800 jours. C’est le chiffre qu’a choisi Inès Zeghidi pour rappeler, lundi 20 juillet 2026, la longue détention de son père, le journaliste Mourad Zeghidi. 800 cents jours passés derrière les barreaux « pour des mots », écrit-elle dans un texte poignant publié sur les réseaux sociaux, où se mêlent douleur familiale, dénonciation de l’injustice et hommage à un homme qu’elle décrit comme inébranlable.
« 800 jours que Papa est derrière les barreaux, privé de sa liberté pour des mots. Presque deux ans et demi. Au total, il est condamné à plus de quatre ans de prison », écrit-elle d’emblée, avant de balayer l’idée que le temps puisse atténuer l’épreuve. « Toute la patience du monde n’aura jamais réussi à rendre cela acceptable. On ne s’habitue pas à l’injustice. On ne normalise pas qu’un homme soit emprisonné pour ce qu’il a dit. »
Au fil de son récit, Inès Zeghidi raconte l’absence qui s’est installée dans le quotidien de sa famille. Les mois passent, les saisons défilent, les étapes importantes de la vie se succèdent… sans celui qui aurait dû les partager.
« Ma sœur a obtenu son diplôme, j’ai eu le mien. Pourtant, il n’y avait rien à célébrer : il manquait celui à qui nous voulions dédier ces moments », confie-t-elle.
Son témoignage prend une résonance particulière en pleine vague de chaleur qui frappe la Tunisie. Alors que le pays suffoque sous des températures records, elle évoque les conditions de détention à la prison de Mornaguia.
« Vendredi, il faisait 48 degrés à la prison de Mornaguia. Ma peau brûlait pendant que je marchais sous le soleil de la prison », raconte-t-elle, avant d’interroger : « Quel danger représentent nos détenus pour leur faire, eux et leurs familles, subir une chaleur digne de l’enfer ? ».
Au-delà du cas de son père, sa pensée va à tous les détenus d’opinion et à leurs proches, confrontés à une épreuve qui se prolonge dans l’indifférence.
Mais son texte n’est pas uniquement traversé par la colère. Il laisse aussi une place à l’espoir. Inès Zeghidi évoque l’Espagne, tout juste sacrée championne du monde, comme un symbole d’une autre manière de faire de la politique et de défendre des valeurs.
Selon elle, ce pays « redonne un peu d’espoir et d’imagination » en montrant qu’il est possible de réussir « sans renoncer à ses principes », de s’opposer au racisme, de soutenir la cause palestinienne et de faire vivre une démocratie exigeante, à rebours des tendances actuelles.
Le passage le plus personnel est sans doute celui où elle rapporte les mots que lui a confiés son père à l’issue d’un parloir. Mourad Zeghidi lui aurait dit qu’il défendrait « sa liberté et son honneur » en étant « un mélange de Mhaissi, Bouazizi, Edgar Davids et Gennaro Gattuso » : une image où se croisent détermination, courage, combativité et fidélité à ses convictions. Elle rappelle d’ailleurs qu’il avait joué un rôle dans la venue de Gennaro Gattuso à Tunis en 2015, quelques mois seulement après l’attentat du Bardo.
La jeune femme rejette également les campagnes visant à salir la réputation de son père.
« Aucune campagne de diffamation, aucune insinuation, aucune demi-vérité ne pourra enlever à mon père ce qu’il est : un homme qui aime son pays au point d’en payer le prix », écrit-elle, avant de rappeler cette phrase que Mourad Zeghidi lui répète souvent : « La Tunisie mérite quelques sacrifices. »
Même emprisonné, raconte-t-elle, ses préoccupations restent tournées vers son pays. Elle rapporte qu’il lui demandait encore récemment : « L’électricité a été coupée à Tunis aujourd’hui aussi ? », s’inquiétant des coupures d’électricité en Tunisie « comme si ce n’était pas lui qui était en prison ».
Son texte s’achève comme il avait commencé, sur ce nombre devenu symbole d’une attente interminable : « 800 jours. Et pas un seul où nous accepterons que cela devienne normal. »

R.B.H










