La tension sur l’eau embouteillée dans les grandes surfaces est bien réelle. Hédi Baccour l’explique par une consommation devenue supérieure à la production quotidienne sous l’effet de la chaleur, par l’épuisement progressif des stocks constitués auparavant et par les coupures d’électricité qui ont perturbé les unités d’embouteillage. Un constat qui contraste avec celui de l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie (ONTH), qui assurait, quelques heures plus tôt, que les quantités disponibles étaient suffisantes.
Le président de la Chambre syndicale des grandes surfaces, Hédi Baccour, s’est exprimé, mardi 28 juillet 2026, au micro de Jihene Miled dans l’émission Ahla Sbeh sur Mosaïque FM. Interrogé sur les difficultés rencontrées dans les rayons, il a expliqué le mécanisme à l’origine des tensions actuelles : lorsque la consommation dépasse la production quotidienne, comme lors des épisodes de forte chaleur, les opérateurs puisent dans les stocks constitués auparavant pour répondre à la demande.
À mesure que ces réserves s’amenuisent, la production quotidienne ne suffit toutefois plus, à elle seule, à satisfaire la consommation. Cette année, les délestages sont venus accentuer le déséquilibre. Selon M. Baccour, les coupures ont directement affecté les unités d’embouteillage, avec des interruptions pouvant durer quatre, six, voire huit heures, soit autant de temps de production perdu. Le redémarrage de certaines machines après le rétablissement du courant peut également nécessiter du temps.
Un manque amplifié dans les grandes surfaces
Les difficultés ressenties dans les grandes surfaces ne reflètent toutefois pas uniquement la baisse des quantités disponibles. Hédi Baccour explique qu’elles sont amplifiées par le report d’une partie des consommateurs vers ces enseignes.
Pour illustrer ce phénomène, M. Baccour évoque un manque de 20% dont l’effet peut être nettement amplifié dans les grandes surfaces. Lorsqu’un consommateur ne trouve pas d’eau dans son commerce habituel, il se tourne vers ces enseignes, y augmentant mécaniquement la demande. Selon le responsable, la pression supplémentaire qui en résulte peut ainsi atteindre 50%.
Concernant les limitations des quantités vendues par client constatées dans certains magasins, le président de la Chambre a précisé qu’aucune consigne générale n’avait été donnée en ce sens. Chaque point de vente tente toutefois de gérer les quantités dont il dispose afin d’éviter leur épuisement dès le matin et de préserver une certaine disponibilité pour les clients venant faire leurs courses plus tard dans la journée.
Un constat qui tranche avec celui de l’ONTH
Les déclarations de Hédi Baccour interviennent alors que, le même jour, la directrice de la communication de l’ONTH, Moufida Ben Nasr, a livré une lecture sensiblement différente de la situation.
Intervenant sur la Radio nationale, elle a assuré que l’eau minérale était disponible en quantités suffisantes, aux mêmes prix et avec la même qualité. Selon elle, les perturbations constatées en juillet s’expliquent notamment par l’augmentation de la demande liée à la chaleur, mais aussi par les « rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux », susceptibles de pousser les consommateurs à acheter davantage qu’à l’accoutumée.
Moufida Ben Nasr est allée jusqu’à qualifier la situation de « crise artificielle ». Elle a fait état d’une capacité globale de production de 520.000 bouteilles par heure pour les 31 unités d’embouteillage, alors que les besoins atteindraient dix millions de litres par jour durant les périodes de forte consommation.
Le constat livré par le représentant des grandes surfaces apporte cependant un éclairage différent. Hédi Baccour confirme l’existence d’un manque et l’attribue, au-delà de l’augmentation de la consommation, à l’épuisement progressif des stocks et aux perturbations de la production provoquées par les délestages.
Ce constat rejoint par ailleurs celui effectué ces derniers jours sur le terrain. Business News avait observé, samedi 25 juillet, des rayons entièrement vides ou fortement dégarnis dans certaines grandes surfaces, tandis que des limitations des quantités vendues par client étaient également constatées dans certains points de vente.
Des tensions qui pourraient se prolonger
Les coupures d’électricité avaient également été avancées par l’association Alert pour expliquer le manque constaté actuellement sur le marché. Dans un communiqué publié lundi 27 juillet, l’association estimait qu’elles avaient directement affecté le rythme de production des unités d’embouteillage et entraîné une baisse des quantités distribuées.
Alert mettait toutefois en garde contre une autre difficulté susceptible de peser prochainement sur l’approvisionnement. Selon l’association, les fabricants tunisiens de plastique PET rencontrent des difficultés pour s’approvisionner en granulés nécessaires à la fabrication des préformes des bouteilles.
Elle attribue ces perturbations à des difficultés affectant les chaînes logistiques internationales et notamment l’acheminement de matières premières importées principalement de Chine. Alert évoque, à ce titre, les tensions et les problèmes de navigation dans le détroit d’Ormuz. Sur la base de ces éléments, elle estime qu’un manque plus sévère pourrait durer entre quinze et vingt et un jours à compter du début du mois d’août.
La pression sur l’eau embouteillée est enfin alimentée par les perturbations qui touchent parallèlement l’alimentation en eau potable. La Sonede avait indiqué que ses stations de pompage avaient enregistré entre 700 et mille coupures d’électricité par jour les 14 et 15 juillet. Le rétablissement du courant ne signifie pas un retour immédiat de l’eau : le redémarrage des stations, le remplissage des réservoirs et le rétablissement de la pression dans les conduites peuvent nécessiter plusieurs heures.
Les délestages produisent ainsi un double effet : ils perturbent la production d’eau embouteillée tout en affectant l’alimentation en eau potable et en poussant davantage de consommateurs vers les bouteilles. À ces tensions s’ajoute désormais l’incertitude entourant l’approvisionnement en matières premières nécessaires à la fabrication des bouteilles, Alert redoutant un manque plus sévère au début du mois d’août.
I.N.
*Photo d’archives











Commentaire
Tunisino
On est dans un état de guerre sans être en guerre. En plus des défaillances connues (éducation, santé, emploi, planification, administration, infrastructure, discipline, sécurité, valeurs), cet été amène du nouveau:
1. Manque d’électricité.
2. Manque d’eau potable.
3. Manque d’eau emballée.
4. Manque d’éclairage public.
5. Augmentation des protestations.
6. Manque de sûreté.
7. Rareté de certains produits.
Le pire est qu’aucun respect n’est accordé au sinistré citoyen suite à l’absence de la sensibilisation et de la communication de Saied et de ses responsables nommés pour rassurer et conforter, sachant qu’ils sont payés pour le faire, une défaillance catastrophique. Des échos que la Steg, par exemple, est arrivée à certaines solutions sauf que la communication est absente puisqu’on est en Corée du nord!