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Crise de l’électricité : Maher Ketari pointe un déficit de 1.500 MW et un défaut de planification

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Par Imen Nouira

    Déficit de production, investissements qui n’ont pas suivi, réseau sous pression et situation financière de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) : Maher Ketari dresse un diagnostic sévère de la crise électrique et avance plusieurs pistes pour éviter de nouveaux délestages l’été prochain. Le président de la commission des finances de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) évoque notamment le photovoltaïque et, à titre exceptionnel, la location de centrales flottantes. Il revient également sur la plénière de lundi 27 juillet 2026 et confirme qu’une motion de censure contre le gouvernement circule au parlement.

    Le député et président de la commission des finances et du budget au parlement est revenu, mardi 28 juillet 2026, sur les délestages qui ont affecté le pays ces dernières semaines. Invité de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM, il a livré une série d’éléments sur l’état du système électrique, les capacités disponibles et les mesures qui pourraient être prises avant l’été prochain.

    Pour le député, la première urgence est d’expliquer clairement aux citoyens ce qui s’est passé. Il affirme avoir réclamé au gouvernement une communication régulière, tous les deux ou trois jours ou chaque semaine, afin de présenter l’état du réseau, les causes des perturbations et les mesures envisagées.

    C’était également, selon lui, l’objectif de la séance plénière extraordinaire tenue lundi et consacrée aux coupures d’électricité et d’eau. Le gouvernement avait été informé de la tenue de cette séance, mais aucun de ses représentants n’y a participé. Maher Ketari précise toutefois que la convocation officielle n’avait, elle, pas été expédiée par l’ARP, pas plus qu’une première correspondance réclamée dès le 21 juillet afin de faire venir le ministre chargé de l’Énergie.

    Le député dit ne pas connaître les raisons de ce dysfonctionnement et renvoie la question au président et au bureau de l’assemblée. Il insiste néanmoins sur le fait que la séance devait permettre aux Tunisiens d’obtenir des réponses sur les causes des délestages et, surtout, sur les mesures prévues pour éviter qu’une situation similaire ne se reproduise dès l’année prochaine.

    Une attente également exprimée lundi par la députée Syrine Mrabet, qui avait refusé d’intervenir en l’absence du gouvernement, estimant que l’heure n’était plus au constat mais aux « réponses », aux « solutions » et à la présentation d’une stratégie.

    Maher Ketari a, par ailleurs, tenu à saluer le travail des agents de la Steg, intervenant dans des conditions difficiles et parfois dangereuses, ainsi que celui des agents de la Protection civile, de la police, de la Garde nationale et de l’armée mobilisés durant cette période.

    Environ 6.000 MW consommés pour 4.400 à 4.500 MW produits

    Le diagnostic avancé par Maher Ketari commence par un déséquilibre entre les besoins du pays et ses capacités de production. Selon les informations qu’il dit avoir obtenues par ses propres contacts, la consommation électrique a atteint environ 6.000 MW, alors que la production de la Steg se situerait entre 4.400 et 4.500 MW.

    Le déficit avoisinerait ainsi 1.500 MW. Une partie serait couverte grâce à l’Algérie, qui aurait fourni entre 300 et 600 MW.

    Le président de la commission des finances évoque également l’arrivée récente d’un transformateur d’une capacité de 150 MW destiné, selon lui, à remplacer un équipement incendié à Mornaguia. Cet épisode mettrait en lumière une autre faiblesse : l’insuffisance des équipements de réserve permettant de remplacer rapidement certaines installations essentielles lorsqu’un incident majeur survient.

    Mais, pour Maher Ketari, l’origine de la crise dépasse largement les incidents techniques de ces dernières semaines. Elle réside notamment dans un défaut de planification des investissements électriques.

    Il affirme qu’en 2018, une centrale de production électrique à Skhira comprenant deux unités de 450 MW avait été programmée. Les autorités de l’époque auraient finalement renoncé à ce projet au profit d’une orientation vers le photovoltaïque.

    Cette alternative n’aurait cependant pas été menée au rythme nécessaire. Maher Ketari rappelle notamment les difficultés rencontrées à l’époque autour de la production photovoltaïque par les opérateurs privés et l’opposition syndicale qu’elle avait suscitée au sein de la Steg.

    « On s’est finalement retrouvés sans centrale de production électrique et sans photovoltaïque », résume-t-il.

    Il estime que le pays a progressivement abandonné une logique consistant à anticiper l’augmentation de la consommation et à programmer en conséquence de nouvelles capacités de production. Pour lui, la crise actuelle découle ainsi d’un manque de diagnostic, de vision et de planification.

    Pas de nouvelle centrale d’ici l’été prochain

    Le problème est que ces années de retard ne peuvent pas être rattrapées en quelques mois. Maher Ketari prévient qu’il n’existe pas de « solution magique » permettant de mettre en service une nouvelle centrale avant l’été prochain.

    La réalisation d’une telle infrastructure nécessite, selon lui, au moins deux ans et demi à trois ans, notamment en raison des procédures et des appels d’offres internationaux.

    À court terme, il plaide donc pour une accélération du photovoltaïque. Là encore, plusieurs obstacles doivent être levés, à commencer par le financement. Le député juge que le coût actuel du crédit constitue un frein aux investissements et suggère que des conditions de financement plus favorables soient mises en place pour les projets photovoltaïques.

    Pour illustrer son propos, Maher Ketari évoque un projet photovoltaïque d’une capacité de 100 MW à Kairouan, dont l’avancement serait, selon lui, de l’ordre de 40 à 45%. Il considère que cet exemple témoigne de l’existence de compétences tunisiennes dans le domaine, tout en insistant sur le coût des investissements et les difficultés de financement.

    Pour lui, la question énergétique dépasse d’ailleurs la seule logique commerciale. L’eau, l’électricité et l’alimentation constituent des secteurs relevant directement de la souveraineté nationale.

    Mais produire davantage d’électricité photovoltaïque ne suffira pas si le réseau n’est pas capable de l’absorber et de l’acheminer.

    Maher Ketari affirme que les pertes liées au transport de l’électricité se situeraient autour de 19%. Il précise qu’un financement récemment approuvé par l’assemblée comprend un volet visant à les ramener d’environ 18,5% à 15%.

    Il évoque également un financement d’environ 1,4 milliard de dinars accordé à la Steg, comprenant notamment des investissements destinés au renforcement du réseau.

    Certaines régions seraient déjà confrontées à la saturation de leurs capacités de transport. Il cite le cas de Gabès, où il ne serait plus possible, selon lui, d’ajouter de nouvelles centrales photovoltaïques sans renforcer au préalable les infrastructures permettant d’acheminer l’électricité produite.

    Des centrales flottantes pour passer l’été 2027 ?

    Reste la question la plus urgente : comment couvrir les pics de consommation dès l’été prochain, alors qu’une nouvelle centrale ne pourra pas être construite à temps ?

    Maher Ketari évoque une solution exceptionnelle : louer temporairement des centrales électriques installées sur des navires.

    Il explique que certains pays utilisent ce dispositif durant les périodes où la demande dépasse leurs capacités de production. Selon les chiffres qu’il avance, une telle solution pourrait fournir environ 400 MW, mais son coût pourrait atteindre quelque 500 millions de dinars par mois.

    Une facture particulièrement élevée, qu’il invite toutefois à comparer au coût réel des délestages pour le pays. Maher Ketari s’interroge notamment sur les pertes supportées par les entreprises, les services publics et les différents secteurs économiques et sur l’existence d’une évaluation globale des conséquences de ces coupures.

    Le recours à ces centrales flottantes ne constituerait donc, dans son raisonnement, qu’une solution provisoire destinée à couvrir les besoins durant les périodes de forte consommation, le temps de développer de nouvelles capacités permanentes.

    La Steg pénalisée par ses créances et le manque d’investissements

    À la question de la production s’ajoute celle de la situation financière de la Steg.

    Maher Ketari pointe les sommes dues à l’entreprise par l’État et les entreprises publiques. Selon lui, le règlement de ces créances permettrait déjà d’améliorer sensiblement ses finances et ses capacités d’investissement.

    Il affirme également que le kilowattheure coûterait à la Steg environ 400 millimes alors qu’il serait vendu autour de 160 millimes, la différence devant être compensée par l’État. Or, selon lui, ces compensations ne seraient pas intégralement réglées.

    Le député indique avoir ainsi proposé, dans le cadre des discussions relatives à la législation de la Banque centrale, qu’une partie des financements accordés à l’État soit affectée à l’apurement de ses comptes avec la Steg.

    L’objectif serait de permettre à l’entreprise de disposer des ressources nécessaires pour moderniser son réseau, développer ses infrastructures et améliorer ses capacités de transport.

    Maher Ketari considère enfin que la maîtrise de la consommation doit faire partie de la réponse. Mais il estime qu’on ne peut demander des efforts aux citoyens sans leur expliquer précisément la situation.

    « Il faut s’asseoir avec le Tunisien, lui parler et le convaincre », affirme-t-il. À ses yeux, une réduction volontaire de la consommation est possible à condition que les citoyens connaissent le diagnostic, comprennent les difficultés et sachent quelles solutions seront mises en œuvre.

    Une crise électrique qui accentue aussi les tensions politiques

    Les délestages ont également accru la pression sur l’exécutif et les tensions avec une partie des députés. C’est dans ce contexte, et au lendemain de la plénière extraordinaire consacrée à la crise, que Maher Ketari a été interrogé sur l’existence d’une initiative visant à retirer la confiance au gouvernement.

    Il en a confirmé l’existence : « Il y a des discussions et il y a une pétition qui circule ».

    Le président de la commission des finances précise toutefois que la procédure constitutionnelle est particulièrement difficile à faire aboutir en raison de la majorité requise et de l’intervention des deux chambres.

    Maher Ketari ne présente pas la crise électrique comme l’origine de cette initiative. Mais les délestages et les interrogations sur la manière dont ils ont été gérés viennent désormais s’ajouter aux tensions politiques existantes.

    Pour le député, l’urgence reste néanmoins énergétique : comprendre comment le pays en est arrivé à manquer de capacités au plus fort de l’été et, surtout, prendre dès maintenant les décisions nécessaires pour que la même situation ne se reproduise pas l’année prochaine.

    I.N.

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    2 commentaires

    1. le financier

      Répondre
      28 juillet 2026 | 11h19

      MAHER EST un complice qui veut fuir ses responsabilités. Cela faif 7 ans que KS est elu , cela fait 7 ans qu il y a des coupures d eau et électricité dans bcp de villages et de regions , quand cela touchè les villages ou les quartiers loins des points touristique ou residence chic des politiques , vous en aviez rien a foutre .
      Les 1500mw de difference represente vos 7 ans d inactions de non investisssment de non remplacement des transformateurs defecteurs par du materiel neuf ….
      Vous etes TOUS COMPLICE PAR MEDIOCRITE JEMENFOUTISTE ET CORRUPTION , CAR BCP DE DIRECTEUR DE LA STEG REMPLACÈ NOS TRANSFORMATEUR CRAMÈ PAR DES VIEUX TRANSFORMATEUR D EDF FRANCAIS EN FACTURANT DES TRANSFORMATEURS NEUF ET CE M ETAIS LA DIFFERENCE DANS LA POCHE .
      LA VÉRITÉ IL FAUDRAIT TOUS vous mettre en prison voir vous p e n d r e haut et court pour l exemple pour tous ceux qui sont mort cet été et qui n avait plus de respirateurs et j en connais personnellement

    2. Gg

      Répondre
      28 juillet 2026 | 11h17

      Il manque 1500MW, soit 150 Hectares de panneaux photovoltaïques (à raison de 1kW d’energie solaire par m²).
      Disons le double pour avoir une petite marge de sécurité.
      C’est largement faisable dans vos déserts, mais ce serait disponible dans 5 à 10 ans…

    Répondre

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