pénalisées

    Au-delà des interrogations suscitées par les augmentations de 2026, Badr Smaoui attire l’attention sur plusieurs catégories de retraités qui, selon lui, restent confrontées à des difficultés beaucoup plus anciennes. Pour ces assurés, les problèmes ne tiennent pas uniquement aux dernières revalorisations, mais à des dispositifs réglementaires incomplets, à des textes jamais appliqués ou à des mécanismes devenus inadaptés.

    L’expert cite d’abord le cas des Tunisiens résidant à l’étranger affiliés au régime volontaire de sécurité sociale, instauré en 1989 afin de permettre aux expatriés exerçant dans des pays non couverts par des conventions bilatérales avec la Tunisie de continuer à cotiser pour leur retraite.

    Le texte fondateur prévoit bien le principe d’une révision des pensions, mais renvoie son application à un décret d’exécution qui, selon Badr Smaoui, n’a jamais été publié. « Le principe existe, mais le texte d’application n’a jamais été pris », résume-t-il.

    Résultat : les bénéficiaires de ce régime n’ont jamais réellement profité d’un mécanisme automatique de revalorisation de leurs pensions, malgré les nombreuses augmentations intervenues depuis près de quatre décennies.

    Autre catégorie concernée : les anciens présidents-directeurs généraux des entreprises publiques, des établissements publics et des sociétés dont l’État détient la majorité du capital.

    Leurs pensions évoluent en fonction des rémunérations des dirigeants encore en activité. Or, selon l’expert, ces traitements n’ont plus été révisés depuis 2015.

    Les conséquences sont mécaniques. « Les retraités de cette catégorie n’ont bénéficié d’aucune augmentation depuis plus de dix ans », souligne-t-il, estimant que cette situation ne se justifie plus au regard de l’évolution du coût de la vie.

    Badr Smaoui évoque également le régime complémentaire de retraite de la CNSS, destiné aux salariés dont les rémunérations dépassent le plafond couvert par le régime de base. Reposant sur un système de points, ce dispositif suppose une actualisation régulière de la valeur du point afin de préserver le pouvoir d’achat des pensions.

    Selon lui, cette valeur n’aurait toutefois plus été révisée depuis 2019. Pour les affiliés ayant cotisé durant de longues années à ce régime complémentaire, cette stagnation se traduit progressivement par une perte de valeur réelle des prestations servies, malgré les cotisations supplémentaires versées pendant leur carrière.

    À travers ces exemples, Badr Smaoui met en évidence une même réalité : au-delà des augmentations de 2026, certaines catégories restent durablement pénalisées par des règles qui n’ont pas évolué au même rythme que les réalités économiques.

    Des pensions qui reflètent toute une carrière

    Pour l’expert, les difficultés rencontrées aujourd’hui par de nombreux retraités ne trouvent pas uniquement leur origine dans les mécanismes actuels de revalorisation.

    Une pension constitue avant tout le reflet de toute une vie professionnelle. « La pension est le résultat des cotisations », rappelle-t-il. Autrement dit, lorsqu’un salarié a perçu des rémunérations modestes durant sa carrière, sa retraite sera logiquement faible.

    Mais cette explication est loin d’être suffisante. Selon Badr Smaoui, une part importante du problème résulte également de dysfonctionnements qui continuent de fragiliser le financement de la sécurité sociale.

    Il cite notamment les situations où les employeurs ne déclarent qu’une partie des salaires réellement versés, celles où certaines périodes de travail échappent totalement aux déclarations sociales ou encore le développement du travail informel. Ces pratiques réduisent les cotisations encaissées pendant la vie active et finissent, plusieurs années plus tard, par produire des pensions insuffisantes.

    L’expert insiste d’ailleurs sur la nécessité de renforcer la lutte contre ce qu’il qualifie de fraude sociale, estimant qu’il s’agit d’un levier essentiel pour améliorer durablement le niveau des futures pensions.

    À ses yeux, les paramètres mêmes de calcul des retraites méritent également d’être revus. Certaines règles, héritées de textes adoptés il y a plusieurs décennies, ne correspondent plus aux réalités du marché du travail ni à l’évolution des carrières professionnelles.

    Vers une approche plus équitable des revalorisations

    Pour Badr Smaoui, ces constats conduisent inévitablement à s’interroger sur la manière dont les pensions sont revalorisées. L’expert ne remet pas en cause le principe des augmentations générales, mais il estime qu’elles ne suffisent pas à corriger les écarts existants.

    Appliquer le même taux à toutes les pensions revient, selon lui, à maintenir des inégalités parfois très importantes entre les retraités. Il plaide ainsi pour une réflexion sur des mécanismes davantage orientés vers la justice sociale, permettant d’accorder des revalorisations plus importantes aux pensions les plus modestes.

    Une telle évolution devrait toutefois s’inscrire dans une réforme plus large du système de retraite. Selon lui, améliorer durablement les pensions suppose d’agir simultanément sur plusieurs leviers : revaloriser les salaires, lutter contre le travail informel, améliorer le recouvrement des cotisations et moderniser les règles de calcul des pensions.

    Mais, pour lui, les retraites ne constituent que la première manifestation visible des déséquilibres de la protection sociale. Car derrière les difficultés rencontrées par les pensionnés se cache une mécanique financière beaucoup plus vaste, qui affecte également l’assurance maladie, les établissements de santé et, in fine, l’accès même aux médicaments.

    Des retraites aux médicaments : une même chaîne de déséquilibres

    Pour Badr Smaoui, s’arrêter aux seules pensions de retraite reviendrait à ne voir qu’une partie du problème. Les difficultés rencontrées aujourd’hui par les retraités sont, selon lui, le symptôme d’un déséquilibre beaucoup plus vaste qui touche l’ensemble du système de protection sociale. « Les dossiers de la retraite et de l’assurance maladie sont liés », résume-t-il.

    L’expert estime ainsi qu’il est impossible d’analyser séparément les difficultés de la CNSS, de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam), de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT), des professionnels de santé ou encore les pénuries de médicaments. Tous ces acteurs appartiennent à une même chaîne financière, où les difficultés de l’un finissent inévitablement par se répercuter sur les autres.

    Une chaîne financière où chaque acteur dépend du précédent

    Pour illustrer son raisonnement, Badr Smaoui invite à remonter progressivement le circuit de financement de la protection sociale.

    Au bout de la chaîne se trouve le patient, qui constate une rupture de stock dans une pharmacie ou des difficultés d’accès à certains traitements. En amont, la Pharmacie centrale doit disposer des ressources nécessaires pour régler ses fournisseurs nationaux et étrangers afin d’assurer l’approvisionnement du pays en médicaments. Mais cette capacité financière dépend elle-même des paiements qu’elle reçoit des établissements de santé publics et de la Cnam.

    La Cnam, de son côté, ne peut honorer ses engagements envers les professionnels de santé que si elle perçoit effectivement les cotisations qui lui sont destinées. Or, explique l’expert, ces ressources transitent principalement par les caisses sociales. C’est précisément à ce niveau que les difficultés apparaissent.

    Selon Badr Smaoui, la CNSS supporte aujourd’hui une charge financière de plus en plus lourde, principalement sous l’effet de l’augmentation continue des dépenses consacrées aux pensions de retraite.

    Une part très importante de ses recettes est absorbée par le paiement des prestations, limitant sa capacité à transférer dans les délais les cotisations destinées à l’assurance maladie. L’expert insiste toutefois sur un point : il ne s’agit pas, selon lui, d’un refus de transfert, mais de la conséquence directe d’un déséquilibre financier devenu structurel. « On suit la chaîne… et on revient toujours au point de départ », explique-t-il.

    Autrement dit, les difficultés d’approvisionnement en médicaments trouvent souvent leur origine bien avant la Pharmacie centrale, dans les tensions qui affectent le financement même de la sécurité sociale.

    Quand les difficultés des caisses sociales se répercutent sur l’ensemble du secteur de la santé

    Pour Badr Smaoui, cette mécanique explique également les tensions récurrentes observées entre la Cnam et les différents prestataires de soins.

    Lorsque les ressources arrivent avec retard ou demeurent insuffisantes, la Cnam accumule à son tour des retards de remboursement. Les pharmaciens sont les premiers à en subir les conséquences, mais ils sont loin d’être les seuls. L’expert cite également les biologistes, les médecins libéraux, les spécialistes de la rééducation fonctionnelle ainsi que d’autres professions conventionnées avec la Cnam, qui alertent régulièrement sur l’accumulation des créances impayées.

    À ses yeux, ces revendications ne traduisent pas une succession de conflits indépendants. Elles révèlent au contraire un même déséquilibre financier qui se déplace progressivement d’un acteur à l’autre.

    Cette lecture conduit également Badr Smaoui à relativiser les explications qui attribuent les pénuries de médicaments aux seules difficultés d’importation ou aux tensions sur les marchés internationaux.

    Selon lui, la disponibilité des traitements dépend aussi de la capacité de la Pharmacie centrale à financer ses achats et à maintenir la confiance de ses fournisseurs.

    Autrement dit, renforcer durablement l’approvisionnement ne passe pas uniquement par une meilleure gestion des stocks, mais également par le rétablissement des équilibres financiers de l’ensemble du système.

    Les cliniques de la CNSS : un modèle à préserver

    L’expert consacre également une partie importante de son intervention aux cliniques relevant de la CNSS, dont l’avenir fait régulièrement l’objet de débats. Il rappelle que ces structures ont été créées dans les années 1970 afin d’offrir aux assurés sociaux une prise en charge de proximité, tout en désengorgeant les hôpitaux publics et en limitant le recours aux établissements privés.

    Pendant de nombreuses années, explique-t-il, ces cliniques ont constitué un modèle intermédiaire permettant d’assurer des consultations spécialisées, une prise en charge rapide et des coûts maîtrisés. Leur rôle demeure, selon lui, particulièrement important dans les régions de l’intérieur, où elles contribuent encore à améliorer l’accès aux soins et à réduire les inégalités territoriales.

    Badr Smaoui reconnaît toutefois que ces établissements connaissent aujourd’hui de nombreuses difficultés : départs à la retraite non remplacés, diminution du nombre de médecins spécialistes, équipements parfois insuffisants et perte d’attractivité face au secteur privé.

    Ces constats ne doivent pourtant pas conduire, selon lui, à remettre en cause leur existence. « Il ne faut pas perdre la spécificité de ces structures », insiste-t-il.

    Pour lui, leur intégration dans une réforme globale de la protection sociale apparaît plus pertinente qu’un simple transfert vers une autre administration ou une remise en cause de leur modèle.

    Réformer le système sans déplacer les problèmes

    Pour Badr Smaoui, les difficultés actuelles ne pourront pas être résolues par une succession de mesures ponctuelles ou par le simple transfert de compétences d’un organisme à un autre. Il estime au contraire que toute réforme doit préserver la cohérence du système de protection sociale et tenir compte de l’interdépendance de ses différents acteurs. C’est dans cet esprit qu’il met en garde contre les propositions visant à rattacher les cliniques de la CNSS au ministère de la Santé ou à la Cnam.

    Selon lui, ces établissements répondent à une logique propre qui a longtemps démontré son efficacité et qui conserve toute sa pertinence.

    L’expert rappelle également un principe fondamental de l’assurance maladie : la séparation entre le financeur et le prestataire de soins. À ses yeux, confier à un même organisme le financement et la prestation des soins risquerait de brouiller les responsabilités, d’affaiblir les mécanismes de contrôle et de créer de nouveaux déséquilibres. La priorité consiste donc moins à modifier l’architecture institutionnelle qu’à redonner aux structures existantes les moyens d’assurer pleinement leurs missions.

    Redonner des marges de manœuvre à la Pharmacie centrale

    Interrogé sur les mesures à prendre en priorité, Badr Smaoui ne laisse guère de place à l’hésitation.

    Pour lui, la première urgence consiste à permettre à la Pharmacie centrale de retrouver une capacité normale d’approvisionnement. « Il faut lui donner les moyens d’acheter les médicaments », affirme-t-il.

    L’objectif est double : rétablir la confiance avec les fournisseurs et sécuriser l’approvisionnement du marché tunisien, notamment pour les médicaments destinés aux maladies chroniques et aux pathologies lourdes.Mais cette réponse demeure, selon lui, insuffisante si elle ne s’accompagne pas d’un rééquilibrage durable des finances des caisses sociales.

    L’expert plaide ainsi pour une approche globale, fondée sur une amélioration du recouvrement des cotisations, une lutte renforcée contre le travail informel et la sous-déclaration des salaires, ainsi qu’une modernisation des règles qui encadrent aussi bien les retraites que l’assurance maladie.

    Au-delà de la réponse à l’urgence, Badr Smaoui estime qu’il s’agit de restaurer progressivement les capacités financières d’un système confronté depuis plusieurs années à une dégradation de ses équilibres

    Une même réforme pour répondre à plusieurs crises

    Au terme de son intervention, Badr Smaoui revient à l’idée qui traverse l’ensemble de son analyse.

    Les difficultés rencontrées aujourd’hui par les retraités, les tensions qui affectent la CNSS et la Cnam, les créances accumulées envers les professionnels de santé ou encore les pénuries de médicaments ne constituent pas, selon lui, une succession de crises indépendantes. Elles procèdent d’un même déséquilibre structurel qui se répercute progressivement sur l’ensemble de la protection sociale.

    Les augmentations de pensions de 2026 ont ainsi remis en lumière la complexité d’un système où coexistent des régimes différents, des mécanismes parfois mal compris et des règles devenues, pour certaines, inadaptées aux réalités économiques et sociales.

    Pour Badr Smaoui, la réponse ne peut donc se limiter à une nouvelle revalorisation des pensions ou à une intervention ponctuelle pour résorber les pénuries de médicaments. Elle passe par une réforme d’ensemble de la protection sociale, capable de concilier équilibre financier, justice sociale et accès effectif aux soins.

    Une ambition qui suppose, selon lui, de ne plus traiter séparément les dossiers des retraites, de l’assurance maladie et de la santé publique, mais de les envisager comme les composantes d’un même système dont la solidité dépend de l’équilibre de chacun de ses maillons.

    Une réforme devenue incontournable

    Pour Badr Smaoui, une telle réforme ne pourra produire ses effets qu’à condition d’agir simultanément sur plusieurs leviers. Il plaide notamment pour une modernisation des règles de calcul des pensions, un renforcement du recouvrement des cotisations sociales, une lutte plus efficace contre le travail informel et la sous-déclaration des salaires, ainsi que pour la préservation des structures qui ont démontré leur utilité, tout en redonnant aux caisses sociales et à la Pharmacie centrale les moyens d’assurer pleinement leurs missions.

    Au-delà des aspects techniques, l’expert défend une approche fondée sur la justice sociale. Un système de protection sociale, estime-t-il, ne peut remplir pleinement son rôle que s’il garantit à la fois la pérennité de son financement, une meilleure équité entre les différentes catégories de retraités et un accès effectif aux soins pour l’ensemble des assurés.

    « Les dossiers de la retraite et de l’assurance maladie sont liés », rappelle-t-il. Une conviction qui résume l’ensemble de son intervention : il est désormais illusoire de vouloir traiter séparément les retraites, les caisses sociales, l’assurance maladie ou les pénuries de médicaments.

    Faute d’une réforme globale, les difficultés observées aujourd’hui risquent, selon lui, de continuer à se déplacer d’un maillon à l’autre, sans jamais être véritablement résolues.

    I.N.

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