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Huit hôpitaux renforcent leur vocation de CHU malgré la crise financière

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Par Imen Nouira

    Huit établissements hospitaliers publics viennent d’obtenir la reconnaissance de leur vocation universitaire, à la faveur d’une série d’arrêtés conjoints publiés au Journal officiel de la République tunisienne (Jort) n°78 du 31 juillet 2026.

    Les arrêtés, signés conjointement par le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et le ministre de la Santé, concernent un hôpital dans son ensemble ainsi que plusieurs services spécialisés relevant de sept autres établissements situés dans différentes régions du pays.

    Huit établissements concernés

    Les arrêtés concernent l’hôpital régional de Jendouba, qui obtient la reconnaissance de sa vocation universitaire dans son ensemble, ainsi que plusieurs services spécialisés relevant des hôpitaux de Menzel Bourguiba, Kébili, Mahres, Ksar Hellal, Béja, Kasserine et Sidi Bouzid. Dans ce dernier établissement, quatre services sont concernés : la pédiatrie, la cardiologie, l’imagerie médicale et la biologie médicale.

    Les arrêtés reconnaissent également la vocation universitaire du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital régional de Menzel Bourguiba, du service de médecine légale de l’hôpital régional de Kébili, du service de médecine d’urgence de l’hôpital régional de Mahres, des services de néphrologie et de médecine physique, rééducation et réadaptation fonctionnelle de l’hôpital régional « Haj Ali Soua » de Ksar Hellal, des services d’anesthésie-réanimation et de chirurgie pédiatrique de l’hôpital régional de Béja, ainsi que du service de réanimation médicale de l’hôpital universitaire « Badereddine Aloui » de Kasserine.

    Au total, onze services hospitaliers obtiennent cette reconnaissance universitaire, auxquels s’ajoute l’hôpital régional de Jendouba dans son ensemble.

    Des missions universitaires renforcées

    La reconnaissance de la vocation universitaire constitue une étape importante dans le développement du réseau des centres hospitaliers universitaires (CHU). Cette reconnaissance ouvre la voie à la participation des établissements et des services concernés à la formation des étudiants en médecine, des internes et des résidents, ainsi qu’au développement de la recherche clinique en lien avec les facultés de médecine

    Outre de leur mission de soins, les CHU assurent une triple mission d’enseignement, de recherche et de prise en charge des cas les plus complexes. Ils accueillent les futurs professionnels de santé tout au long de leur formation, participent au développement des connaissances médicales et ces missions nécessitent généralement des plateaux techniques performants permettant la prise en charge des pathologies les plus lourdes ou les plus spécialisées.

    L’exercice de ces missions suppose des ressources humaines hautement qualifiées, notamment des enseignants hospitalo-universitaires, des médecins spécialistes et des équipes d’encadrement, ainsi que des équipements adaptés et des plateaux techniques performants. Cette reconnaissance contribue également à renforcer l’attractivité des établissements concernés, en favorisant l’accueil d’étudiants, d’internes, de résidents et d’enseignants-chercheurs.

    Des ambitions universitaires confrontées aux difficultés financières

    L’exercice de ces nouvelles missions suppose toutefois des moyens humains, techniques et financiers plus importants que ceux d’un établissement assurant uniquement une mission de soins.

    Cette extension du réseau hospitalo-universitaire intervient alors que les hôpitaux publics tunisiens traversent une crise financière persistante.

    Depuis plusieurs années, les retards de paiement de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) fragilisent leur trésorerie. Selon l’Organisation tunisienne des jeunes médecins (OTJM), les créances des hôpitaux publics sur la Cnam sont passées d’environ 1,5 milliard de dinars en 2024 à près de 1,95 milliard de dinars en 2025. La Cnam est elle-même confrontée à des difficultés de trésorerie en raison des sommes qui lui sont dues par les caisses sociales.

    Cette situation en cascade limite la capacité des établissements à honorer leurs engagements financiers. Plusieurs responsables hospitaliers ont ainsi reconnu ne plus disposer des liquidités nécessaires pour régler certains fournisseurs, qu’il s’agisse de la Pharmacie centrale de Tunisie ou des entreprises assurant la fourniture et la maintenance des dispositifs médicaux.

    Plusieurs experts, dont Badr Smaoui, ont récemment rappelé que le système de santé fonctionne comme une chaîne financière interdépendante : les difficultés de trésorerie des hôpitaux affectent directement la Pharmacie centrale, laquelle voit sa capacité d’approvisionnement réduite, avec des répercussions sur la disponibilité des médicaments.

    Ces dernières semaines, les représentants du secteur des équipements médicaux ont également alerté sur le risque d’une interruption des livraisons et des opérations de maintenance en raison de l’accumulation des impayés, tandis que le ministère de la Santé a engagé des discussions afin d’éviter une aggravation de la situation.

    Face à ces difficultés, le gouvernement a déjà engagé plusieurs mesures de soutien. En novembre 2025, le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, avait annoncé l’octroi d’un financement exceptionnel de 290 millions de dinars destiné à renflouer les budgets des hôpitaux régionaux et des établissements publics de santé. Cette enveloppe devait notamment leur permettre d’apurer une partie de leurs dettes envers la Pharmacie centrale de Tunisie, afin de garantir la continuité de l’approvisionnement en médicaments. Le ministre avait également indiqué que ce soutien visait à accompagner le développement de l’industrie pharmaceutique nationale, notamment dans la production de traitements contre les cancers et les maladies rares.

    Dans ce contexte, plusieurs organisations professionnelles et experts continuent d’appeler à un renforcement durable du financement des hôpitaux publics. Ils estiment qu’une amélioration de leur situation financière est indispensable pour permettre aux établissements d’assurer pleinement leurs missions de soins, d’enseignement et de recherche.

    I.N.

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