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Eau embouteillée : marché sous tension, la Chambre des producteurs pointe les délestages et la frénésie de consommation

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Par Imen Nouira

    Le président de la Chambre syndicale des producteurs de boissons non alcoolisées, Lassâad Mzah, reconnaît de nouveau les tensions affectant l’approvisionnement en eau embouteillée sur le marché tunisien. Selon lui, cette situation résulte d’une combinaison de facteurs exceptionnels, parmi lesquels les délestages, la vague de chaleur, les perturbations de la distribution d’eau potable et une frénésie de consommation qu’il juge excessive. Il assure toutefois que les capacités de production restent largement suffisantes et prévoit un retour progressif à la normale d’ici la fin de la semaine ou au début de la semaine prochaine. Une perspective qu’il avait déjà évoquée la semaine dernière, alors que les tensions sur le marché persistent toujours.

    Une production perturbée par les délestages face à une demande exceptionnelle

    Invité jeudi 6 août 2026 dans l’émission Cappuccino animée par Sana Mhenni sur Jawhara FM, Lassâad Mzah a tenu à rassurer les consommateurs tout en reconnaissant que les unités d’embouteillage avaient été fortement perturbées ces derniers jours.

    Selon lui, les délestages ont réduit la production des usines, dont les chaînes fonctionnent normalement de manière continue. À chaque coupure de courant, les lignes d’embouteillage s’arrêtent et ne retrouvent leur cadence normale que progressivement après le rétablissement de l’électricité, ce qui entraîne des pertes de production.

    Ces perturbations interviennent alors que la Steg a repris les délestages les 3, 4 et 5 août 2026 avec la nouvelle hausse des températures. Les coupures tournantes, destinées à préserver la stabilité du réseau électrique, ont de nouveau affecté plusieurs régions du pays et perturbé l’activité de nombreuses entreprises.

    À cette baisse de la production s’est ajoutée une hausse inhabituelle de la demande, alimentée par les températures exceptionnellement élevées, mais aussi par les achats de précaution des consommateurs, soucieux de ne pas manquer d’eau embouteillée. Les producteurs avaient pourtant constitué durant l’hiver un stock stratégique destiné à couvrir les besoins jusqu’au 15 août. Celui-ci a cependant été épuisé beaucoup plus rapidement que prévu.

    Selon Lassâad Mzah, les difficultés actuelles ne résultent toutefois pas d’un manque de capacités industrielles, mais d’un déséquilibre temporaire entre une production perturbée et une consommation exceptionnellement élevée. Il estime que la baisse attendue des températures devrait permettre à la production de redevenir supérieure à la demande et de réapprovisionner progressivement le marché.

    Ces explications prolongent celles avancées ces derniers jours par plusieurs acteurs de la filière. Lassâad Mzah avait déjà reconnu un manque temporaire d’eau embouteillée, tandis que le président de la Chambre syndicale des grandes surfaces, Hédi Baccour, avait indiqué que les délestages avaient non seulement interrompu la production, mais également endommagé certaines machines, retardant le retour à une cadence normale. L’association Alert avait, de son côté, également mis en avant les difficultés d’approvisionnement en granulés de PET destinés à la fabrication des bouteilles.

    Une frénésie de consommation qui accentue les tensions

    Au-delà des difficultés de production, Lassâad Mzah estime qu’une véritable frénésie de consommation contribue également à alimenter les tensions sur le marché.

    « Les gens doivent penser aux autres et acheter uniquement leurs besoins quotidiens », a-t-il lancé. Selon lui, de nombreux consommateurs achètent des quantités largement supérieures à leurs besoins réels, aggravant artificiellement les ruptures observées dans les commerces.

    Le responsable considère que les limitations des quantités vendues dans certaines grandes surfaces constituent une mesure pertinente afin de permettre au plus grand nombre de s’approvisionner. Il reconnaît toutefois que certains consommateurs contournent ces restrictions en effectuant plusieurs passages en caisse ou en faisant participer différents membres de leur famille.

    Il souligne également que les coupures et perturbations affectant l’alimentation en eau potable poussent de nombreux ménages à se tourner vers l’eau embouteillée, y compris pour cuisiner, accentuant encore la demande.

    Les producteurs assurent ne pas avoir augmenté leurs prix

    Interrogé sur les hausses constatées dans certains points de vente, Lassâad Mzah affirme que les producteurs n’ont procédé à aucune augmentation tarifaire, malgré le renchérissement de leurs coûts de production.

    Il rappelle notamment que le prix du plastique a fortement progressé sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de la hausse des cours du pétrole, matière première utilisée pour sa fabrication.

    Selon lui, les professionnels ont choisi, en coordination avec le ministère du Commerce, de maintenir leurs tarifs malgré cette hausse des coûts. Les augmentations observées dans certains commerces relèvent, selon lui, d’initiatives de distributeurs ou de détaillants profitant de la situation. Il estime que les services de contrôle économique du ministère du Commerce devraient sanctionner ces pratiques spéculatives.

    Ces déclarations interviennent alors que les autorités ont multiplié ces derniers jours les opérations de contrôle. Plusieurs stocks d’eau embouteillée destinés, selon le ministère du Commerce, à être détournés des circuits de distribution ont été saisis dans différentes régions du pays.

    Une capacité de production supérieure aux besoins

    Malgré les tensions actuelles, Lassâad Mzah se veut rassurant sur les capacités de la filière.

    Selon lui, la trentaine d’unités d’embouteillage opérant en Tunisie dispose d’une capacité de production largement supérieure à la consommation quotidienne normale du pays. Il insiste ainsi sur le fait qu’il n’existe aucun risque de manque structurel d’eau embouteillée.

    Le responsable indique également avoir demandé que les unités de production soient, dans la mesure du possible, épargnées par les délestages afin de préserver la continuité de leur activité. Il reconnaît toutefois que les coupures d’électricité s’inscrivent dans un contexte exceptionnel touchant l’ensemble du pays et appelle producteurs, distributeurs et consommateurs à faire preuve de solidarité jusqu’au retour à une situation normale.

    Ces nouvelles déclarations confirment un diagnostic désormais partagé par plusieurs acteurs de la filière et rejoignent les constats réalisés sur le terrain par Business News, qui a observé depuis quelques semaines des rayons vides ou fortement dégarnis ainsi que des limitations de vente dans plusieurs grandes surfaces. Elles accentuent également le décalage avec la position défendue jusqu’ici par l’Office national du thermalisme et de l’hydrothérapie (ONTH), qui continue d’attribuer les tensions principalement à la hausse de la demande et aux comportements d’achat, tout en affirmant que les quantités disponibles restent suffisantes.

    I.N.

    *Photo d’illustration

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