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Des citernes pour approvisionner les habitants à Sousse, une députée dénonce une « image humiliante » et une crise mal anticipée

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Par Imen Nouira

    Des habitants munis de bidons, des citernes tractées pour acheminer de l’eau potable et un camion de la Protection civile mobilisé en pleine chaleur : les images prises dans la délégation de Zaouiet Sousse, Ksibet Thrayet, à Sousse, ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Pour la députée Héla Jaballah, elles illustrent la dureté d’un été marqué par les coupures d’eau et d’électricité, mais posent surtout la question de l’anticipation et de la gestion de la crise.

    L’assesseure de la commission parlementaire des droits et des libertés est revenue, mercredi 26 août 2026, sur la situation lors d’une intervention téléphonique au micro de Hatem Ben Amara dans l’émission Sbeh El Ward sur Jawhara FM.

    Héla Jaballah a décrit un été particulièrement éprouvant pour les habitants de Sousse. Elle a indiqué être elle-même confrontée aux coupures d’eau et d’électricité à son domicile et évoqué des difficultés devenues quotidiennes pour les citoyens. « Les citoyens sont épuisés. Ce sont des souffrances quotidiennes que nous vivons avec l’eau et l’électricité », a-t-elle expliqué, en évoquant également les difficultés d’accès à l’eau embouteillée.

    Des citernes pour répondre à l’urgence

    Les photos commentées durant l’émission concernent une opération organisée dans la délégation de Zaouiet Sousse, Ksibet Thrayet pour approvisionner des habitants privés d’eau, notamment dans les zones élevées de Hay El Mandhra-Henchir Sassi.

    Selon la page officielle de la délégation, des citernes d’eau potable provenant des municipalités de Zaouiet Sousse et de Sousse ont été mobilisées, ainsi que des propriétaires de tracteurs volontaires. Un grand camion-citerne de la Protection civile a également participé à l’opération, son eau étant destinée au lavage.

    Les autorités locales précisaient que le rétablissement de l’alimentation devait intervenir progressivement, en coordination avec la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), en fonction du remplissage du réservoir d’El Zouhour.

    Héla Jaballah ne remet pas en cause l’utilité immédiate de ce type d’intervention. L’échange sur Jawhara FM souligne d’ailleurs le caractère humain et social de l’opération face à des habitants qui, en pleine chaleur, ont besoin d’eau pour boire, se rafraîchir et assurer leurs besoins les plus élémentaires.

    L’émission évoque notamment la situation d’une personne âgée demandant simplement qu’on lui donne de l’eau pour boire et se rafraîchir face aux températures extrêmes. C’est dans ce contexte que l’opération de distribution est présentée comme une initiative humaine et sociale, même si le recours à de tels moyens demeure une réponse d’urgence à une situation qui se prolonge.

    Pour la députée, le problème réside précisément dans le fait d’en être arrivé à devoir multiplier ces solutions provisoires. Elle a rappelé que des opérations similaires avaient déjà eu lieu à Sousse durant cet été, mais également dans d’autres gouvernorats. Elle évoque des habitants privés d’eau durant plusieurs jours, certains, selon elle, pendant une semaine entière.

    La députée qualifie ainsi les scènes observées d’« image très douloureuse » de la situation à laquelle le pays est arrivé. Elle déplore également leur diffusion par des médias étrangers, estimant qu’elles donnent une « image humiliante pour le citoyen tunisien ». Pour Héla Jaballah, elles viennent s’ajouter aux scènes de pénuries et de difficultés d’accès à plusieurs produits essentiels observées ces dernières années.

    Mais au-delà de l’impact de ces images, c’est surtout leur répétition qui interpelle la députée. Elle s’interroge sur les raisons pour lesquelles une telle situation n’a pas été suffisamment anticipée alors qu’elle s’est prolongée durant l’été.

    La question se pose avec une acuité particulière à Sousse. Héla Jaballah rappelle que la région compte parmi les zones à forte densité de population et que cette pression augmente encore pendant la saison estivale avec l’arrivée de visiteurs et de vacanciers. Cette forte concentration de population intervient précisément durant la période estivale, alors que la région est confrontée aux difficultés d’approvisionnement qu’elle décrit.

    « Un manque total d’information »

    Héla Jaballah pointe, à ce titre, un problème de gestion et de communication. Elle dénonce un « manque total d’information » et de communication aussi bien au niveau régional que central.

    La députée explique que les élus peinent à obtenir des réponses précises auprès des administrations et des responsables concernés. Elle appelle à réunir les différentes structures compétentes afin d’assurer une véritable gestion de crise et une meilleure coordination entre les intervenants.

    Selon elle, la difficulté ne réside donc pas seulement dans les perturbations elles-mêmes, mais également dans l’absence de visibilité sur leur gestion et sur les réponses qui doivent y être apportées. Elle plaide pour une réunion associant les différents services concernés afin que chacun puisse disposer des mêmes informations et que la crise soit gérée de manière coordonnée.

    Elle relève également que la région traverse une crise particulièrement difficile alors que le pays a déjà connu des années où les précipitations étaient moins importantes. Un constat qui, dans son raisonnement, renforce les interrogations sur la préparation et la gestion de la situation actuelle.

    Cette crise survient alors que les réseaux d’eau et d’électricité sont de nouveau soumis à une forte pression. Les délestages se sont poursuivis ces derniers jours dans plusieurs régions du pays. Mardi 25 août, la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg) avait encore annoncé des coupures tournantes et intermittentes entre 13 et 17 heures, pouvant durer jusqu’à deux heures par interruption.

    La nouvelle poussée de chaleur vient accentuer les tensions. Ce mercredi 26 août, les températures maximales doivent être comprises entre 42 et 48 degrés Celsius, avec du sirocco. La carte de vigilance publiée par l’Institut national de la météorologie (INM) place 23 des 24 gouvernorats du pays en vigilance orange, dont Sousse. Kasserine est le seul gouvernorat maintenu en vigilance jaune.

    Les effets des difficultés électriques sur l’approvisionnement en eau avaient déjà été mis en évidence lors de la canicule de juillet. Mounir Dridi, directeur régional de l’exploitation et de la distribution de l’eau du Grand Tunis à la Sonede, avait indiqué que les installations de pompage avaient enregistré, les 14 et 15 juillet, entre 700 et mille interruptions quotidiennes de l’alimentation électrique.

    À chaque interruption, les pompes s’arrêtent, le remplissage des réservoirs est perturbé et la pression baisse dans les conduites. Le retour du courant ne signifie donc pas que l’eau revient immédiatement aux robinets. Selon les explications fournies par le responsable, cinq à sept heures peuvent être nécessaires pour remettre les installations en fonctionnement, remplir les réservoirs et rétablir progressivement une pression normale.

    La Sonede avait toutefois souligné que les difficultés d’approvisionnement ne résultaient pas uniquement des coupures électriques. Elles peuvent également être liées aux casses et aux fuites sur le réseau ainsi qu’aux difficultés affectant les ressources hydriques dans certaines régions.

    Rien ne permet, à ce stade, d’attribuer directement aux délestages les coupures ayant conduit à l’opération de distribution d’eau à Zaouiet Sousse, Ksibet Thrayet. La communication officielle locale fait état d’une interruption prolongée et d’un retour progressif de l’eau en fonction du remplissage du réservoir d’El Zouhour, sans préciser l’origine de cette interruption.

    Sidi Abdelhamid : des versions qui se contredisent

    Face à ces difficultés, la station de dessalement de Sidi Abdelhamid revient au centre des interrogations. Héla Jaballah affirme que les députés cherchent depuis un certain temps à obtenir des précisions sur l’état d’avancement du projet.

    Elle explique avoir multiplié, avec d’autres élus, les correspondances et les démarches auprès des responsables concernés. Les députés ont, selon elle, posé directement leurs questions aux responsables chargés du dossier et sollicité les autorités compétentes, sans parvenir à obtenir une réponse suffisamment claire sur la situation réelle de la station.

    La députée pointe surtout ce qu’elle considère comme une importante contradiction entre les différentes versions communiquées.

    Elle relève que le Plan de développement 2026-2030 prévoit une entrée en exploitation de la station à la fin de l’année 2026. Dans le même temps, le directeur du projet aurait indiqué publiquement que la station était prête à 100%, laissant penser qu’une mise en service pourrait intervenir rapidement.

    D’autres informations évoquées par Héla Jaballah font toutefois état d’opérations et de procédures restant à achever. La députée mentionne notamment des éléments relatifs aux travaux et à des étapes qui nécessiteraient encore du temps avant leur achèvement et leur validation.

    « Il y a une grande contradiction dans les déclarations », a-t-elle relevé, estimant nécessaire de déterminer précisément où en est le projet et quand il pourra effectivement entrer en exploitation. Pour elle, la succession de versions différentes ne permet pas aux citoyens ni à leurs représentants de connaître le calendrier réel de cette infrastructure attendue dans la région.

    La question des réponses à apporter à la crise ne se limite toutefois pas aux grandes infrastructures. Héla Jaballah a également abordé les solutions permettant aux ménages de disposer de réserves individuelles d’eau, notamment les majels.

    Elle a rappelé que des dispositions incitatives avaient été introduites dans les lois de finances et renouvelées à plusieurs reprises afin d’encourager leur installation. Ces mesures n’ont cependant pas suscité, selon elle, une adhésion importante.

    La députée explique que cette solution, si elle peut contribuer à disposer d’une réserve d’eau, n’est pas applicable de la même manière à tous les ménages. La propriété du logement, la disponibilité d’un espace adapté et la configuration de l’habitation constituent autant de contraintes.

    Elle prend notamment l’exemple des quartiers populaires à forte densité de population, où l’urbanisation et les infrastructures existantes ne permettent pas toujours d’aménager un majel. À ces contraintes matérielles s’ajoute la question du financement : les avantages accordés par l’État ne couvrent pas nécessairement l’ensemble du coût et ne suffisent donc pas à rendre cette solution accessible à tous les citoyens.

    L’intervention de Héla Jaballah dépasse ainsi les seules images de distribution d’eau. Les citernes répondent à l’urgence et permettent de soulager ponctuellement les habitants, mais leur mobilisation répétée révèle aussi les limites d’une gestion reposant sur des réponses temporaires. Entre manque d’information, difficultés de coordination, vulnérabilité des réseaux, solutions individuelles difficilement accessibles à tous et incertitudes entourant la mise en service de nouvelles infrastructures, la députée pose surtout la question de l’anticipation face à des perturbations devenues récurrentes.

    I.N.

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