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Belloumi, Boughdiri, El Mekki : le SNJT alerte sur la pression judiciaire contre les journalistes

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Par Nadya Jennene

    Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a réagi, samedi 18 juillet 2026, à la condamnation en appel des journalistes Hamza Belloumi et Insaf Boughdiri à une peine d’un an de prison chacun, assortie d’une amende de 8.000 dinars. Une décision qui intervient dans un contexte marqué par la multiplication des poursuites visant des journalistes, chroniqueurs et professionnels des médias, ravivant les inquiétudes des organisations professionnelles quant à la protection de la liberté de la presse en Tunisie.

    Le SNJT a exprimé sa solidarité avec les deux journalistes et appelé la Cour d’appel de Tunis à revoir le jugement rendu à leur encontre.

    L’organisation syndicale a également dénoncé le recours à des jugements rendus par contumace, estimant qu’ils privent les journalistes concernés de leur droit à la défense avant le prononcé de peines portant atteinte à leur liberté. Elle a réclamé le respect des garanties d’un procès équitable et la possibilité pour les journalistes de présenter leurs arguments devant les juridictions compétentes.

    L’affaire Belloumi-Boughdiri : un litige remontant à 2015

    Selon les éléments communiqués par Hamza Belloumi, un jugement rendu par contumace en première instance avait déjà abouti à une sanction financière, avant qu’un jugement par contumace en appel ne prononce une peine privative de liberté d’un an à leur encontre, accompagnée d’une amende de 8.000 dinars. Les deux journalistes ont depuis engagé les procédures légales nécessaires afin de contester ces décisions et obtenir un nouvel examen de leur dossier.

    L’affaire trouve son origine en mai 2015, lorsque l’émission Le Huitième Jour, diffusée sur la chaîne Al Hiwar Ettounsi, avait diffusé un extrait vidéo attribué à l’ancien président de la République Moncef Marzouki.

    La séquence, présentée à l’époque comme contenant des propos appelant à la violence, avait provoqué une vive polémique. Il est apparu par la suite qu’elle avait été montée et sortie de son contexte initial, alimentant une controverse sur les conditions de sa diffusion.

    À la suite de cet épisode, Moncef Marzouki avait saisi la Haute Autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), qui avait décidé la suspension temporaire de l’émission. Il avait également engagé une procédure judiciaire contre plusieurs personnes impliquées dans la diffusion de ce contenu.

    De leur côté, Hamza Belloumi et Insaf Boughdiri ont affirmé avoir considéré que le dossier avait été clos et souligné n’avoir pas pu exercer pleinement leur droit à la défense au cours des différentes étapes de la procédure. Un correctif ainsi que des excuses publiques avaient été présentés à l’époque, les deux journalistes estimant qu’il s’agissait d’une erreur professionnelle relevant des mécanismes de rectification propres au travail journalistique.

    Le SNJT a insisté sur la nécessité de traiter les affaires liées à la presse et à la publication selon une approche tenant compte de la spécificité du métier journalistique.

    Pour l’organisation, une distinction claire doit être maintenue entre l’erreur professionnelle et l’infraction pénale. La responsabilité pénale d’un journaliste ne pouvant, selon le syndicat, être retenue qu’après l’établissement de tous les éléments juridiques requis, notamment l’existence d’une intention ou d’une connaissance préalable de la fausseté d’une information diffusée.

    Haythem El Mekki, un autre dossier au cœur des inquiétudes du syndicat

    Cette condamnation intervient quelques jours seulement après une autre réaction du SNJT concernant le jugement rendu à l’encontre du journaliste et chroniqueur Haythem El Mekki, condamné par la Cour d’appel de Sfax à un an de prison.

    Le dossier concerne une plainte déposée par le Centre hospitalo-universitaire Habib Bourguiba de Sfax, à la suite d’une publication de Haythem El Mekki sur les réseaux sociaux portant sur la situation au sein de l’établissement hospitalier. En première instance, le tribunal avait prononcé un non-lieu avant que la juridiction d’appel ne rende une décision de condamnation.

    Dans son communiqué, le SNJT a exprimé son profond désaccord avec ce jugement, soulignant que le dossier avait connu, au stade de l’appel, une modification de la qualification juridique des faits. Les poursuites initialement engagées sur la base du décret-loi n°54 ont finalement abouti à une condamnation fondée sur l’article 86 du Code des télécommunications.

    Le syndicat a estimé que le recours à des textes pénaux prévoyant des peines privatives de liberté dans des affaires liées à l’expression et à l’opinion constituait une évolution préoccupante. Il a averti que les poursuites visant des journalistes pour leurs publications ou leurs prises de position, notamment lorsqu’elles portent sur des sujets d’intérêt public, risquaient d’alimenter un climat de peur et d’autocensure.

    Le SNJT a annoncé son soutien à Haythem El Mekki et à son équipe de défense, appelant à l’annulation de ce jugement par les voies de recours disponibles. Il a réaffirmé son opposition à l’utilisation de dispositions pénales, notamment l’article 86 du Code des télécommunications, pour poursuivre des journalistes dans l’exercice de leur liberté d’expression.

    Au-delà de ces deux affaires, le syndicat rappelle que les dossiers judiciaires impliquant des journalistes se sont multipliés ces dernières années, alimentant un débat sur l’équilibre entre responsabilité juridique, protection des droits des citoyens et garantie de la liberté de la presse.

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