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Le Plan 2026-2030 promet beaucoup… les économistes demandent des preuves

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Service IA, Business News

Par Imen Nouira

    En cours d’examen à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), le Plan de développement 2026-2030 se veut la feuille de route économique et sociale de la Tunisie pour les cinq prochaines années. Si les économistes saluent la qualité du diagnostic et l’effort de planification réalisé, ils s’interrogent aussi sur la solidité de plusieurs choix structurants, de la crédibilité des hypothèses de croissance aux conditions de financement, en passant par le rôle du secteur privé et la capacité de l’État à concrétiser les ambitions affichées.

    Le Plan de développement 2026-2030 est appelé à fixer les grandes orientations économiques et sociales de la Tunisie pour les cinq prochaines années. Élaboré selon une approche ascendante associant les échelons local, régional et national, il poursuit plusieurs objectifs majeurs, dont une croissance moyenne de 4,2%, une réduction du chômage sous le seuil des 15%, une relance de l’investissement et une réduction des disparités régionales.

    Présenté par le gouvernement comme une rupture avec les approches précédentes, le document est actuellement examiné par le Parlement. Au-delà du débat institutionnel, il nourrit déjà une réflexion plus large dans les milieux économiques. Au fil des auditions parlementaires et des premières réactions suscitées par le document, plusieurs économistes se sont livrés à un exercice de lecture critique. Si leurs sensibilités diffèrent, leurs analyses convergent sur plusieurs constats : le plan constitue une base de travail sérieuse, mais plusieurs de ses fondements mériteraient d’être consolidés afin d’en renforcer la crédibilité et les chances de réussite.

    Un document ambitieux, mais des hypothèses qui interrogent

    Avant d’en relever les limites, les économistes reconnaissent presque unanimement la qualité du travail réalisé. L’économiste, docteur en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’Université de Carthage, Aram Belhadj, salue la transparence du diagnostic, la richesse des données présentées, la méthodologie retenue ainsi que la mise en place d’un mécanisme institutionnel de suivi et d’évaluation. L’économiste et professeur à l’Université de Tunis, Moez Soussi, souligne, pour sa part, l’importance du travail accompli et la richesse du contenu, tandis que le professeur universitaire en économie, Ridha Chkoundali, estime que le document dresse un diagnostic approfondi des principaux défis économiques auxquels le pays est confronté.

    Les trois économistes relèvent également une évolution dans la manière de concevoir la planification publique. Moez Soussi rappelle que la Tunisie dispose d’une longue tradition en la matière, mais considère que la principale nouveauté réside dans la nouvelle architecture institutionnelle, qui fait remonter les besoins du niveau local vers les échelons régional puis national. Cette approche constitue, selon lui, une évolution notable dans l’élaboration des politiques publiques.

    Tous considèrent ainsi que le document marque un progrès par rapport aux précédents exercices de planification, tant par la qualité du diagnostic que par la volonté d’inscrire le développement dans une vision de moyen terme. Cette appréciation positive constitue d’ailleurs le point de départ de leurs analyses, avant qu’ils n’examinent plus en détail la solidité des hypothèses retenues et les conditions de réussite du plan.

    Ce consensus s’estompe toutefois lorsqu’il s’agit d’apprécier la crédibilité des hypothèses retenues pour atteindre les objectifs affichés.

    Premier sujet de réserve : la croissance. Aram Belhadj estime que la trajectoire proposée n’est pas suffisamment démontrée. Selon lui, le document ne détaille pas la contribution attendue des principaux moteurs de la croissance, qu’il s’agisse de l’investissement, du travail ou des gains de productivité, pourtant indispensables pour justifier les performances attendues.

    Ridha Chkoundali partage cette interrogation, mais pour une autre raison. Il considère que plusieurs hypothèses macroéconomiques reposent sur des projections devenues en partie obsolètes, car établies avant les dernières tensions géopolitiques au Moyen-Orient et avant les révisions des perspectives économiques mondiales publiées par le Fonds monétaire international en avril 2026. Les prévisions de croissance, tant pour 2026 que pour l’ensemble de la période couverte par le plan, lui paraissent ainsi particulièrement ambitieuses.

    Moez Soussi formule une réserve similaire. Sans remettre en cause les orientations retenues, il estime que l’objectif d’une croissance moyenne de 4,2% constitue un défi majeur au regard des performances enregistrées ces dernières années. À ses yeux, une telle trajectoire ne pourra être atteinte qu’à condition d’accélérer fortement l’investissement, en particulier privé.

    Ces interrogations se prolongent au niveau sectoriel. Ridha Chkoundali juge particulièrement ambitieux les rythmes de progression annoncés pour l’agriculture, l’industrie, les matériaux de construction ou encore le secteur minier. L’objectif de porter la production de phosphate à plus de onze millions de tonnes à l’horizon 2030 lui paraît notamment supposer des transformations profondes de l’économie, sans que le plan n’en expose clairement les conditions de réalisation.

    Moez Soussi s’interroge également sur la répartition des investissements entre les différents secteurs. Il considère que l’agriculture, au regard de son poids dans la croissance, l’emploi et la sécurité alimentaire, aurait mérité une place plus importante parmi les priorités retenues.

    Au-delà des chiffres, Ridha Chkoundali relève une faiblesse plus structurelle : l’absence de hiérarchisation claire des priorités. Dette, emploi, sécurité alimentaire, transition numérique ou encore développement territorial apparaissent traités avec une importance comparable, sans que le document identifie clairement les principaux moteurs de la croissance. Pour l’économiste, un plan de développement doit distinguer les facteurs qui créent la richesse des résultats qu’il ambitionne d’obtenir.

    Ainsi, si les économistes saluent la qualité du diagnostic et l’ambition du document, ils estiment que plusieurs hypothèses macroéconomiques gagneraient à être davantage étayées afin de conforter la crédibilité de l’ensemble de la trajectoire proposée.

    Financement, secteur privé et réformes structurelles : les principales réserves

    Au-delà des hypothèses de croissance, c’est la question du financement qui concentre l’essentiel des réserves formulées par les économistes. Tous s’accordent sur un point : les ambitions affichées par le Plan de développement 2026-2030 devront s’appuyer sur un cadre financier plus lisible et sur une stratégie plus clairement définie pour mobiliser les ressources nécessaires.

    Aram Belhadj regrette ainsi l’absence d’un tableau de financement consolidé couvrant l’ensemble de la période 2026-2030. Selon lui, un tel document permettrait de vérifier la cohérence entre les investissements programmés, les besoins de financement, l’évolution du déficit budgétaire et la trajectoire d’endettement. Ridha Chkoundali formule une critique comparable. Il estime qu’un plan de développement doit préciser les ressources propres mobilisables, les emprunts intérieurs et extérieurs ainsi que les modalités de financement des investissements. En l’absence de ces éléments, il juge difficile d’apprécier la soutenabilité du projet.

    Aram Belhadj relève également plusieurs lacunes techniques qui, selon lui, affaiblissent le cadre macroéconomique présenté. Le document ne précise pas les hypothèses retenues en matière de taux de change, alors que l’évolution du dinar influence directement plusieurs équilibres économiques. Il regrette également que la dette soit présentée de manière globale, sans distinguer la dette intérieure de la dette extérieure, ni la dette directement contractée par l’État de celle bénéficiant de sa garantie. Ces précisions lui paraissent indispensables pour évaluer les risques de refinancement et l’exposition aux fluctuations des marchés.

    Les interrogations ne portent toutefois pas uniquement sur les modalités de financement. Elles concernent également le modèle de développement retenu.

    Moez Soussi observe que près de 61% des investissements programmés reposeraient sur le secteur public, tandis que les partenariats public-privé ne représenteraient qu’une part relativement limitée des financements. Sans remettre en cause le rôle de l’État, il considère que la création de richesse devrait davantage s’appuyer sur le secteur privé et que les mécanismes de partenariat gagneraient à être renforcés.

    Ridha Chkoundali partage cette analyse. Selon lui, le document met principalement l’accent sur l’action de l’État et des collectivités publiques, tout en accordant une place plus discrète aux entreprises privées, aux exportateurs, à l’innovation et aux facteurs de compétitivité. Or, rappelle-t-il, l’expérience internationale montre que le développement durable repose largement sur la capacité du secteur privé à investir, à innover et à créer de la valeur.

    Les deux économistes divergent néanmoins sur le fond de leur démonstration. Là où Moez Soussi insiste surtout sur le renforcement du rôle du secteur privé, Ridha Chkoundali estime que le plan privilégie davantage la redistribution des richesses que les conditions permettant de les créer. Réduire le chômage, renforcer la protection sociale, améliorer les revenus et diminuer la pauvreté sont, selon lui, des objectifs légitimes, mais leur réalisation suppose au préalable des gains de productivité, une amélioration de la compétitivité et une accélération de l’investissement.

    Les critiques s’étendent également à plusieurs réformes structurelles jugées insuffisamment développées. Ridha Chkoundali regrette que le document traite peu de la restructuration des entreprises publiques, de l’intégration progressive de l’économie informelle, de la faiblesse de l’épargne nationale ou encore de la fuite des compétences. À ses yeux, ces questions conditionnent pourtant la capacité de la Tunisie à financer durablement son développement et à améliorer sa compétitivité.

    Sur un autre registre, Aram Belhadj s’interroge sur la cohérence entre l’objectif affiché de renforcer la souveraineté économique et certains indicateurs retenus dans le plan. Il estime que les objectifs relatifs au déficit courant ou à l’endettement demeurent difficilement conciliables avec cette ambition s’ils ne sont pas accompagnés d’une trajectoire quantitative plus explicite permettant de mesurer les progrès attendus.

    Ainsi, derrière les divergences d’approche, les trois économistes convergent sur une même idée : la réussite du Plan de développement 2026-2030 dépendra autant de la mobilisation des financements que de la capacité du pays à engager les réformes structurelles nécessaires, à renforcer le rôle du secteur privé et à assurer la cohérence de son modèle de développement.

    Le véritable défi : transformer les ambitions en résultats

    Au fil de leurs analyses, un dernier point de convergence se dégage : au-delà des hypothèses économiques et des choix de financement, la réussite du Plan de développement 2026-2030 dépendra avant tout de sa capacité à être effectivement mis en œuvre. Les économistes estiment que le document gagnerait à préciser davantage les modalités de son exécution afin de transformer les ambitions affichées en résultats mesurables.

    Plusieurs d’entre eux s’interrogent ainsi sur la gouvernance du plan. Aram Belhadj relève que le nombre particulièrement élevé de projets retenus fait peser un risque de dispersion des ressources et des capacités administratives. Faute de hiérarchisation suffisamment claire et de calendrier précis des priorités, le document pourrait, selon lui, diluer les efforts plutôt que concentrer les moyens sur les projets les plus structurants. Ridha Chkoundali partage cette préoccupation, estimant que plusieurs objectifs paraissent difficilement compatibles avec les capacités d’exécution démontrées par l’administration ces dernières années.

    Autre réserve commune : l’absence de scénarios alternatifs. Alors même que le plan reconnaît un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les aléas climatiques et les incertitudes économiques, il ne retient qu’une seule trajectoire macroéconomique. Pour Aram Belhadj comme pour Ridha Chkoundali, un document de cette nature devrait intégrer plusieurs scénarios afin d’évaluer les conséquences d’éventuels chocs extérieurs sur les principaux équilibres économiques.

    Les deux économistes plaident également pour un renforcement des outils de pilotage et d’évaluation. Ridha Chkoundali recommande d’associer les principaux objectifs à des indicateurs de résultats clairement définis — création d’emplois, productivité, attractivité des investissements ou compétitivité — ainsi qu’à de véritables mécanismes de reddition des comptes permettant de mesurer l’écart entre les engagements et leur réalisation. Aram Belhadj formule, pour sa part, plusieurs propositions destinées à renforcer la robustesse du document, notamment en complétant le cadre macroéconomique et financier et en précisant davantage les hypothèses retenues.

    Aram Belhadj attire enfin l’attention sur plusieurs aspects institutionnels. Il estime que le plan gagnerait à être davantage articulé avec les grands référentiels internationaux de développement, notamment les Objectifs de développement durable des Nations unies et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Selon lui, cet ancrage renforcerait sa lisibilité auprès des partenaires internationaux, des bailleurs de fonds et des investisseurs. Il considère également que certaines formulations du préambule relèvent davantage du registre politique que d’un document de planification économique et qu’une rédaction plus neutre renforcerait sa crédibilité auprès des agences de notation et des partenaires financiers.

    Un débat qui dépasse le cercle des économistes

    Les analyses des économistes n’ont pas été les seules à alimenter le débat autour du Plan de développement 2026-2030. Au Parlement comme au sein de certaines organisations nationales, plusieurs voix ont également appelé à clarifier ou à compléter le document. Si les critiques ne portent pas toujours sur les mêmes aspects, elles traduisent un même souci : voir le plan reposer sur des bases suffisamment solides pour atteindre les objectifs affichés.

    À l’Assemblée des représentants du peuple, le président de la Commission des finances et du budget, Issam Chouchen, a notamment insisté sur le décalage qui peut exister entre les ambitions affichées, les contraintes budgétaires et les capacités réelles d’exécution, rappelant les faibles taux de réalisation des précédents plans de développement. Plus critique, Bilel El Mechri a reproché au document son manque de programmation détaillée et estimé qu’il ne traduisait pas suffisamment les besoins exprimés par les territoires lors des consultations locales.

    De son côté, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a regretté l’absence d’une véritable vision consacrée au secteur des médias. L’organisation estime que la presse ne constitue pas seulement un outil de transparence et de bonne gouvernance, mais aussi un secteur économique créateur de valeur, appelé à accompagner la transformation numérique et le développement du pays. Cette prise de position illustre, elle aussi, le fait que le débat autour du Plan de développement 2026-2030 dépasse désormais le seul cercle des économistes et s’étend aux différents acteurs concernés par les orientations retenues.

    Si leurs sensibilités diffèrent, les économistes convergent finalement sur un point essentiel : le Plan de développement 2026-2030 constitue une base de travail sérieuse et affiche des ambitions à la hauteur des défis auxquels la Tunisie est confrontée. Mais un plan ne se juge pas uniquement à la qualité de son diagnostic ni à l’ampleur de ses objectifs. Sa crédibilité reposera avant tout sur la solidité de ses hypothèses, la mobilisation des financements, la capacité à engager les réformes structurelles attendues et, surtout, sur l’aptitude de l’État à transformer cette feuille de route en résultats concrets au cours des cinq prochaines années.

    Imen NOUIRA

    Le Plan de développement 2026-2030 est composé de trois parties :

    Cliquer pour consulter la Partie 1

    Cliquer pour consulter la Partie 2

    Cliquer pour consulter la Partie 3

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    11 commentaires

    1. jamel.tazarki

      Répondre
      7 juillet 2026 | 19h06

      La Tunisie risque de rester dans une gestion de crise permanente plutôt que de s’engager dans un véritable développement. Pourquoi? Vous trouverez la réponse dans mon commentaire sur le lien suivant :

      https://businessnews.com.tn/2026/04/10/unification-de-la-cnss-et-de-la-cnrps-pilier-strategique-ou-enieme-voeu-pieux-pour-2030/1395963/

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

    2. le financier

      Répondre
      7 juillet 2026 | 10h11

      Quand un mathématicien se prend pour un financier ca dit souvent de la merde et prend comme exemple le maroc un pays sur endetté malgres avoir mis son economie sur un modèle thailandais de prostitution et de drogue et je ne parle meme pas de la saisie de leurs terres et avoirs par les juifs sionistes

    3. jamel.tazarki

      Répondre
      7 juillet 2026 | 8h41

      g) Les réserves de change de la Tunisie et ses échéances de dette –> Le recours au financement direct par la BCT et le manque d’investissements productifs ont placé les indicateurs financiers extérieurs de la Tunisie sous une pression constante.
      – L’état des réserves de change : En 2026, les réserves de change de la Tunisie oscillent généralement autour d’un seuil critique situé entre 100 et 115 jours d’importations. Ce matelas financier est principalement alimenté par les transferts des Tunisiens à l’étranger (TRE) et les recettes touristiques, qui agissent comme une bouée de sauvetage. Cependant, ces flux ne suffisent pas à compenser le déficit structurel de la balance commerciale.
      – Le mur de la dette extérieure : La Tunisie fait face à de lourdes échéances de remboursement de sa dette publique extérieure. N’ayant pas accès aux marchés financiers internationaux en raison de sa notation souveraine dégradée (dans la catégorie spéculative « Caa » ou « CCC »), le pays doit puiser directement dans ses réserves de devises pour honorer ses dettes.
      – Le risque d’asphyxie commerciale : Chaque dollar ou euro utilisé pour rembourser les créanciers internationaux est un dollar de moins pour importer des produits de première nécessité (médicaments, blé, carburant, pièces de rechange industrielles). Cela explique les pénuries chroniques constatées sur le marché local.

      h) Les conditions concrètes de l’indépendance de Bank Al-Maghrib (BAM) –> Pour éviter de tomber dans ce piège du point « g », le Maroc a sacralisé l’indépendance de sa banque centrale à travers son statut de 2019. Ce modèle repose sur quatre verrous juridiques et institutionnels stricts:
      – Interdiction absolue du financement direct : La loi interdit formellement à Bank Al-Maghrib d’accorder des concours financiers à l’État, que ce soit sous forme d’avances, de prêts ou de facilités de caisse. L’État ne peut pas demander à la banque centrale de « créer » de l’argent pour boucler son budget.
      – Inamovibilité du Gouverneur (Wali) : Le Wali de Bank Al-Maghrib est nommé par décret royal et dispose d’un mandat de 6 ans renouvelable. Il ne peut pas être limogé par le gouvernement pour des raisons de divergences politiques ou économiques. Cette sécurité lui donne le courage politique de maintenir des taux d’intérêt élevés si l’inflation menace, même si le gouvernement souhaite l’inverse.
      – Autonomie de la politique monétaire : Le Conseil de la banque centrale (composé de membres indépendants et d’experts) fixe le taux directeur de manière totalement autonome. Le ministère des Finances y est représenté par un commissaire du gouvernement, mais ce dernier n’a aucun droit de vote sur les décisions de politique monétaire.
      – Responsabilité devant le Parlement : L’indépendance n’est pas une absence de contrôle. Le Wali de Bank Al-Maghrib présente chaque année son rapport au Roi et est auditionné par les commissions des finances du Parlement pour expliquer et justifier sa stratégie économique.

    4. jamel.tazarki

      Répondre
      7 juillet 2026 | 8h40

      i) Scénarios de sortie de crise pour la Tunisie –> L’économie tunisienne évolue actuellement à deux vitesses. Si les équilibres extérieurs montrent des signes de stabilisation, l’explosion de la masse de billets en circulation (+24 % sur un an) et le poids du refinancement public entretiennent d’importantes failles structurelles. D’ici la fin de l’année, la trajectoire du pays dépendra principalement de la gestion de ses choix budgétaires et monétaires à travers trois grands scénarios
      – i1) Scénario 1 : Le statu quo et l’économie du « cash » (Le plus probable)
      L’État continue de solliciter la Banque centrale de Tunisie (BCT) pour financer directement ses budgets [1399451/]. La liquidité injectée maintient la paix sociale à court terme, mais alimente l’économie informelle et la circulation fiduciaire hors du système bancaire. La croissance reste molle, projetée autour de 2,1 % par la Banque africaine de développement (BAD). Le pays évite le défaut de paiement grâce aux devises du tourisme et des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE), mais l’économie stagne sans investissements productifs.
      —————————
      – i2) Scénario 2 : Le virage réformateur autonome
      Face à l’inefficacité de la politique monétaire actuelle, le gouvernement décide d’opérer un ajustement budgétaire progressif sans pour autant faire appel au FMI. L’État commence à réduire les subventions universelles au profit d’aides mieux ciblées et rationalise les budgets des entreprises publiques. Ce choix redonne de la marge de manœuvre pour relancer l’investissement public et desserrer l’étau sur le crédit privé, ouvrant la voie à une reprise plus saine de l’activité industrielle.
      —————————
      – i3) Scénario 3 : L’asphyxie financière et la thérapie de choc subie
      Une baisse imprévue des revenus touristiques ou une hausse brutale des prix des matières premières déstabilise les comptes. Le recours incontrôlé à la planche à billets fait déraper l’inflation au-delà des prévisions. Face au tarissement des réserves pour l’achat de biens vitaux, l’État est contraint d’appliquer une austérité sévère et non planifiée (blocage strict des salaires publics, dévaluation mécanique du dinar), plongeant le pays dans un ajustement macroéconomique douloureux.

      j) L’impact concret sur le pouvoir d’achat quotidien des Tunisiens –> Au quotidien, la situation macroéconomique étouffante de la Tunisie se traduit directement dans le panier de la ménagère :
      – j1) Une inflation alimentaire persistante : Bien que le taux d’inflation global communiqué par l’Institut National de la Statistique (INS) se soit stabilisé autour de 5,5 %, l’inflation des produits alimentaires reste beaucoup plus agressive et atteint 8,2 % en glissement annuel. Les prix de produits de base comme la viande continuent de progresser fortement (+4,2 % sur un seul mois), érodant continuellement le revenu réel des ménages.
      —————————
      – j2) Le développement de la pénurie organisée : Les réserves de change de la Tunisie se maintiennent à un niveau de 105 jours d’importations. Si ce niveau protège les paiements souverains extérieurs, la priorité donnée au remboursement de la dette force le pays à rationner les devises allouées aux importations de denrées essentielles. Les Tunisiens font ainsi face à des ruptures de stock récurrentes sur des produits encadrés comme le sucre, le café ou certains médicaments.
      —————————
      – j3) Le déclassement de la classe moyenne : Avec un taux directeur maintenu haut par la BCT (7 %) pour tenter de freiner la hausse des prix, l’accès aux crédits à la consommation et immobiliers devient prohibitif pour les ménages. Face à des salaires nominaux qui stagnent dans la fonction publique et une inflation réelle sur les services et les biens manufacturés (+4,6 %), une partie importante de la classe moyenne bascule progressivement vers la vulnérabilité économique.
      —————————
      – j4) En résumé, tant que le pays n’aura pas choisi entre une réforme structurelle de son budget et une relance de sa production, les citoyens paieront le prix de ce blocage à travers la cherté de la vie et la détérioration de la qualité des services publics.

    5. jamel.tazarki

      Répondre
      7 juillet 2026 | 8h38

      k) Les secteurs moteurs d’une relance économique en Tunisie –> Si la Tunisie parvenait à rompre avec la dominance budgétaire pour orienter à nouveau le crédit bancaire vers le secteur privé, trois secteurs stratégiques disposeraient d’un fort potentiel de relance immédiat :
      – k1) Les industries manufacturières exportatrices (Automobile et Aéronautique) : La Tunisie possède un tissu industriel mature dans les composants automobiles et aéronautiques (câblage, électronique embarquée). Profitant de la tendance européenne au nearshoring (relocalisation des chaînes de production à proximité de l’Europe), ce secteur peut générer des milliers d’emplois qualifiés et des rentrées massives de devises, à condition que l’accès au crédit soit libéré pour moderniser les usines.
      —————————
      – k2) Le secteur des Technologies de l’Information (IT) et du Numérique : Porté par une jeunesse hautement qualifiée (ingénieurs, développeurs), l’écosystème tech tunisien est un puissant vecteur de croissance à faible intensité de capital physique. En simplifiant la réglementation de change (facilitation des comptes en devises pour les entreprises technologiques), ce secteur pourrait attirer des investissements directs étrangers (IDE) majeurs et freiner la fuite des cerveaux.
      —————————
      – k3) La modernisation agricole et la gestion de l’eau : L’agriculture tunisienne (notamment l’huile d’olive et les dattes, qui soutiennent les exportations) subit de plein fouet le stress hydrique. Une relance par l’investissement privé et public dans le dessalement de l’eau, les énergies renouvelables appliquées au pompage et les techniques d’irrigation intelligentes permettrait de sécuriser la souveraineté alimentaire tout en augmentant la valeur ajoutée des produits exportés.

      L) Le comportement de la balance commerciale tunisienne –> La balance commerciale de la Tunisie reflète parfaitement sa dépendance structurelle vis-à-vis de l’extérieur:
      – l1) L’Union Européenne, le poumon de la Tunisie : La balance commerciale tunisienne est structurellement excédentaire avec ses principaux partenaires européens, au premier rang desquels figurent la France et l’Italie, suivies de l’Allemagne. Cet excédent est porté par les exportations de produits textiles, de composants mécaniques et d’huile d’olive. L’Europe absorbe plus de 70 % des exportations tunisiennes.
      —————————
      – l2) Le gouffre commercial asiatique et énergétique : À l’inverse, la Tunisie enregistre des déficits commerciaux abyssaux avec la Chine (biens de consommation et équipements électroniques) et la Russie (céréales et engrais). À cela s’ajoute un déficit chronique avec l’Algérie en raison de la facture énergétique (importations de gaz naturel).
      —————————
      – l3) L’impasse macroéconomique : Les devises gagnées grâce à l’Europe et au tourisme sont immédiatement englouties pour combler le déficit avec la Chine et payer l’énergie algérienne. Comme le pays produit peu de biens de substitution en interne à cause du manque d’investissement, toute relance de la consommation locale se traduit mécaniquement par une explosion des importations, ce qui fragilise à nouveau le dinar.

    6. jamel.tazarki

      Répondre
      7 juillet 2026 | 8h36

      M) Ce que je reproche aux pays nord-africains:
      – L’Égypte est passée d’environ 27 millions d’habitants en 1960 à plus de 110 millions aujourd’hui. Un taux moyen soutenu a multiplié la population par quatre.
      – Le Maroc est passé de 12 millions à près de 37 millions sur la même période.
      m1) L’absurdité économique des pays nord-africains se nourrit de cette explosion démographique silencieuse. Une croissance démographique même « faible » (par exemple 1,5 %) exige que l’État construise chaque année 1,5 % d’écoles, d’hôpitaux, de routes et de réseaux d’eau supplémentaires juste pour maintenir le niveau de vie existant. Si la productivité économique ne progresse pas plus vite que ce rythme exponentiel, la richesse par habitant s’effondre mécaniquement, transformant la croissance économique globale en une simple stagnation individuelle. Et c’est là où réside le plus grand problème socio-économique des pays nord-africains. La Tunisie est passée de 3,6 Millions en 1957 à plus de 12 Millions en 2011!
      —————————
      m2) Les limites écologiques : le concept de capacité de charge –> En économie écologique, la capacité de charge désigne la population maximale qu’un territoire donné peut faire vivre durablement sans détruire l’écosystème qui la fait vivre.
      m2.1) Le cas critique de l’Égypte et du Nil : L’Égypte illustre parfaitement cette rupture. Le pays dépend à plus de 90 % du Nil pour son approvisionnement en eau douce [1]. Avec une population qui a franchi la barre des 110 millions d’habitants, la part d’eau disponible par habitant est tombée sous le seuil critique de stress hydrique fixé par l’ONU. Le cadre physique (le fleuve) ne s’élargit pas, alors que le nombre de « consommateurs » sur l’échiquier continue de grimper.
      m2.2) Le cas de la Tunisie et la dégradation des sols : En Tunisie, la pression démographique cumulée sur les terres arables et les nappes phréatiques (sur-pompage pour l’agriculture et le tourisme) provoque une avancée inexorable de la désertification et une salinisation des eaux douces. Le capital naturel s’épuise pour répondre aux besoins d’une population qui a quadruplé.
      —————————
      m3) Une course perdue d’avance. –> Pour répondre au défi de l’explosion démographique, les gouvernements misent sur le progrès technologique et l’augmentation de la productivité. C’est l’affrontement entre deux logiques : la croissance linéaire des gains techniques face à la croissance exponentielle de la demande.
      – L’illusion technologique : Des solutions comme le dessalement de l’eau de mer (très développé au Maroc et en expansion en Tunisie) ou les importations de semences à haut rendement permettent de repousser temporairement les limites. On croit alors que la technologie a résolu le problème.
      – Le rattrapage exponentiel : En réalité, la technologie ne fait que faire gagner du temps. Si une usine de dessalement permet de nourrir un million d’habitants de plus, mais que la dynamique démographique ou la consommation par habitant double ce besoin en deux décennies, le bénéfice technique est instantanément absorbé. De plus, ces technologies (comme le dessalement) sont extrêmement énergivores, ce qui alourdit la facture budgétaire de l’État et aggrave la crise financière.
      —————————
      m4) Le retour à la réalité économique : Tant que les gains de productivité réelle d’un pays sont inférieurs au taux moyen composé de sa pression démographique et de ses besoins de consommation, la richesse par habitant diminue. Qu’il s’agisse de la Tunisie qui tente de masquer ses failles par la planche à billets, ou de l’Égypte qui court après sa démographie en construisant des infrastructures géantes, le mécanisme reste le même. La croissance ne peut être durable que si elle repose sur une création de richesse réelle et innovante, et non sur une multiplication artificielle de la monnaie ou de la population.

    7. Salah tataouine

      Répondre
      7 juillet 2026 | 7h55

      Mesdames, Messieurs les économistes, les technocrates, les faiseurs de plans et les faiseurs de chiffres,

      Vous m’avez parlé de croissance à 4,2%. Vous m’avez parlé de planification ascendante, de réformes structurelles, de tableau de financement consolidé. Vous m’avez parlé de tout, sauf de l’essentiel.

      Le printemps arabe nous a mis dedans.

      Entre 2011 et 2019, la Tunisie a été livrée à une bande de révolutionnaires droits-de-l’hommistes qui ne savaient rien faire d’autre que brandir des chartes, défiler avec des pancartes et emprunter à tour de bras pour acheter une paix sociale factice. Pendant huit ans, on a gouverné par la surenchère médiatique et la compromission politicienne. Pendant huit ans, on a vidé les caisses. Pendant huit ans, on a plombé l’avenir.

      Et le pire dans tout ça ? Le Congrès américain nous a fait un standing ovation en 2014 ou 2015. Ils applaudissaient la « transition démocratique ». Ils applaudissaient le « modèle tunisien ». Pendant qu’ils applaudissaient, nos dirigeants de l’époque signaient des chèques en blanc, contractaient des dettes sans contrepartie, et laissaient les caisses de l’État se vider comme une outre percée.

      Où sont-ils aujourd’hui, ces révolutionnaires aux mains propres et aux cœurs purs ?

      Les uns sont en prison, condamnés pour ce qu’ils ont fait ou pour ce qu’ils ont laissé faire.

      Les autres sont chez les Anglais, à Doha ou à Istanbul, loin des conséquences de leurs belles paroles, à regarder de loin le champ de ruines qu’ils ont laissé derrière eux.

      Ceux qui gouvernent depuis 2019, eux, ont hérité de ce champ de ruines.

      Je ne suis pas naïf. Je sais qu’ils ont leurs torts. Je sais que la gestion n’est pas parfaite, que les réformes traînent, que les décisions sont parfois maladroites. Mais je suis juste. La justice historique, ça existe. On ne peut pas demander à un médecin de sauver un patient qu’on a laissé saigner pendant huit ans, et s’étonner qu’il n’y arrive pas du premier coup.

      On a passé la décennie 2010 à brûler les étapes, à consumer les réserves, à dilapider l’héritage de Bourguiba et de Ben Ali (car, qu’on le veuille ou non, ils avaient construit un État, avec ses forces et ses faiblesses). Et maintenant, on vient nous dire : « Pourquoi vous n’arrivez pas à rembourser les 129 milliards ? Pourquoi vous n’atteignez pas les 4,2% de croissance ? »

      Mais comment voulez-vous courir le marathon quand on vous a coupé les jambes ?

      Alors voici ma conclusion, une fois pour toutes :

      La dette n’est pas seulement un problème économique, c’est un problème de responsabilité. Les 129 milliards de dinars remboursés ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été contractés par une classe politique qui a confondu démocratie et dilapidation, liberté et irresponsabilité.

      Le standing ovation du Congrès américain, je m’en torche. Ils applaudissaient la façade, pas les fondations. Ils applaudissaient le spectacle, pas la réalité. La Tunisie n’a pas besoin d’applaudissements, elle a besoin de vérité.

      Les gouvernants actuels méritent des circonstances atténuantes. Ce n’est pas un blanc-seing. Ce n’est pas un laissez-passer pour l’incompétence. C’est un constat : ils ont hérité d’un pays en ruine, et ils essaient de boucher les trous avec les moyens du bord. Maladroitement, imparfaitement, mais ils essaient.

      Le vrai scandale, ce n’est pas le plan de développement 2026-2030. C’est le plan de destruction 2011-2019. C’est cette décennie perdue où l’on a vendu la Tunisie pour des illusions démocratiques et des subventions à crédit.

      Ma proposition : l’audit de la dette.

      Pas un audit technique. Un audit politique et moral.

      Qui a signé ces emprunts ?

      Pour quels projets ? (Ou pour quelles « urgences sociales » ?)

      Qui a bénéficié de ces fonds ?

      Quelles sont les dettes légitimes et les dettes odieuses ?

      Tant qu’on n’aura pas répondu à ces questions, le Plan de développement 2026-2030 ne sera qu’un vernis sur une maison fissurée. On peut repeindre les murs, changer les rideaux, acheter des meubles neufs. Si les fondations sont pourries, la maison s’écroulera.

      Je suis Salah Tataouine. Le sans-bac. Qui préfère la grotte au fauteuil. Mais dans ma grotte, j’ai une lampe. Et avec cette lampe, je vois plus clair que tous ces faiseurs de plans qui ne savent même pas d’où vient l’argent qu’ils dépensent.

      La Tunisie saigne. Mais elle se lèvera. À condition qu’on lui dise enfin la vérité.

      🇹🇳🐪

    8. jamel.tazarki

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      6 juillet 2026 | 20h52

      Je commence par décrire les problèmes socio-économiques en Tunisie, puis je proposerai des solutions.

      a) la mort de l’investissement privé: Lorsque les banques commerciales peuvent prêter à l’État à des taux élevés et sans aucun risque de défaut (puisqu’un État ne fait pas faillite dans sa propre monnaie), elles n’ont plus aucun intérêt à prêter aux entreprises privées ou aux particuliers.
      – Les PME tunisiennes se retrouvent privées de crédits pour investir, se moderniser ou embaucher.
      – Les liquidités ne financent pas la création de richesses futures (usines, technologies, infrastructures), mais de la consommation immédiate (salaires de la fonction publique).

      b) Le piège de la « consommation sans production » (Le miroir argentin): Sous le régime de Juan Domingo Perón (et l’influence d’Eva Perón), l’Argentine a massivement nationalisé, augmenté les salaires publics et distribué des aides pour soutenir la demande populaire. Les similitudes avec le blocage actuel en Tunisie sont frappantes :
      – À court terme : Une sensation de maintien du pouvoir d’achat et une paix sociale artificielle.
      – À long terme : Une déconnexion totale entre la quantité d’argent en circulation (qui explose) et la quantité de biens produits (qui stagne ou baisse).
      – Le résultat : Une inflation structurelle impossible à juguler, une monnaie qui perd toute valeur et une paupérisation à long terme.
      —————————-
      b1) Une capitulation de la vision stratégique: L’absence de réformes de fond (réduction du train de vie de l’État, lutte contre l’économie informelle, amélioration du climat des affaires) transforme effectivement la BCT en une ambulance qui tourne en rond. On injecte des liquidités pour maintenir le patient en vie, mais le traitement administré (la dette) aggrave sa maladie. Ce scénario n’est donc plus seulement absurde, il devient économiquement dangereux car il sacrifie l’avenir économique du pays pour acheter une paix sociale immédiate.

      c) Pour sortir de cette impasse cité en b1) et éviter la trajectoire de l’Argentine, la Tunisie n’a d’autre choix que d’opérer des réformes structurelles profondes. Le défi majeur consiste à briser ce cercle vicieux sans déclencher l’explosion sociale que les dirigeants redoutent tant. Voici les leviers économiques fondamentaux qui permettraient de mettre fin à ce « travail de Sisyphe » :
      —————————-
      c1) La restructuration des dépenses publiques (Le courage budgétaire) –> Tant que l’État utilisera l’emprunt pour payer des frais de fonctionnement, aucune politique monétaire ne fonctionnera.
      – Redéployer les ressources : Réduire progressivement le poids de la masse salariale publique en gelant les recrutements non essentiels, tout en réorientant les budgets vers l’investissement dans les infrastructures (transport, énergie, eau).
      – Cibler les subventions : Remplacer les subventions généralisées sur les produits de base (qui profitent à tout le monde, y compris aux plus riches) par des aides financières directes et ciblées sur les ménages les plus pauvres.
      —————————-
      c2) Libérer le crédit pour le secteur privé (Fin de l’effet d’éviction) –> Pour que l’argent arrêté par la BCT serve à l’investissement plutôt qu’à la consommation publique, il faut couper le cordon ombilical entre les banques et le Trésor.
      – Plafonner l’endettement de l’État auprès des banques locales : Forcer l’État à chercher d’autres sources de financement ou à réduire ses dépenses, ce qui obligera les banques à prêter de nouveau aux PME pour maintenir leur rentabilité.
      – Créer des mécanismes de garantie : Mettre en place des fonds de garantie publics-privés pour inciter les banques à prendre des risques sur les projets industriels et innovants.
      —————————-
      c3) Intégrer le secteur informel (La quête de nouvelles recettes) –> Une part gigantesque de l’économie tunisienne échappe totalement à l’impôt et au système bancaire officiel. L’État s’endette parce qu’il ne parvient pas à collecter l’impôt là où la richesse se crée.
      – Amnistie fiscale et numérisation : Encourager la bancarisation de l’argent liquide informel par des incitations fiscales et généraliser les paiements électroniques.
      – Élargir l’assiette fiscale : Baisser les taux d’imposition globaux mais les appliquer de manière stricte à tous les secteurs, afin de maximiser les recettes de l’État sans étouffer les entreprises honnêtes.
      —————————-

    9. jamel.tazarki

      Répondre
      6 juillet 2026 | 20h50

      c4) Restaurer une crédibilité internationale
      – Le financement intérieur par la « planche à billets » ou l’endettement local est un aveu d’isolement financier. Pour restaurer la confiance, la Tunisie doit renouer le dialogue avec les bailleurs de fonds internationaux (FMI, Banque mondiale) sur la base d’un programme de réformes souverain, crédible et négocié, afin d’obtenir des financements extérieurs à des taux soutenables et d’attirer les investissements directs étrangers.
      – Le véritable obstacle à ces solutions n’est pas technique, il est politique. Appliquer ces réformes demande un capital politique immense et une capacité à négocier un nouveau contrat social avec les partenaires sociaux (notamment les syndicats).

      d) Le blocage en Tunisie n’est pas technique, il est strictement politique –> La paralysie des réformes structurelles en Tunisie repose sur deux piliers politiques majeurs:
      d1) La doctrine de la souveraineté économique absolue : Le pouvoir exécutif rejette catégoriquement les « diktats » des institutions financières internationales (comme le FMI). La vision politique actuelle privilégie le recours aux ressources internes et rejette l’austérité budgétaire (réduction de la masse salariale publique, levée des subventions) par peur de perdre l’adhésion populaire ou de fragiliser la stabilité sociale
      —————————-
      d2) Le choix politique du financement direct : En modifiant les statuts de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) pour permettre à l’État d’emprunter directement auprès d’elle, le pouvoir a choisi de contourner les banques commerciales. Ce choix donne de l’oxygène à court terme pour payer les salaires publics, mais il institutionnalise le cercle vicieux inflationniste au lieu de forcer l’État à réformer son budget.

    10. jamel.tazarki

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      6 juillet 2026 | 20h48

      e) Le Maroc et l’Égypte – Deux modèles de sortie de crise –> Le Maroc et l’Égypte ont tous deux réussi à rompre avec ce type d’impasse macroéconomique en appliquant des méthodes très différentes.
      e1) Le Maroc : La rigueur institutionnelle et l’attractivité privée –> Le Maroc affiche une croissance solide projetée autour de 4,2 % à 4,9 % avec une inflation maîtrisée à moins de 3 %. Sa recette est aux antipodes du cas tunisien :
      – Une banque centrale (Bank Al-Maghrib) ultra-indépendante : Elle refuse catégoriquement de monétiser la dette de l’État. Le Trésor marocain doit se financer exclusivement sur les marchés, ce qui lui impose une discipline budgétaire stricte.
      – Orientation vers l’investissement productif : Le Maroc a progressivement réduit les subventions de consommation (comme le gaz ou le sucre) pour réorienter ses budgets vers les infrastructures géantes (TGV, ports, énergies renouvelables).
      – Conséquence : Pas d’effet d’éviction. Les banques prêtent massivement au secteur privé (automobile, aéronautique), générant de la richesse réelle et des devises.
      —————————-
      e2) L’Égypte : Le traitement de choc et la dévaluation –> L’Égypte, qui traversait une crise de liquidités et d’inflation majeure, a opté pour une thérapie de choc sous l’égide du FMI, affichant un rebond de croissance de plus de 5 %.
      – Flottement de la monnaie et baisse des taux : La Banque Centrale d’Égypte a accepté de laisser flotter la livre égyptienne et, après avoir stabilisé l’économie, a amorcé la baisse de son taux directeur pour relancer la machine de crédit.
      – Le prix politique : Ce choix a été socialement douloureux, entraînant une hausse initiale de la pauvreté. Toutefois, en échange de ces réformes macroéconomiques dures, l’Égypte a débloqué des dizaines de milliards de dollars d’investissements directs étrangers (notamment des Émirats arabes unis) et de prêts internationaux, sortant du piège de l’asphyxie interne.
      —————————-
      e3) Par contre la Tunisie tente de maintenir un modèle d’État social hérité des décennies précédentes, mais sans la base de production économique nécessaire pour le financer. Le pays refuse de payer le coût politique d’un ajustement budgétaire comme l’Égypte, et n’a pas modernisé ses institutions pour attirer le privé comme le Maroc.

    11. jamel.tazarki

      Répondre
      6 juillet 2026 | 20h45

      ) Les risques d’une inflation incontrôlée en Tunisie (La planche à billets)
      f1) En modifiant la législation pour permettre à l’État d’emprunter directement auprès de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le pays s’est exposé au mécanisme classique de la création monétaire artificielle [1399451/]. Lorsque la BCT crée des dinars pour financer les dépenses courantes de l’État, la quantité de monnaie en circulation augmente, mais la quantité de biens disponibles (production, importations) reste stable ou diminue. Ce décalage provoque plusieurs risques majeurs à court et moyen terme :
      – La spirale prix-salaires : L’inflation érode le pouvoir d’achat. Pour compenser, les syndicats réclament des hausses de salaires, que l’État finance à nouveau par la création monétaire. Ce cycle auto-entretenu détruit la valeur de la monnaie.
      – La fuite devant la monnaie : Si les Tunisiens perdent confiance dans le dinar, ils cherchent à s’en débarrasser au plus vite. Cela se traduit par une explosion de l’achat de devises étrangères sur le marché noir, de l’or ou de l’immobilier, asséchant totalement l’épargne productive.
      – L’asphyxie des importations : Un dinar déprécié rend les importations de produits vitaux (médicaments, énergie, blé) hors de prix. Cela aggrave les pénuries et nourrit une inflation dite « importée ».
      —————————-
      f2) Le modèle du marché financier marocain (L’alternative vertueuse)
      Le Maroc a structuré son économie pour éviter précisément ce piège, en imposant une étanchéité stricte entre le pouvoir politique et la création monétaire:
      – Une banque centrale indépendante et moderne : Bank Al-Maghrib a l’interdiction légale de financer directement le déficit budgétaire de l’État. Le gouverneur ne subit pas la dominance budgétaire du gouvernement, ce qui sanctuarise la stabilité des prix.
      – Un Trésor public soumis à la discipline du marché : Pour financer ses projets, l’État marocain doit émettre des obligations sur un marché financier local très dynamique (fonds de pension, compagnies d’assurances, banques). Si l’État gère mal son budget, les investisseurs exigent des taux d’intérêt plus élevés. Cette pression force le gouvernement à la rigueur.
      – Le choix de l’euro-obligations (Eurobonds) : Grâce à sa notation financière solide, le Maroc peut emprunter régulièrement sur les marchés internationaux à des taux compétitifs. Ces entrées de devises renforcent les réserves de change et soutiennent la monnaie nationale.
      – La canalisation de l’épargne vers le privé : N’ayant pas la possibilité de saturer les banques avec de la dette publique à court terme, le système financier marocain oriente l’épargne des citoyens vers la bourse de Casablanca et le financement des entreprises privées, ce qui stimule la croissance réelle.
      —————————-
      f3) La Tunisie utilise la monnaie comme un outil de gestion de crise à court terme pour acheter la paix sociale, au risque de détruire le pouvoir d’achat futur. Le Maroc utilise la monnaie comme une infrastructure de confiance à long terme, indispensable pour attirer les investissements et bâtir une économie productive.

      La suite pour demain :
      g) Les réserves de change de la Tunisie et ses échéances de dette
      h) Les conditions concrètes de l’indépendance de Bank Al-Maghrib (BAM)
      i) Scénarios de sortie de crise pour la Tunisie
      j) La situation macroéconomique étouffante de la Tunisie se traduit directement dans le panier de la ménagère :
      k) Les secteurs moteurs d’une relance économique en Tunisie
      l) Le comportement de la balance commerciale tunisienne
      m) Les limites écologiques : le concept de capacité de charge
      n) Synthèse finale : Le retour à la réalité économique

      J’essayerai demain de discuter les points « g » à « m » ci-dessus.

      Dr. Jamel Tazarki, Mathématicien

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